18.03.2009

Internet est désormais bien implanté au Salon du Livre.

Les premières années de ma venue au Salon du Livre en tant qu'éditeur, je remarquais la relative grise mine d'un secteur qui se sentait assiégé par des logiques qui le dépassaient et qui, par ailleurs, souffrait de méventes croissantes. Il me semblait alors qu'Internet et le livre numérique étaient les deux turbos qui pourraient relancer la machine, mais quand je disais ça aux gens que je connaissais, ils faisaient encore plus grise mine : chez Grasset, on est aussi diffuseur, et la place des diffuseurs dans le nouveau dispositif organisé autour du numérique et d'Internet est incertaine, c'est en fait un nouveau métier auquel la culture du monde actuel de l'édition n'est pas préparée.

Or le fait qu'un site comme evene.fr (qui revendique 2,7 millions de visiteurs par mois) soit présent sur le Salon donne une indication sur ce qui va se passer : la joyeuse bande d'evene.fr, tous des jeunes qui s'y connaissent en livres (je donnerai très prochainement une vidéo sur eux), et dont les filles sont plutôt jolies (mais moins que Quitterie), va certainement essaimer dans le monde de l'édition qui, peu à peu, va se laisser gagner par la culture d'Internet, avec sa logique de gratuité et de réciprocité. La Société des Gens De Lettres (SGDL), elle, coorganisatrice d'une partie du salon, est en tout cas convaincue de l'irréversibilité du processus de gratuité sur Internet et l'a montré en manifestant son scepticisme sur le principe d'Hadopi, mais elle s'interroge sur de nouveaux modes de rémunération des auteurs.

Le cas du livre numérique est plus complexe. Je donnerai bientôt une vidéo sur Numilog qui complètera la filière du livre numérique : l'auteur, puis l'éditeur, puis l'encodeur (Immanens p ex, sur qui j'ai donné une vidéo, ce rôle correspond mutatis mutandis à celui des ateliers de composition), puis le diffuseur (en l'occurrence la plateforme Numilog), puis le choix entre deux résultats finaux : le livre numérique ou le livre papier à la demande.

Pour le livre numérique, Sony (très présent avec un vaste stand luxueux) ou l'historique Bookeen, en attendant le Kindle d'Amazon et les formules sur téléphone portable, en particulier sur Iphone (mais je n'ai vu ni Amazaon ni Apple encore sur le salon). Formules de téléchargement direct ou chez le libraire (via une clef USB et un code avec accès à des livres sous DRM). Deux formats possibles : un format Adobe à vocation universelle et interopérable, ou le format Amazon (qui va certainement exciter beaucoup les pirates).

Pour le livre papier, impression à la demande du libraire ou de l'éditeur (Books on Demand, une société allemande présente sur le salon, mais plus chère que Lulu.com, présent l'an dernier, et qui offre des prestations sensiblement semblables), ou du client (Lulu.com encore).

On voit fleurir aussi des sites de BD ou d'autres spécialités paralittéraires, et l'implantation sympathique de sites associatifs dont j'ai rendu compte (WebLettres et Sesamath).

Enfin, les institutionnels tiennent leur rang, comme Electre, Tite-Live, ou la BNF, dont le catalogue libre en ligne (Gallica) ne cesse de s'étoffer.

Pardon pour tous les liens qui manquent, mais le temps me manque, lui aussi, autant que Quitterie.

14.03.2009

Libérez le livre numérique.

L'an dernier, j'assistais à une table ronde qui relatait les balbutiements des premiers livres numériques en France. Deux produits étaient disponibles depuis peu : l'Irex et Bookeen, ce dernier étant un produit de conception française, sauf un élément, l'écran, puisque celui-ci est frabriqué pour tous les acteurs du marché par un seul fabricant, une société taïwanaise. au passage, il est amusant de noter que la Chine, qui a inventé ce qu'on nomme necore l'encre de Chine, reste en pointe de l'encre avec le premier support d'e-ink, d'encre numérique.

Aujourd'hui, nouvelle table ronde.

L'Irex est le plus complet mais aussi le plus onéreux des supports disponibles, mais très tourné vers le journal numérique, l'e-paper. Et Bookeen se proclame le plus implanté, puisque présent dans une quarantaine de pays et plusieurs langues, dont le russe et le chinois.

Sony vient de lancer son propre produit (son "reader") simultanément au Royaume-Uni et en France, puis depuis quelques jours en Allemagne et c'est assez cocasse d'avoir vu cet après-midi, au Salon du Livre où ce sujet était traité, le cofondateur de Bookeen donner des info sur le développement de Sony sur ce marché au représentant de Sony France...

De fait, on sent bien que Bookeen se sent sous pression en raison de l'apparition d'un mastodonte comme Sony sur un marché qui demeure un segment étroit, alors qu'Amazon a déjà développé son propre "reader" (le Kindle) aux États-Unis et qu'on est certain qu'il va l'adapter au français, et qu'Apple numérise des livres à tours de bras, ce qui signifie qu'il va aussi prendre une position sur ce marché. L'indépendant Bookeen résistera-t-il au combat des mammouths ?

Toujours est-il que le marché s'organise autour de deux pôles : les contenus libres, d'une part, et les contenus sous DRM d'autre part.

C'est la société Adobe qui a, apparemment, développé un format plus complet que le pdf, qui permet d'introduire une clef créant le DRM. Les éditeurs ont la possibilité d'y recourir pour une somme qui est présentée comme modique (donc non pénalisante pour les petits éditeurs). Cela étant, dans le cadre du contenu libre, le format pdf est lu par les livres numériques présentés aujourd'hui.

Dans le cadre des contenus sous DRM, il faut cependant préciser que l'interopérabilité des contenus n'est pas encore faite : Amazon a son propre support dont la compatibilité restreinte lui permet de fonctionner sous forme d'exclusivité pour son support. Vous voulez lire le prochain Harry Potter ? Achetez un Amazon Kindle serait la philosophie de cette démarche. On a vu récemment à propos d'Apple et d'Orange que les tribunaux français répugnaient à entrer dans ce genre de logiques, mais il faut savoir que l'appétit de domination des géants envisage sérieusement ce chemin.

Pour contrer la stratégie très monopolistique d'Amazon, les différents supports présents actuellement en France se sont organisés autour de la formule imaginée par Adobe et parrainée par la FNAC. C'est encore la FNAC qui va faire le lobbying pour que la TVA sur le livre numérique rejoigne celle du livre papier, car la première est actuellement à 19,6 %, et la seconde à 5,5 %. Franchement, cette égalisation paraît juste. Pour le moment, le différentiel entre le livre numérique et le livre sur papier n'est que de 10 à 15 %, alors qu'il est de 25 % aux États-Unis. Si la TVA baissait, la correction serait la même. On voit que le lobby du papier se défend, mais étant donnée la pollution occasionnée par cette industrie, on ne voit réellement pas ce qui justifie qu'elle prenne le lecteur en otage.

Les trois produits présentés (hors l'Irex qui est plus tourné vers l'e-paper et des usages plus "pointus", écran réinscriptible etc) sont dans la fourchette de 250 à 300 Euros. Deux seulement sont disponibles en France actuellement : Bookeen (280) et Sony (299), les deux ayant des caractéritiques d'usages forcément assez proches, puisque l'écran provient du même fabricant et que c'est seulement l'ergonomie et l'esthétique qui diffèrent.

Voici une vidéo prise hier où M. Colin présente l'activité de la société 4D Concept, dont la diffusion des Irex et des Bookeen :

 

13.03.2009

Tag littéraire

Nelly m'a tagué. Tag. Tag. Tag.

À mesure que la chaîne se déroule, il devient de plus en plus difficile de recruter de grandes plumes dans le panthéon des lettres françaises.

Je pompe directement chez Nelly l'objet du tag :

il s'agit de choisir de quatre à six écrivains français, ou alors, pour ceux qui préfèrent la littérature étrangère, des écrivains étrangers, et d'imaginer quel serait leur positionnement politique aujourd'hui"... et ce n'est pas tout, il faut considérer leurs "convictions profondes", et surtout choisir des auteurs qui ne doivent pas avoir vécu à une époque postérieure au XIXème siécle...

Disons Jules Verne, Alexandre Dumas, Georges Feydeau, Jean de la Fontaine.

Commençons par Dumas. Dumas père est un républicain, assez militant. Il a cependant écrit des ouvrages sous d'autres signatures (p ex celle de Marie Dorval, actrice célèbre en son temps) qui sont nettement plus conservateurs. Sa dénonciation de l'hyprocrisie sociale dans le Comte de Monte-Christo (mon préféré de loin) est sans doute ce qu'il y a de plus républicain dans son oeuvre où il faut évidemment faire le tri. Politiquement, Dumas serait, aujourd'hui, ailleurs, dans un quelque part qui ressemble à l'évaporation, mais généreux.

Élève de Dumas qui l'a lancé, Jules Verne est plus directement républicain, voire socialiste. Ses convictions profondes sont pessimistes, mais généreuses aussi. Il est mort en disant à ses enfants "Soyez bons". Autant dire qu'il n'aurait pas de parti politique à sa convenance aujourd'hui.

Georges Feydeau est mort fou. Il serait donc encarté à l'UMP.

Jean de la Fontaine, distrait, jouisseur, un rien gigolo, dissipateur, libertaire et cabochard, serait bien trop narquois pour se choisir un parti. Ou alors il serait du parti des pirates.

Je tague euh... Quitterie, et c'est bien.

 

01.10.2008

Florent Massot parle de Jacques Martin.

Ayant lu dans "Le Canard Enchaîné" de la semaine dernière que Florent Massot avait caviardé (sur le conseil de ses avocats) des passages d'un livre posthume d'entretiens sur lui et sur sa vie, j'ai eu envie d'aller l'interroger, je le connais assez bien.

C'est un éditeur indépendant qui a monté une première fois sa maison d'éditions, l'a perdue, est reparti en oeuvrant dans une autre structure, d'où il a suffisamment réussi pour racheter son nom commercial et remonter son actuelle structure. Comme je l'explique en prélude, il affectionne les fortes têtes, comme Patrick Sébastien (qui a été l'une des surprises littéraires des derniers temps) et Jean-Pierre Mocky.

Évidemment, l'interroger pour Internet sur un personnage de télévision, c'est une gageure, tant Internet et la télévision se sont étrangers. Mais le livre posthume d'entretiens accordés par Jacques Martin à André Coutin parle très peu de la télévision, il est destiné, même, à parler de tout le reste.

Je l'ai lu et il m'a paru que ce n'était pas seulement une tentative de réhabilitation ou de réorientation, mais quelque chose de plus. C'est un livre qui dit des choses inhabituelles et donc intéressantes. Les passages qui m'ont pris sont ceux où il parle du comédien, de sa nature, de son métier, et ceux où il évoque la psychanalyse. Il y a là des choses très singulières pour un personnage comme lui, très singulières tout court.

Oh, tout ne plaira pas, mais je crois que même si on ne s'intéresse pas à feu Jacques Martin (et on en a le droit), on y trouvera matière à réfléchir et à faire sautiller les neurones. J'ai donc eu une double satisfaction à interroger Florent Massot.

Il a d'ailleurs fini par dire ce qu'il y avait de vrai dans l'info du "Canard" qu'il dément.

 

25.06.2008

Nouvelle révolution du marché du livre ?

Sur le site du Magazine littéraire, une brève annonce sans doute la prochaine révolution du marché du livre : le livre "à la demande" chez le libraire, qui résoudra à la fois le problème du stock (et de son coût), celui des documents de faible marché mais d'importance scientifique ou locale, et celui de la pérennité des oeuvres. Voici la brève :
 
La technologie vient peut-être d’offrir aux libraires une réponse à la concurrence du site Amazon : la "Expresso Book Machine". Inventé par l’entreprise américaine "On demand Books", cet appareil, voué à être installé dans les librairies, permettra aux lecteurs d’obtenir, à la demande et en sept à trois minutes (selon modèles), un titre parmi le million d’ouvrages contenu dans sa mémoire, avec une qualité égale à l’impression traditionnelle, couverture comprise.
Les cinquante premières machines vont être installées cette année en Grande-Bretagne, dans le réseau des librairies Blackwell. Cette innovation a en tout cas suscité un grand enthousiasme dans le milieu du livre anglo-saxon. « Cela va permettre aux libraires de proposer un choix de titres aussi large que celui des sites de vente en ligne », a ainsi déclaré Alison Flood, responsable du service actualité du magazine britannique The bookseller. Sans compter que grâce à une telle machine, la question des livres épuisés et introuvables pourrait être définitivement résolue.
 
On imagine qu'une telle machine ne produira pas des livres "dos carré-cousu-collé" mais seulement "dos carré-collé", ce qui laisera de la place pour une édition de qualité. C'est évidemment un progrès pour la diversité de la création et de la pensée. Il restera à faire en sorte qu'on ne trouve pas forcément la même chose dans toutes ces machines, mais que puissent s'y épanouir les textes qui, jusqu'ici, ont du mal à s'implanter dans les librairies parce qu'ils sortent trop des canons du conformisme idéologique ou artistique.

17.04.2008

Aimé Césaire : le dernier nègre est mort.

Aimé Césaire est un poète engagé, un de ces hommes que, depuis Voltaire, depuis Victor Hugo, la langue française a sans cesse portés vers l'action autant que vers le miracle des mots.
 
Au moment où je publie un roman qui traite entre autres de l'indépendance d'Haïti en 1804, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il a écrit la somptueuse, magistrale, profonde, "Tragédie du roi Christophe" qui n'est autre qu'Henry Christophe, l'un des lieutenants de Toussaint Louverture et l'un des artisans de l'indépendance.
 
Césaire a vanté la fierté des opprimés. Les "nègres" du courant de la "négritude". Son combat politique est celui de Martin Luther King, bien sûr, mais c'est aussi celui de tout homme qui se bat pour le premier alinéa de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".
 
Sa langue pure et mélodieuse, empreinte d'une culture caraïbe et de la vieille école parisienne, mélange de tropiques et de pavés, qui finissait toujours pas tourner en faveur de là-bas, de sa terre, de son peuple, des gens qu'il a aimés et servis pendant des décennies.
 
Jamais on n'a abîmé sa vertu d'élu. Jamais on n'a jeté la moindre ombre sur lui. Passionné, soutenu de son ami, le Sénégalais Senghor (qui a été bien peu entouré lors de ses obsèques, ceci dit en passant), il a traversé le siècle avec ferveur et engagement. Communiste jusqu'à 1956 et l'horreur de Budapest, martiniquais jusqu'à son décès, il est certainement, de tous les poètes français et francophones du XXe siècle, l'un des cinq qui méritent le plus de figurer sur le banc d'Hugo dans le panthéon des lettres.

Je publie mon premier roman sur Internet.

Comme je l'avais annoncé voici quelques jours, je publie mon premier roman sur Internet.
 
- Ah bon, me direz-vous, mais pourquoi pas chez un éditeur "normal" ?
 
Tout d'abord, mon éditeur est mon éditeur habituel : Les Éditions de la Pérenne, chez qui je publie la Réformation des Fouages depuis plusieurs années et chez qui j'ai également sorti une correspondance sur la fin de l'Ancien Régime à Pont-l'Abbé.
 
Ensuite, je crois assez fortement à l'émergence de la partie Internet du marché du livre et il m'a paru cohérent de plonger dans cette direction-là.
 
Enfin, parce que mon métier habituel est de produire des livres de collection et je crois que l'édition sur Internet, avec ses tirages dont on ne connaît pas le chiffre d'avance, est la mine future des bibliophiles : le premier ouvrage d'un auteur, ou un tirage confidentiel dont l'édition traditionnelle trouve difficilement la rentabilité. En somme, il y a, dans les livres qui paraissent sur Internet pour le moment, quelque chose des incunables, ces livres imprimés avant l'an 1500 : ce sont des pionniers.
 
Au-delà même de ces considérations de marché (mais d'une façon pas si étrangère), le contact direct que donne Internet entre l'auteur et ses lecteurs (et lectrices) est précieux. Et la souplesse de l'édition sur Internet, qui permet d'imprimer les exemplaires un par un, donc avec d'éventuelles modifications, fait que le roman gagne au moins en interactivité, sinon en collaborativité.
 
C'est donc avec plaisir que je teste la formule Lulu.com dont j'ai rendu compte voici quelques semaines à propos du Salon du Livre. Si je ne me trompe pas, l'adresse de commande est ici.
 
Deux formules sont possibles : la première, télécharger le livre pour 5 Euros, dont je perçois 4 Euros.
 
La deuxième, le commander à Lulu.com. Le livre coûte 6,61 Euros à fabriquer. J'y ajoute 9 Euros de revenu et Lulu.com prélève sa commission. Le tout fait un roman à 17,86 Euros, à quoi vous devrez ajouter des frais de port.
 
Il y a une troisième formule : adresser un chèque de 20 Euros à l'ordre des Éditions de la Pérenne mais à mon adresse personnelle 43, boulevard Beauséjour, 75016 Paris. Port payé, vous recevrez alors assez vite un exemplaire dédicacé à la personne de votre choix. Les 50 premiers seront numérotés de 1 à 50 (toujours mon option bibliophilique).
 
Un mot de l'histoire :
 
Il s'agit de mon interprétation d'événements authentiques qui ont concerné une famille à la fin de la colonisation française de Saint-Domingue (l'actuelle Haïti) en 1803. Une jeune femme et son bébé, issus du monde des colons, fuient les rebelles dans la nuit, jusqu'au Cap Français, puis de là les événements ne cessent d'empirer. Le mari et père apparaît et avec lui l'émotion. Bref, c'est l'occasion d'une réflexion à la fois sur la France des Lumières, sur la colonisation, sur la décolonisation aussi, et sur quelques autres sujets.
 
Ce roman est le premier d'une trilogie.
 
Le deuxième volet n'est pas encore écrit et se déroulera essentiellement à Nantes. Le troisième au Royaume-Uni.
 
L'ensemble prend le titre "Deux Îles" qui sont l'une Saint-Domingue, l'autre la Grande-Bretagne, deux îles qui ont résisté à Bonaparte.
 
Ce premier tome compte 138 pages.
 
Bonne lecture.
 
Voici la couverture :
 
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08.04.2008

Quitterie Delmas a trente ans !

Quitterie Delmas est née le 8 avril 1978. Elle a donc, aujourd'hui 8 avril, trente ans tout juste. Bon anniversaire, Quitterie !
 
Pour tout vous avouer, j'espérais que mon roman paraîtrait aujourd'hui, pour son anniversaire, mais il a quelques jours de retard. En avant-première, voici les premières pages :
 
 
                L'enfer existe : c'est l'Histoire
                        J. Cocteau       







    Il faudrait trembler en entendant le nom d’Haïti. Cette île est une curiosité sanglante. Un rendez-vous de pirates, pillards, esclavagistes, massacreurs, despotes et bourreaux. 
    Un brouillard de victimes.
   En y accostant, Colomb l’avait nommée Hispaniola, Espagnole. Un nom vite balayé par la rage conquérante. Hispaniola devint Santo Domingo, Saint Domingue, qu’on pourrait traduire par Saint Seigneurial aussi bien que par Saint Dominique ou Saint Dimanche.
    Les Indiens caraïbes autochtones furent massacrés. La traite des noirs commença. Le destin était en marche. Quelqu’un, quelque part, devait veiller sur le mauvais sort de l’île comme le diable veille, paraît-il, sur les braises de l’enfer.
    Des flibustiers furent les premiers Français à accoster à Saint Domingue. Ces pirates établirent un comptoir dans l'île de la Tortue, un îlot de la côte nord. Ils se croyaient forts et féroces, mais il y avait au-dessus d’eux un pirate plus fort et plus féroce qu’eux : Louis XIV, qui pourtant les condamnait aux galères, se servit d’eux et de leur implantation pour obtenir de l’Espagne la cession d’un tiers de Saint Domingue. Ce tiers correspond à la majeure partie de l’actuelle république d’Haïti.
    Notre récit prend sa source ici.
    Colbert organisa la colonisation. L’esprit malin souffla sur son brasier : les premiers colons furent recrutés dans les prisons du royaume, parmi les repris de justice et les filles de joie. Les brigands succédèrent aux pirates.
    On y ajouta quelques pauvres bougres ramassés dans les bouges. Peu de femmes. Pour augmenter la population, Colbert autorisa l’émancipation des esclaves noires par mariage avec les colons blancs. Certains petits planteurs et marchands épousèrent donc des esclaves africaines ou des métisses, des mulâtresses. Ainsi, cherchant son équilibre, la population enfla.
    Au bout d’une vingtaine d’années de croissance, une mutation sembla s’amorcer. Un nouveau type d'expatriés s’implanta. On signale un Autrusseau tonnelier à la Croix des Bouquets en 1720. Autrusseau. Gardons son nom en tête.
    La colonie se développa à vive allure, exporta une quantité vertigineuse de canne à sucre, on la surnomma la Perle des Antilles. Une troisième vague de population déferla.
    Des cadets de famille nobles s’ajoutèrent aux pauvres premiers colons. Pour s’enrichir plus vite, pour rentrer à Versailles, ces cadets sans fortune durcirent la condition des esclaves. Louis XV publia un édit qui, brisant celui de Colbert, interdisait les unions multiraciales. Le démon soufflait une fois de plus sur son brasier. Les premières révoltes d’esclaves éclatèrent.
    Souvent hautains, vaniteux, les cadets importèrent surtout l’Étiquette ; et avec l’Étiquette, la Révolution. En 1790, on apprit ce qui se passait à Paris, les colons se scindèrent en deux clans d’inégale importance numérique et d’inégale fortune : d’un côté les gros planteurs, de l’autre les créoles blancs et ceux qu’on nommait les petits blancs, masse populeuse de manouvriers, de commerçants et de petits cultivateurs. Les gros planteurs tenaient la canne à sucre, les petits développaient le caféier. Les gros planteurs étaient pour la plupart affiliés au Second Ordre du royaume — celui de la noblesse — les petits blancs étaient tous roturiers. Le Tiers-État contre la noblesse, le clergé ne compta guère sur cette terre peu christianisée.
    Le premier maillon de notre histoire se situe ici.
    Sur ce premier affrontement entre grands et petits blancs, se greffa une terrible révolte d’esclaves. En 1791, de nombreuses maisons et plantations, nommées habitations, furent dévastées et incendiées. Cette année-là mourut, dans un de ces incendies, Marie-Rose Barrot, veuve Autrusseau. Gardons son nom en tête.
    La révolte noire fut matée mais, entre les blancs, la Révolution faisait son oeuvre. La noblesse appelait l’ennemi, l’Angleterre : pour elle, Louis XVI était l'otage d'une faction parisienne, et Saint Domingue l'otage d'une faction de petits blancs. Il fallait sauver des têtes et une certaine conception du royaume que la faiblesse du monarque avait compromise.
    En face, les esclaves affranchis, les mulâtres, et quelques petits blancs s'armaient pour l’abolition de l’esclavage. L’année 1793 fut terrible, ici comme ailleurs.
    Les Anglais et leurs complices occupèrent de nombreuses positions côtières et s’assurèrent le contrôle d’une grande part du fret maritime.
    Quelques milices tentèrent de défendre le territoire de la patrie.
    Le Cap-Français était le plus vieil établissement et la se-conde ville de la colonie. Il fut incendié par les affranchis et les esclaves fugitifs, surnommés nègres-marrons.    
    Entre les deux factions, un contingent métropolitain se débattait dans une misère profonde et une démoralisation croissante. Il y avait là notamment le premier bataillon du Morbihan, tous des volontaires, qui s’étaient enrôlés en juin 1792 pour répondre àl’appel de la patrie en danger. La levée en masse avait abouti aux victoires de Valmy en Champagne et de Jemmapes ; les volontaires du Morbihan n’avaient eu ni la peine ni la gloire de ces deux victoires : ils avaient été envoyés à Saint-Domingue.
    Leur général en chef se nommait Laveaux. Il partit avec quelques milliers de francs en lettres de crédit. Au bout de trois mois, son trésor fut à sec. En 1793, il dut vendre jusqu’à ses épaulettes pour pouvoir se nourrir.
    Ses hommes allaient pieds nus sur la terre brûlante. Décimés par la fièvre jaune. À Paris, on ne comprenait rien : il aurait fallu envoyer de l’argent frais, des troupes fraîches ; on envoya trois députés, trois politiciens, trois représentants du Comité de Salut Public.
    Pourtant, en 1793, second maillon de notre histoire, un homme débarqua du vaisseau de la République dénommé la Petite Fille.  Retenons le nom de ce vaisseau : il est prémonitoire.
    Cet homme avait embarqué à Nantes en janvier, le mois même de l’exécution de Louis XVI. Il se nommait Vincent-René Cadou.
    Une famille ample, avec des idées amples : un de ses oncles, Aimable Cadou, vivait à l’île d’Yeu, prêtre jureur, prêtre marié, père de famille et bon républicain. Mais apparemment, Vincent-René Cadou venait de quitter Nantes pour s’éloigner des violences qui s’y développaient sur fond de répression de la chouannerie.
    L’un des frères de son père, officier de milice aux Sables d’Olonne, fut trouvé mort quelques semaines à peine après cette traversée, décès particulièrement suspect en ces temps troubles.
    Il était jeune, vingt-trois ans, à peu près le même âge qu’un certain Bonaparte et que le futur grand écrivain Châteaubriand.
    Il déclara sa profession pour embarquer : commis négociant. Il travaillait donc pour l’un des négociants nantais, sans doute l’un de ses cousins. L’un de ceux qui, dans ce grand port, affrétaient des navires de commerce. Leurs navires transportaient une richesse exotique : le bois d’ébène —un bois à deux pattes à qui l’Églisecatholique reconnaissait une âme depuis le XVIe siècle et à qui la Convention venait d’accorder le statut irrévocable d’homme libre.
    On imagine son enfance : il n’avait pas connu son père, ca-pitaine de navire marchand, disparu en mer au cours d’une mission à Noël 1770, comme il avait seize mois.
    Chétif dans ses premiers jours, on l'avait placé en nourrice à la campagne quelque part près d'Angers, sa mère possédait là des terres qu'elle avait héritées d'une de ses tantes paternelles.
    Il en était revenu pour suivre quelques bons cours des bons pères nantais. Dans l'un des honorables collèges du port, on avait essayé de lui faire lire Virgile, Plutarque, Racine, Fénelon. Il avait picoré Corneille et Bossuet. Mais rien de tout cela n'était son univers.
    Orphelin, Vincent Cadou était entré dans sa carrière de négociant avec un mince bagage scolaire. Il avait été placé en instruction sur des voiliers qui appartenaient à sa famille, avait gravi les nécessaires échelons. La Révolution avait mis les navires en cale sèche ou les avait réquisitionnés. L'atmosphère s'était considérablement alourdie et d'autres événements plus intimes avaient assombri l'existence nantaise du jeune homme.
    Vincent Cadou marquait beaucoup d'exigence et d'in-transigeance dans sa vie sentimentale. Au milieu d'une société qui oscillait entre l'aridité de l'esprit négociant et la légèreté du siècle de Voltaire, le jeune Cadou exprimait un désir de vérité qui lui avait causé des souffrances.
    Quand il débarqua à Saint-Domingue, il était encore plein d'une de ces aventures qui donnent la conviction que toutes les affections ne sont pas remplaçables.
    Il était grand, plutôt blond, ou châtain clair, avec de longs yeux pâles et des manières simples, mais ce genre d’élégance qui, chez un homme ferme, plaisait aux femmes de son époque.
    Quand rencontra-t-il celle qui devait devenir son épouse? Elle n'avait alors qu'onze ans et se nommait Amélie Autrusseau.
 
La suite, bientôt !
 
Bon anniversaire, Quitterie... 

29.03.2008

Courant avril, je publierai mon premier roman.

Ce sera le premier volet d'une trilogie.
 
Il se déroule à Saint-Domingue (Haïti) au moment de l'indépendance, en 1804. 

27.02.2008

Une web TV au Salon du Livre de Paris.

Je relaie cette info reçue voici déjà quelques jours à propos du Salon du Livre de Paris qui aura lieu à l'époque du second tour des municipales :
 

"Le 1er programme audiovisuel sur le Net dédié à l'actualité littéraire sera lancé à l’occasion du Salon du Livre !

Média novateur, conjuguant l’impact de la vidéo et l’interactivité du Web, il s'agit d'un format inédit de promotion du livre, où chaque émission est un point de rencontre avec des auteurs, libraires, lecteurs, etc. Rendez-vous dès le début du mois de mars sur le site internet du salon du livre pour découvrir les premiers reportages."

Je signale aussi un espace accru dédié au numérique :

"Lectures de dem@in

Des technologies à découvrir et des rencontres pour s’initier.
Un nouveau secteur d’environ 500 m² articulé autour d’un parcours initiatique constitué de 4 pôles, 4 étapes de découvertes numériques.


- Les E-book et l’encre électronique
- Les supports nomades (PSP, PDA, mobiles, blogs..)
- Le savoir (les bibliothèques numériques, le projet Gallica, cartable électronique...)
- La numérisation"
 
Et il y aura cinq débats intéressants le vendredi 14 mars :
 
14/03 10h00 L'économie de la chaîne numérique Professionnel
14/03 11h30 Web et encyclopédie: le rêve de Diderot enfin réalisé ? Multimédia
14/03 14h30 Touristes numériques ? Média
14/03 16h00 Internet, relais - obligé - d'opinion ? Professionnel
14/03 17h30 Ecouter lire, l'autre plaisir Média
 
Pour conclure, je signale qu'Israël est l'État mis à l'honneur cette année, et que je regrette que ce soit l'occasion d'une recrudescence de thèmes religieux dans le cadre du salon.

Toutes les notes