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06/06/2007

Une soirée électorale dans les Hauts-de-Seine.

Je suis né dans les Hauts-de-Seine et même (ça ne s'invente pas) à Neuilly-sur-Seine, la ville de Nicolas Sarkozy. Pourtant, je vais rarement dans ce département. Comme tous les Parisiens, le franchissement du boulevard périphérique est pour moi une étrangeté rare.
 
Et voilà que la perspective d'aller écouter à la fois Quitterie Delmas, le sénateur Denis Badré et deux candidats, dont celui de la circonscription qui englobe Suresnes et Nanterre, là même où François Bayrou a donné une conférence de presse dans l'après-midi, tout cela, donc, m'a fait franchir le pas.
 
J'y suis allé à pied. C'est une trotte d'une heure et demi : traverser le bois de Boulogne, le pont de Suresnes qui enjambe la Seine, la ville de Suresnes même, gravir la pente raide du mont Valérien en pensant aux résistants de toutes les époques, puis, du sommet, redescendre vers Nanterre à travers un quartier de maisons posées sans ordre ni logique, d'un peu toutes les formes et tailles, ce qu'on nomme des pavillons, qui résistent provisoirement à l'appétit des promoteurs immobiliers.
 
La longue rue Paul Vaillant-Couturier (je raconterai un jour comment mon grand-oncle a battu cet élu communiste lors d'une législative dans l'Oise en 1932, victoire à la Pyrrhus d'ailleurs) conduit à un rond-point ; de là, la rue Gambetta mène à celle des Anciennes Mairies, certainement la partie la plus agréable de Nanterre, où nous étions attendus dans un cinéma, le Cinéart.
 
Quitterie Delmas a parlé la première. Très à l'aise comme toujours, enthousiaste, précise, elle a rappelé comme Internet avait été le catalyseur d'un engagement de toute une vague de volontés nouvelles, souvent jeunes, dans la présidentielle. Avec un large sourire, elle a répété son message sur l'âge moyen des députés (57 ans), en s'excusant auprès de Denis Badré, il est vrai sénateur, mais âgé lui-même de 64 ans. Il a ri, la salle aussi, c'était bon enfant et Quitterie a pu faire passer avec intelligence et grâce son message d'inciter les jeunes à se lancer dans les batailles électorales sans complexe.
 
La candidate de la circonscription voisine, Leila Leghmara, une enseignante conseillère régionale, a expliqué avec beaucoup de clarté sa volonté de lutter pour l'égalité des chances et pour que l'école soit un vecteur majeur de cet objectif.
 
Puis le sénateur Badré (un polytechicien, malin comme un ancien élève des jésuites -l'est-il ?) est monté au lutrin et, très en verve, a détaillé les différents aspects de la philosophie générale de la campagne législative des MoDem (il a plutôt parlé d'UDF, d'ailleurs,  en réaffirmant son entière confiance à Bayrou - il a même confié qu'il n'avait "jamais été question" pour lui de rejoindre l'UMP malgré les sollicitations de Sarkozy).
 
Vice-président de la commission des finances du Sénat, il s'en est pris à l'alourdissement du déficit budgétaire qu'annoncent les premières décisions du gouvernement Fillon. Fervent européen, il a ajouté que ces dix milliards de déficit supplémentaire éloignent la France des engagements qu'elle a pris envers ses partenaires européens.
 
Il a donc souligné que, bien qu'ayant eu un a priori favorable sur le programme économique présenté par Sarkozy à la fin de la campagne présidentielle, il était désormais très réticent à son endroit.
 
Puis il a parlé de la campagne, de la politique, des parlementaires, de l'importance d'avoir des députés qui pensent par eux-mêmes et n'obéissent à aucune consigne comme c'est le cas à l'UMP.
 
Après lui, c'est la suppléante, Isabelle Florennes, fille du sénateur-maire d'Arras, Jean-Marie Vanlerenberghe, qui a fait un vibrant appel au vote, très éloquent, tourné aussi vers la jeunesse.
 
Et enfin, le candidat, Pierre Creuzet.
 
Tout le monde se souvient de lui : après la tuerie du conseil municipal de Nanterre, en 2002, c'est lui qu'on avait vu, le bras en écharpe, blessé, répondre à la presse ; il était même venu témoigner devant le conseil national de l'UDF.
 
Son épreuve et le récent score de Bayrou à Suresnes et Nanterre (22% et 19%) ont contribué à lui donner de l'étoffe. C'est un vrai candidat, vivant, énergique, articulant sa pensée sur des axes forts, reprenant les arguments de Bayrou, les adaptant à son terrain, bref, du bon travail.
 
Il faut dire que la conjoncture lui est favorable : la circonscription est tenue par le PCF depuis longtemps, mais l'élue est usée et l'électorat n'a guère plébiscité Marie-Georges Buffet. Qui plus est, sur les seize candidats en lice, douze (!) sont de gauche.
 
De toute évidence, si le MoDem devance l'UMP et se retrouve au second tour face à la candidate communiste, il l'emportera.
 
Creuzet y pense certainement tous les matins en se rasant. Son ardeur a tout pour convaincre ses électeurs et, d'ailleurs, la salle était bondée une première fois pour la venue de Bayrou dans l'après-midi, elle l'a presque autant été le soir pour notre réunion.
 
Pour ceux qui ne savent pas où est Nanterre, regardez La Défense, à l'ouest de Paris. Vous y êtes.
 
Je suis rentré à pied (sans traverser le bois, cette fois) avec l'espoir d'un député MoDem dans les Hauts-de-Seine.