07.11.2009

Quitterie alone in Babyloan.

Quand on a une rolls, c'est assez criminel de la laisser au garage ou de l'utiliser pour aller acheter du pain, quand on a un trimaran, c'est dommage de le faire caboter au moteur. Voilà ce que m'inspire le fait que Quitterie ait été seulement la modératrice du débat organisé par Babyloan au Jardin d'Acclimatation, à Paris XVIe, cet après-midi. Faire taire une si jolie voix est un crime affreux. Je trouve qu'elle se laisse trop bouffer par des gens qui ne la respectent pas assez.

Quoi qu'il en soit, la table ronde à laquelle j'ai assisté était d'un grand intérêt, un double intérêt : la compréhension par les créateurs de sites de l'esprit collaboratif et bijectif d'Internet, d'une part, et d'autre part, les principes qui doivent inspirer ces créateurs pour que leurs sites soient bien considérés par les internautes.

Un site institutionnel d'une puissante ONG mondiale (la Croix-Rouge) fournit le contre-exemple : on y trouve des info sur l'ONG, sur ses activités, comme dans un magazine, on y trouve aussi de quoi verser un soutien financier, mais rien, aucune fenêtre, qui permette aux internautes de s'approprier une partie du site, de se constituer eux-même en groupe capable d'assumer une partie des tâches revendiquée par l'ONG. Tout est vertical dans le sens ONG en haut - internaute en bas.

Il faut dire que la grande expertise de Quitterie dans ce domaine a permis de disséquer en quelques phrases le défaut de ce site avec ses cinq interlocuteurs.

Deuxième contre-exemple plus discuté : le site Soliland, qui vend des produits de distribution ordinaire, mais verse une partie du montant des ventes à des ONG. L'évidence du blanchiment que constitue ce processus n'empêche pas le représentant de Danone Communities de minimiser ses défauts en considérant qu'un tel site peut être une incitation pour l'économie traditionnelle à se rapprocher de la philosophie d'Internet. Mais comme le même représentant se fait sèchement rabrouer ensuite par une question de la salle qui fustige les pressions exercées par Danone sur les producteurs français de lait (pressions qui permettent par contrecoup de jeter les producteurs de lait des pays pauvres dans la misère), on voit se dessiner assez clairement la ligne de fracture entre deux conceptions du monde. D'ailleurs, le même représentant, à bout d'argument, s'en sort par une pirouette en montrant un produit créé par l'acclimateur d'Internet en France, et en affirmant qu'Internet n'est qu'un outil, alors que Quitterie a déclaré souvent qu'Internet est bien plus : un art de vivre.

Et c'est elle qui a raison.

Les autres sites présentés entrent plus dans le cadre de l'Internet solidaire : MyCoop, du Crédit Coopératif, Adie.org de l'Adie, Peuplade qui vise à remplacer le bon vieux bistrot d'en bas pour structurer les rencontres de quartier, et bien sûr Babyloan.

J'ai déjà eu l'occasion de parler du crédit coopératif, qui est désormais ma banque.

L'Adie est une association qui existe depuis vingt ans et qui vient de passer au support Internet, ce qui lui a permis de toucher une population bien plus nombreuse qu'auparavant. Son métier est le micro-crédit, en particulier pour les auto-entrepreneurs. La mise en réseau des bénéficiaires de ses prêts paraît être l'un des ses prochains horizons dominants.

Bien entendu, le site le plus directement collaboratif, parmi ceux présentés aujourd'hui, est Babyloan. Son métier est également le micro-crédit, mais avec l'originalité de permettre à des gens qui ont 30 Euros devant eux de prêter ces 30 Euros pour quelques mois à une famille d'un pays pauvre, qui s'en servira pour un investissement crucial. Belle idée, il faut le dire.

Je suis en revanche un peu plus réservé sur l'une des conséquences du salutaire principe de transparence qui anime cette structure : un prêteur, se rendant au Cambodge, a voulu avoir l'adresse de la famille à laquelle il avait prêté (on ne dit pas quelle somme, est-ce 100 Euros ?). On la lui a donnée, ce qui était normal. Il est allé voir ces gens, et il a pu envoyer un mail satisfait, puis montrer des photos.

Subitement, en imaginant les bons Français en vacances dans la ferme cambodgienne, me revenait la vision de ces bourgeoises du XIXe siècle qui prenaient un air béat en considérant "leurs" pauvres. Comme le dit le célèbre "Voyage de M. Perrichont", il n'y a rien de plus satisfaisant pour l'égo que de rendre service à autrui. Et je me rappelle que le XXe siècle est celui qui a remplacé toutes ces charités bourgeoises par des institutions sociales. Alors, quand j'entendais, à la fin de la conférence, les réflexions selon lesquelles le charity business d'Internet va se développer considérablement dans les années qui viennent, j'avoue que j'en ai eu un pincement au cœur.

Car le pays où le charity business est roi, les États-Unis, est aussi celui où l'espérance de vie baisse depuis plusieurs années, où des millions de citoyens ne disposent d'aucune couverture sociale, et où les institutions supposées caritatives sont parmi les adversaires les plus résolus du projet de sécurité sociale poussé par Barack Obama. J'avoue donc que je préférerais que ce business ne se développe pas, mais qu'au contraire, nous ayons, conservions et inventions des institutions sociales dignes de ce nom.

L'avenir d'Internet n'est pas sans risque, et nous devons garder en tête un repère essentiel : l'éthique.

Faut-il reconstruire le mur de Berlin ?

La commémoration de la chute du mur de Berlin sonne étrangement au moment même où le parti du président français (l'UMP) est jumelé avec le Parti Communiste chinois, celui-là même qui, en 1989, l'année de la chute du Mur, a réprimé durement les mouvements étudiants de la place Tian an Men à Pékin. On pourrait considérer bien sûr que, d'une part, ce choix révèle la vraie nature soixante-huitarde du président : après avoir exprimé son intention de "jouir sans entrave", le voici maoïste... mais d'autre part, on n'a pas envie de réduire la problématique de la chute du Mur à des considérations polémiques, car elle a eu un effet bien plus considérable.

1989 : l'année du bicentenaire de la Révolution française

La chute du Mur ne s'est pas faite en un jour, elle a été l'aboutissement de nombreux mois de crissements et de craquements qui, peu à peu, déchiraient et déboitaient le monde bâti par les soviétiques depuis la seconde guerre mondiale. La Pologne avait longtemps fait preuve d'insoumission, puis ce furent les Hongrois qui décidèrent d'ouvrir leur frontière avec l'Autriche. Aussitôt, des Est-Allemands, des Tchèques, des Hongrois mêmes, et d'autres, votèrent avec leurs pieds en passant à l'ouest. Il y eut des trains entiers qui, partant d'Autriche, arrivaient en Allemagne encore dite de l'Ouest (la RFA, opposée à la RDA). L'effondrement semble avoir été presque voulu par Gorbatchev, comme une purge salutaire, et on ne peut pas s'empêcher de faire un rapprochement entre celui-ci et le personnage extraordinaire interprété par Kusturica dans le passionnant film de Christian Carion "L'affaire Farewell".

Pendant que ce monde s'effritait et périssait, la France préparait les fastes du bicentenaire de la Révolution française. On enregistrait des émissions plus ou moins inspirées (je me souviens d'un procès de Louis XVI où Fouquier-Tinville était curieusement interprété par Jean-Édern Hallier, plus flamboyant que jamais), des documentaires, on se préparait à rouvrir pour la énième fois le dossier de la Terreur, pouvait-on distinguer les deux phases de la Révolution, 1789 et 1793, ou fallait-il considérer que la Révolution, dans toutes ses phases, était, selon l'expression de Clemenceau, "un bloc" ?

Le clou des festivités était évidemment prévu pour le 14 juillet 1989, commémoration de la prise de la Bastille par les Parisiens. On annonçait un défilé de haut vol créatif sur les Champs-Élysées, Jack Lang au faîte de sa gloire se trouvait aux manettes, on allait voir ce qu'on allait voir. Et j'avoue que j'ai été profondément déçu. Je ne suis pas du tout sensible à ce que fait Découflé, j'ai trouvé son défilé emphatique et ridicule, comme d'ailleurs l'ensemble des manifestations dont j'ai été le témoin. C'est que, dans toute cette affaire, un mot manquait : révolution.

La Révolution française, mère de toutes les révolutions jusqu'en 1989

Bien que la guerre d'indépendance américaine soit considérée comme une révolution selon les catégories anciennes, la vraie révolution, celle qui a fait rêver le monde, celle qui a théorisé le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, celle qui a renversé les féodalités européennes et imposé partout l'état-civil et le droit notarial unifié, c'est la Révolution française. Celle qui a guillotiné le roi et tué définitivement le père, c'est la Révolution française. Celle qui a aboli l'esclavage, c'est la Révolution française. Celle qui a proclamé l'égalité des citoyens devant la loi, c'est la Révolution française.

Nombreux sont les révolutionnaires du XXe siècle qui sont venus recueillir les idées révolutionnaires au creuset parisien, quel que soit leur pays, en particulier russes et chinois. Et comme un écho de la Révolution française, ceux qui ne trouvaient pas leur bonheur en potassant 1789 et 1793 le dénichaient en étudiant 1871 et la Commune de Paris. L'Internationale, chant français écrit par un Français (Eugène Pottier) pour le monde entier, était certes traduite, mais apprise en français dans le monde entier, après 1917.

Le plus terrible d'ailleurs, de ce point de vue-là, a été quand, place Tian an Men, on a vu des étudiants chinois fiers de résister au pouvoir sur un chant révolutionnaire français, la Marseillaise, quand en face d'eux, le pouvoir se réclamait d'un autre chant révolutionnaire français, l'Internationale. On pouvait presque retrouver là l'écho de ce que Lamartine dit un jour à des ultras de 1848 : "Votre drapeau rouge n'a fait que le tour du Champ de Mars, quand le drapeau tricolore a fait le tour du monde", en somme la même opposition se trouvait à des milliers de kilomètres de là, dans une société qui ne savait de la France que ce que les manuels révolutionnaires en disaient. Ce fut le tragique pinacle de l'influence idéologique française dans le monde, un chant du cygne : avec la chute du Mur, l'idée révolutionnaire, Danton, Robespierre, Marat, Clément, Sorel, toute cette cohorte de saints rouges, était appelée à sombrer dans l'oubli.

Nous n'en étions pas conscients alors, mais la fin de l'Union Soviétique, qui se profilait, annonçait la fin du prestige de nos idées, la fin de leur capacité dynamique à agir sur le monde.

Qu'avons-nous à dire au monde ?

Ce qui est tragique, c'est que le bébé s'est noyé dans l'eau du bain quand on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Car dans les idées révolutionnaires brusquement démonétisées, il y avait des principes utiles pour organiser le monde, et surtout l'idée fondamentale que le peuple peut faire pièce aux puissants, qu'il peut leur tenir la dragée haute.

Et depuis ce temps, des idées, nous n'en avons plus, l'anglais règne partout, l'éthique publique a disparu au profit de la logique mercantile, inégalitaire et communautaire, qui se pare du beau nom de modernité et qui n'est que la dilatation des habitudes anglo-saxonnes à l'échelle d'un modèle mondial qui se voudrait universel. Cette société dominée par l'argent, c'est la leur depuis des siècles. Elle véhicule son cortège de misère et de soumission.

Et nous, nous pataugeons dans un débat sur l'"identité française" qui est forcément impossible, car l'identité française, notre esprit commun, est justement de n'avoir pas d'esprit national (pas de "Volksgeist"), mais une conceptualisation du monde, la Raison, de Pierre Abailard à Voltaire en passant par Thomas d'Aquin et Descartes. La France, c'est le français, notre langue, une méthode intellectuelle, ouverte à qui veut bien s'y intéresser. Notre identité, c'est de distinguer le public du privé, le sacré du profane, le politique du commercial, l'État de la Société civile. Notre identité, ce sont trois mots : Liberté, égalité, fraternité.

06.11.2009

Mes trois premiers billets.

Éric me tague dans une chaîne sur les trois premiers billets publiés sur nos blogs, c'est une occasion de faire un historique, un de plus...

Quitterie, fin 2006 et début 2007, animait la blogosphère d'un fort militantisme pour l'esprit d'Internet. Captivé par ses lignes, et découvrant l'Internet politique dont je n'étais pas consommateur jusque-là, tout absorbé par mes publications historiques et ayant nettement décroché de l'activisme politique.

Mon premier billet, le 9 janvier 2007, porte un constat très objectif dans son titre : "c'est le début". J'y examine l'impression que fait d'avoir ouvert cette page de communication et de découvrir les joies narcissiques du bloc-notes public quotidien. C'est un billet très émerveillé et tâtonnant.

Mon deuxième billet affiche un titre programmatique qui est une citation de Victor Hugo, l'une de celles que je continue à préférer, l'une des plus vraies sur le devoir de toute personne qui détient un savoir ou un pouvoir : "Agrandir les esprits, amoindrir les misères". C'est l'occasion d'une présentation personnelle que je reconnais avoir été alors un peu trop longue, mais vraie.

Mon troisième billet, le surlendemain du premier, explique mon intention initiale de parler beaucoup de littérature sur mon blog, ce que j'ai finalement moins fait que de cinéma, et surtout de politique, la vie est mal faite, mais en vérité, j'ai depuis ouvert un autre site très intermittent où j'ai repris les articles culturels de mon blog, et où j'enfile les documents historiques bretons avec l'idée de développer un blog strictement culturel, et par ailleurs, jusqu'au funeste retrait de Quitterie, c'est elle, Quitterie, qui a été mon meilleur sujet, et je ne regrette pas ce choix.

Je tague l'ami FLN (Frédéric Lefebvre-Naré, un Démocrate Sans Frontière), parce qu'il m'a cité récemment et que j'en profite pour signaler que je lis son blog avec beaucoup de profit.

03.11.2009

23 ans.

Mirabelle me tague sur une chaîne qui, si j'ai bien compris, vient de Falconhill via Ataraxosphère et autres.

Le jour de mes 23 ans, il y a tout juste 22 ans aujourd'hui, je l'ai passé à l'hôpital militaire de Lille. J'avais en effet débuté la période des classes de mon service militaire un mois plus tôt, dans les premiers jours d'octobre, à la base aérienne 103, à Cambrai. Il faisait un soleil éclatant le jour de mon arrivée sur cette base, le sous-officier qui était venu chercher à la gare les deux ou trois troufions héberlués qui s'y trouvaient échoués (je n'étais pas arrivé à la bonne gare, ni à la bonne heure, j'ai toujours été incapable de faire tout comme tout le monde), chantonnait, en conduisant, un "tube" de l'époque : "Bienvenue à Paris, les filles sont si jolies..." ou bien, plus traditionnel et festif : "Ah, le petit vin blanc, qu'on boit sous les tonnelles, quand les filles sont belles, du côté de Nogent...".

Le premier soir, avant d'être répartis entre différentes destinations (les élèves officiers - EOR - d'un côté, les élèves sous-officiers d'un autre côté, la troupe au milieu), nous avions dormi sous la tente, un barnum collectif pour au moins une cinquantaine de bleusaille. La journée avait été belle, la nuit fut glaciale. Le lendemain, j'avais une rhinite, une trachéite, une bronchite, une... bref, je prenais 27 pilules par jour, j'avançais dans le brouillard, si bien qu'on a fini par m'envoyer à l'hôpital de Lille dont je ne suis sorti que pour la dernière semaine des classes.

De Cambrai, je suis parvenu à me faire affecter à Creil, dans l'Oise, au nord de Paris, une base désaffectée qui relevait de Cambrai, où se trouvait un détachement chargé de veiller sur la base qui servait de point d'appui en cas de déclaration de guerre. C'était calme et informel, je crois que nous étions une vingtaine d'"aviateurs" (nom donné aux soldats de l'armée de l'air), il devait y avoir deux ou trois sous-officiers, le plus haut gradé était un capitaine qui attendait la retraite en sifllotant. Je rentrais dîner chez moi à Paris, mais je me levais à cinq heures du matin pour arriver à la base à huit, c'était assez fatigant.

De Creil, j'ai donc réussi à me faire muter à la base aérienne 117, à Paris, place Balard, dans le XVe arrondissement, à une demi-heure à pied de chez moi, ce qui était beaucoup plus confortable. Là, j'ai été affecté à la bibliothèque juridique de la Direction du Personnel Militaire de l'Armée de l'Air (DPMAA), placé sous la houlette d'un personnage jeune mais étrange, le sergent-chef Jésus. Je travaillais avec les officiers de la DPMAA, et subitement, le grade le plus bas était celui de capitaine. On trouvait là beaucoup d'Officiers de Réserve en Situation d'Active (ORSA), des gens qui, ayant fait leur service militaire, avaient ensuite fait un bout de carrière dans le civil, puis été embauchés par l'Armée de l'Air dans un cadre militaire.

Les plus amusants étaient les pilotes, qui racontaient leurs nombreuses anecdotes de vol et d'atterrissage. De quoi faire frémir Dassault et tous les fabricants d'avions de guerre. Curieusement, ils ne racontaient jamais d'histoires de guerre. Durant toute la période de mon service militaire, je n'ai entendu qu'un sous-officier parler de combats de sa jeunesse. Le reste du temps, rien.

C'est pendant cette période de bibliothèque que j'ai pu rédiger mon mémoire de maîtrise de DEA en droit public interne. J'avais choisi un sujet rare, sur lequel les textes et la jurisprudence étaient des plus succincts, et j'ai rédigé en trois jours un mémoire de quinze pages, pour lequel j'ai obtenu la note convenable de 14/20. Ouf, j'avais enfin terminé ce DEA que j'avais vaguement suivi en étant délégué général national  (permanent salarié payé au black) des jeunes centristes (JDS) lors de la pré-campagne de Raymond Barre pour l'élection présidentielle qui eut lieu pendant mon service militaire.

Fin juin, il me restait trois mois à faire, mon général (un quatre étoiles typique nommé Clariond, qui commandait la DPMAA) se soucia de concours administratifs que je voulais passer à la rentrée : il m'accorda une "permission libérable", qui me permettait de n'avoir plus à revenir à la B.A. 117 que pour rendre mon paquetage, fin septembre. J'ai pris quelques vacances.

À la rentrée, après avoir vaguement concouru, je me suis intéressé à l'Assemblée Nationale : les élections législatives avaient eu lieu en juin, nous avions un certain nombre de nouveaux députés, j'avais envie de devenir assistant parlementaire. Ayant quelques copains dans la place, j'ai pu assister aux journées parlementaires qui avaient lieu à l'hôtel Lutétia à Paris, prendre des contacts, et finalement, ce fut Nathalie Boulay-Laurent (récemment première adjointe malheureuse de Dassault à Corbeil) qui me donna la piste décisive, un député du Doubs tout à fait sympathique et peu intéressé par la politique nationale nommé Michel Jacquemin. Le jour de mes 24 ans, j'avais été embauché et j'ai fêté ça au Laurent Perrier brut millésimé 1977 à la buvette de l'Assemblée, avec deux ou trois assistantes aves lesquelles j'avais commencé à tisser des liens.

Celles qui me plaisaient le plus étaient Roseline, l'assistante très droite ultra-catho du maire d'Angoulême Georges Chavanne, Christine, l'assistante non moins conservatrice de Christine Boutin, et Sylvie, la belle-sœur et assistante de Dominique Baudis. Juste en face de l'Assemblée, au bureau parisien du paerlement européen, j'avais aussi la très belle Virginie de Villepin, qui, je crois, est aujourd'hui au groupe radical au Sénat. Je précise que ce n'étaient pas des liaisons, il ne s'est rien passé. Je crois que Virginie était d'ailleurs la seule pour laquelle je craquais vraiment.

C'était contrariant de devoir supporter les harangues de l'assistante de Boutin contre l'avortement, et d'une manière générale l'atmosphère peu créative de ceux qui se disaient centristes, que je voyais autrement que lorsque j'avais été militant du mouvement de jeunes. C'est le moment où j'ai donc commencé à m'en éloigner, mais ceci est une autre histoire.

30.10.2009

Affaires de "suicides" et autres fantômes judiciaires surgis du passé.

EDIT : vous pouvez aller prolonger le débat sur cet article sur AgoraVox.

Le renvoi de Jacques Chirac en correctionnelle, hier, n'est pas un événement mineur, c'est peut-être le deuxième grand moment de la carrière de l'ancien président de la république. Comme cela a très justement été noté, seuls deux autres chefs de l'État français ont été jugés avant lui (les deux ont d'ailleurs été condamnés) : Louis XVI et le maréchal Pétain. Louis XVI, en aidant les États-Unis d'Amérique à s'affranchir de la tutelle coloniale britannique, avait pourtant donné un coup de pouce décisif à la libération du monde (avant que les États-Unis n'inversent le miroir). Pétain, lui, était le symbole de ce que la IIIe répubique avait fait de mieux : la dissolution des empires germaniques et la victoire de 1918, le maréchal lui-même ayant eu la solide réputation de prêter une attention maniaque et humaniste au sort de ses soldats.

Le procès de Louis XVI signifia la mort de la monarchie absolue, celui de Pétain emporta la fin de la IIIe république, il n'y aurait pas de retour au statu quo ante 1940, la Libération se voulait révolution. Fins de régime, procès des chefs, le renvoi de Chirac en correctionnelle sonne donc comme le glas de la Ve république.

Comment naissent et meurent les républiques

La IIIe république est née en plusieurs temps, après 1870, sur un ciment : reprendre l'Alsace et la Moselle à l'Allemagne, effacer la tache de la défaite de 1870, laver la France de l'échec militaire en prouvant qu'il appartenait au régime et non à la Nation. Après la victoire de 1918 (une victoire française, puisque la France avait conduit les alliés à la victoire, grâce aux généralissimes français et à la stratégie française), la IIIe république aurait pu s'arrêter, mission accomplie, et passer la main à une suivante. Mais sa victoire elle-même ne rendait pas sa fin logique, alors que sa victoire était en fait sa fin dans tous les sens de ce terme. Après 1918, la IIIe république s'est donc survécu, jusqu'à sa fin tragique en 1940, il faut savoir partir au bon moment, sinon...

La mission de la IVe république fut de traduire en lois et en autres dispositifs publics les principes élaborés dans et par la Résistance. L'ensemble des forces politiques résistantes, même des pétainistes repentis, avait participé à cette élaboration dans la clandestinité, long travail de régénérescence de la république française entrepris par des politiques, des philosophes, des théoriciens et des praticiens, gens de bonne volonté, venus de toutes les strates de la société. L'ensemble des principes fut mis en pratique tôt après la guerre, la IVe république fut encore chargée de la reconstruction, qu'elle fit dans un tourbillon politique qui étourdit à peu près tout le monde. Mais la Résistance n'avait pas posé la question coloniale et la question coloniale ne cessa de se poser à la IVe république, jusqu'à la tuer. L'autre question qui n'avait pas été posée par la Résistance était celle d'un monde où la France ne participerait plus au concert des puissances de premier rang, ce qui n'avait jamais été vu depuis près de mille ans. Cette question se posa en 1956, lorsque l'Union Soviétique menaça d'employer l'arme nucléaire pour interrompre l'opération franco-britannique sur le canal de Suez en Égypte, et lorsque les États-Unis refusèrent d'accorder la protection de leur "parapluie nucléaire" aux Français et aux Britanniques contre les Soviétiques. Pour la première fois depuis le traité de Verdun en 843, la France n'était plus maîtresse de son destin. Ce fut donc à la Ve république de régler le double problème des colonies et de la place de la France dans le monde nouveau.

Elle fit tout cela, dans des conditions d'ailleurs difficiles, les Américains ne considérèrent par exemple l'arme nucléaire française comme "un fait" qu'après la mort du général de Gaulle.

Et la république se survécut, puisqu'elle avait atteint ses objectifs. Et puis, soudain, sans qu'on s'en rende compte, une nuit d'octobre, en 1979, la Ve république est morte.

L'affaire Boulin et les sales manies et manières de la Ve république

Remettons-nous dans le contexte : en 1979, Valéry Giscard d'Estaing est président de la république depuis cinq ans. C'est un surdoué : député à trente ans, secrétaire d'État à trente-trois, ministre des finances à trente-cinq, d'ailleurs inamovible (ou presque) aux finances pendant plus de dix ans, fait inouï, et réel co-créateur de la gestion publique made in Ve république, et finalement président de cette république à quarante-huit ans.

VGE a été élu en 1974 avec le socle électoral des centristes réformateurs de Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber, avec aussi l'aide de Jacques Chirac (alors ministre de l'Intérieur, une position décisive puisque c'est lui qui a établi les résultats définitifs de l'élection et travaillé à celle-ci avec les Renseignements généraux), et d'une partie de l'entourage du défunt président Pompidou (Garaud et Juillet). Son adversaire à droite avait été Jacques Chaban-Delmas, l'homme de la Nouvelle Société, porteur de la part gaulliste des idéaux de la Résistance, honni par les pompidoliens les plus conservateurs. En 1976, Chirac avait rompu avec son allié devenu président, puis s'était emparé du parti gaulliste, l'UDR, qu'il avait rebaptisé RPR en référence au premier parti gaulliste, le RPF. Depuis ce temps, le RPR et l'UDF giscardienne étaient en guerre sourde mais permanente.

En juin 1979, Giscard avait remporté une éclatante victoire sur Chirac aux élections européennes. Si l'on suit la thèse développée par les proches de Robert Boulin, une partie des gaullistes historiques avait alors entrepris (sous la houlette sans doute de Chaban, président de l'Assemblée Nationale) de se rapprocher de Giscard : Robert Boulin pourrait devenir premier ministre de celui-ci, le RPR éclaterait, les gaullistes de l'idéal reprendraient leur liberté et ce serait la fin du chemin pour Chirac.

C'est alors qu'à l'initiative certainement des réseaux chiraquiens, le "Canard Enchaîné" reçut des documents qui mettaient Boulin en cause dans une sombre affaire immobilière à Ramatuelle, et les publia, ce qui était son devoir, après avoir vérifié leur contenu selon les principes journalistiques. La tempête se leva sur Boulin, qui parut y faire face, sa défense est d'ailleurs assez limpide dans la vidéo rappelée par l'excellent dossier que Bakchich a rassemblé sur cette affaire.

La mort de la Ve république... en 1979

Soudain, coup de tonnerre : Boulin était retrouvé suicidé au petit matin, le 29 octobre 1979, dans un étang. Il faut écouter l'une des vidéos rassemblées par Bakchich, celle où Chaban-Delmas réagit à la mort de Boulin devant les députés : quand il prononce le mot "ASSASSINAT", on voit bien ce qui est en filigrane, la certitude qu'il a que Robert Boulin a été assassiné.

Depuis cette époque, le doute n'a cessé de s'amonceler sur la version officielle, qui ne tient plus guère la route. Selon des échos que j'en ai eus ailleurs que dans la presse, la famille de Boulin est certaine de l'assassinat, propose un modus operandi et indique volontiers des noms de maîtres d'œuvre de l'affaire, qui, selon elle, auraient été "couverts" par Chirac. C'est d'ailleurs ce que suggère l'une des interviews de la fille de Boulin. L'un de ces maîtres d'œuvre aurait alors été lui-même député de la république.

Peu importe alors que le coupable s'appelle Roland ou Charles, peu importe que Boulin ait ou non reçu un coup de pelle en travers de la face, ce qui ressort, c'est que ceux qui ont su la réalité des faits ne peuvent en avoir été intacts. Quand on disait en 1986 que Chaban (de nouveau président de l'Assemblée Nationale) était "un ami personnel" de Mitterrand (qui d'ailleurs s'appuyait fort sur Delors, ancien collaborateur de Chaban), et quand en 1987, Raymond Barre, dans l'intimité du huis-clos avec le bureau national des jeunes centristes (JDS) nous glissa que la "mise en coupe réglée de l'État" était "pire" par le RPR que par le PS, on peut voir ce qu'ils suggéraient, au-delà de la simple vendetta personnelle.  D'ailleurs, après le premier adjoint de Boulin, ce fut le fils de Mitterrand qui devint maire de Libourne, en 1989. Il est vrai qu'alors, ni Grossouvre ni Bérégovoy n'étaient morts, et qu'aucun doute de cette sorte ne planait sur le président Mitterrand.

D'autres hypothèses que politique courent parmi ceux qui penchent pour l'assassinat de Boulin. On a aussi parlé d'affaires plus crapuleuses, peut-être par contre-feu. De toutes façons, l'ombre du Service d'Action Civique (le SAC, barbouzage gaulliste mêlé d'histoires mafieuses et corses, né contre l'OAS) planait.

Et le fait qu'on ait pu tuer d'une manière aussi sauvage un important ministre de la république, et qu'on ait pu le faire en toute impunité, est ce qui, probablement, a emporté la fin de l'élan de la Ve république, puisque le ver s'y lovait à l'intérieur même du fruit, dans le mouvement-père de la république, parmi les gaullistes*.

C'est d'ailleurs ce qui est flagrant : la plupart des affaires judiciaires qui sont sorties, de celles qui sont allées en justice, jusqu'au prétoire, ont concerné de ces gaullistes, ou plutôt pompidoliens, de mauvaises mœurs, qu'il s'agisse de Pasqua ou de Chirac ou de leurs proches. Pourtant, on dit qu'en son temps, feu Michel Poniatowski (giscardien du premier cercle) était surnommé "le flingueur" (en raison d'un fort taux de mortalité, notamment parmi les ministres et anciens ministres de l'entourage giscardien, à son époque, les gens sont si mauvaise langue), et on ne sait pas bien quoi dire concernant des personnalités du PS comme Gaston Defferre, si longtemps maire de Marseille, avec lequel Mendès avait eu la funeste idée de s'allier pour la présidentielle de 1969.

Que dire de Chirac aujourd'hui ?

Dans notre combat pour écarter les principes politiques incarnés par Sarkozy du pouvoir, nous avons pris l'habitude de considérer que le passé de Chirac comptait moins que la victoire contre notre adversaire commun. Il faut dire que si la vérité sur l'affaire Boulin se faisait jour, on serait plus facilement enclin à fermer les yeux sur une stratégie de conquête du pouvoir qui a, selon le mot juste de Barre, mis l'État en "coupe réglée" pendant des décennies.

Du temps de Chirac, dans les années 1980 et jusqu'au début des années 1990, la Ville de Paris présentait un budget excédentaire d'un milliard de Francs par an. Un milliard. C'était un milliard d'argent de poche pour le maire Chirac, et comme celui-ci est d'un naturel empathique, il n'hésitait pas à en faire profiter des quantités de gens : électeurs de Corrèze, journalistes, réseaux divers, barbouzes de tous échelons, communautés, fils de, cadres sportifs, trouvaient des emplois pas toujours douteux auprès de la Ville.

Le tas d'or de la taxe professionnelle permettait à la Ville de jeter l'argent par les fenêtres, mais au fond, en dehors des prébendes, la Ville n'était pas mal gérée, le ratio dépenses/actions était bon, grâce à l'ingéniosité de Juppé. On peut discuter en revanche de la multiplication effarante des programmes immobiliers et regretter le très mauvais goût (ou plutôt l'absence de goût) de Chirac dans ce domaine. Il y a d'autres points faibles dans la gestion chiraquienne (le retard d'équipements en crèches, par exemple), et évidemment l'étrangeté des relations de la Ville avec de très nombreux fournisseurs et maîtres d'œuvres ne peut que frapper. Qu'on se souvienne d'ailleurs des marchés truqués d'Île de France, dont l'Hôtel de Ville de Paris était l'épicentre et qui ont éclaboussé l'ensemble des partis politiques alors actifs.

Il faudrait en fait, pour examiner le cas Chirac, faire une balance des qualités de sa gestion et des moyens qu'il a employés pour conquérir et conserver ses responsabilités publiques. C'est ainsi que raisonne Victor Hugo dans sa dernière œuvre-clef, "Quatre-Vingt-Treize", lorsqu'il fait dire à Danton, en 1793 : "c'est vrai, j'ai vendu mon ventre, mais j'ai sauvé la France".

Chirac a-t-il sauvé la France ? Il a au moins sauvé notre honneur en 2003, en commanditant ou endossant le refus opposé par Villepin aux pressions anglo-américaines pour l'invasion de l'Irak.

Et pour le reste ? Le condamner lui sans condamner les autres fait-il de lui un bouc-émissaire ? C'est vrai, mais est-ce suffisant pour l'exempter de ses responsabilités propres ?

Disons les choses carrément : il est vrai que sa relaxe prouverait définitivement qu'en politique, tout est permis, seul le résultat compte, mais condamner un ancien président rejaillit forcément sur ceux qui l'ont élu. Nous l'avons élu et réélu. Sommes-nous donc moins coupables que lui, alors que nous savions ?

Se passer des politiques

La vraie solution est simple : pour n'avoir pas à douter des politiques, faire en sorte de ne pas lier son sort au leur, suivre son chemin, prendre soi-même sa vie en charge. C'est désormais la vraie façon de résister.

* EDIT : j'ajoute ici un lien pour approfondir la compréhension de l'affaire Boulin.

28.10.2009

Frais bancaires : tant va l'autruche à l'eau...

La bataille fait rage pour la présidence du conseil européen : l'étoile de Tony Blair pâlit quand celle de Jean-Claude Juncker s'allume. Bien sûr, voir écarter l'un des coupables de la faute irakienne (Blair) ne peut pas ne pas nous réjouir, mais tout de même, constatons-le : les deux impétrants sont des émanations du même lobby : celui de la banque. Voir Juncker monter en puissance alors même que la vraie affaire Clearstream a donné lieu à un procès dont le vrai sujet Clearstream était absent a quelque chose d'ironique. Franchement, un troisième larron ne serait pas mal venu.

Car sur les banques, la nausée de cesse de monter.

Un article de Sylvain Lapoix (j'en profite pour rectifier mea culpa une source précédente où j'ai attribué au site Marianne2.fr ce qui était l'article d'un blogueur associé de ce site, Laurent Pinsolle, fustigeant les conditions usuraires d'une nouvelle carte bancaire) détaille les méfaits de Dexia en particulier et de groupes bancaires en général, qui ont multiplié les toxicités à tous les échelons de leurs relations financières avec les collectivités locales. Certaines s'en sortent grâce au piston. D'autres, n'en doutons pas, plongeront. Écœurant.

Enfin, le numéro du "Canard Enchaîné" d'aujourd'hui indique la réponse des banquiers aux accusations d'usure qu'ils subissent : les frais d'incident de compte ne sont pas des majorations d'agios, mais correspondent à la rémunération d'un travail réel : celui de déterminer au cas par cas s'il faut ou non rejeter la dépense faite par carte.

Il fallait y penser.

Voyons donc les chiffres et mettons que la jeune femme en charge de mon compte dans cette banque dont je n'ai plus envie d'écrire le nom mais qui a motivé mes notes précédentes, mettons donc qu'elle gagne 3000 Euros par mois, disons pour 150 heures par mois, soit environ 20 Euros de l'heure. Eh bien, en me prélevant 23 Euros par jour en septembre, cette jeune femme (quelle fascination !) a consacré une heure entière de son temps de travail, chaque jour, rien que pour évaluer s'il fallait ou non rejeter ma carte bancaire pour une dépense de 5,90 Euros ou (quelle folie !) de 11,60 Euros. Allons, ce n'est pas sérieux.

Ce n'est d'ailleurs pas ce qu'a dit la cour de Cassation en février 2008. Je cite :

"Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la caisse d'épargne et de prévoyance des pays de la Loire (la banque) a accordé à M. X..., titulaire d'un compte de dépôt, une autorisation de découvert à concurrence d'un certain montant ; que M. X..., assigné en paiement du solde débiteur de son compte, a demandé reconventionnellement le remboursement des "frais de forçage" prélevés sur son compte à l'occasion de chaque opération effectuée au delà du découvert autorisé, au moyen de la carte bancaire dont il était titulaire et, à titre subsidiaire, a fait valoir qu'ils auraient dû être inclus dans le calcul du taux effectif global (TEG) ;

Attendu que pour rejeter les demandes de M. X..., l'arrêt, après avoir énoncé que sont exclus de l'assiette du TEG les frais divers qui n'ont pas la nature d'un complément d'intérêts déguisés et qui couvrent des frais d'enregistrement comptable des opérations qui rémunèrent un service, retient que ces "frais de forçage", qui sont exigibles lors de chaque incident, sont distincts de l'opération de crédit proprement dite que constitue le découvert, et qu'ils constituent la rémunération d'un service offert par la banque pour permettre d'honorer une transaction ;

Attendu qu'en statuant ainsi, alors que la rémunération d'une telle prestation n'est pas indépendante de l'opération de crédit complémentaire résultant de l'enregistrement comptable d'une transaction excédant le découvert autorisé, la cour d'appel a violé les textes susvisés"

Pour ceux qui ne maîtrisent pas le jargon juridique, disons que le client d'une banque a demandé le remboursement des "frais de forçage" (les 23 Euros pas jour dont j'ai parlé plus haut), que la cour d'appel lui a refusé ce remboursement en considérant que les frais de forçage sont distincts de l'opération de prêt que constitue le découvert en compte bancaire, et que la cour de Cassation a cassé la décision de la cour d'appel en stipulant explicitement que les frais de forçages et autres frais liés doivent faire partie du Taux Effectif Global (TEG) qui est celui qu'il faut examiner pour déterminer s'il y a ou non usure et donc obligation de remboursement (voire de sanction pénale).

Disons donc que, face à la décision de la cour de Cassation, les banques ont choisi la politique de l'autruche. Et que les pouvoirs publics ne se pressent pas de tuer l'autruche aux œufs d'or.

Pourtant, l'obstination des banques françaises est plusieurs fois contreproductive. Outre qu'elle tue à petit feu la poule aux œufs d'or que sont les clients, elle expose nos banques à l'agacement de leurs concurrentes européennes, ce qui ne serait rien, et surtout à l'accusation de concurrence déloyale, car en laissant les banques se vautrer dans les pratiques abusives, les autorités françaises leur accordent un net avantage commercial indirect, qui finira bien par être condamné à l'échelon européen, ce qui vaudra alors condamnation lourde aussi bien de l'État français que des banques, qui subiront de très lourdes amendes.

Mais je le répète : sans attendre que nos élites daignent s'intéresser à nous, chacun a lapossibilité de contribuer à son niveau à la justice, d'une part bien sûr en changeant de banque, et d'autre part en réclamant les "frais de forçage" à son banquier, dès lors que, joints aux agios, leur total dépasse le seuil de l'usure. N'attendons pas.

25.10.2009

Calculez vos agios et faites sauter la banque.

Dans mes deux articles précédents, je relatais comment ma banque, qui est pourtant supposée mutualiste, m'avait imposé des pénalités de dépassement de découvert en compte qui amenaient les intérêts perçus pour ces découverts jusqu'à plusieurs dizaines de fois le taux de l'usure, et j'évoquais une communication importante du magazine 60 sur ce sujet, réclamant la prise en compte d'une décision de la cour de Cassation de février 2008 qui indique que l'ensemble des frais relatifs aux découverts en compte doit être inclus dans ce qu'on nomme (depuis une directive européenne) le taux effectif global (TEG) du prêt personnel que constitue le découvert en compte courant.

Le groupe socialiste de l'Assemblée Nationale, à l'instigation de Didier Migaud (président de la commission des finances de l'Assemblée), a d'ailleurs tenté de faire passer une taxe sur le bénéfice des banques cette semaine, et l'on a vu deux députés de droite voter pour leur amendement, mais on a maintenant l'habitude de ces pseudo-coups de théâtre parlementaires destinés à noyer le poisson et à faire croire que les députés s'agitent vraiment pour notre intérêt. Voici comment chacun de nous peut, sans attendre les politiques, à son niveau, ramener les banques à la justice, et même peut-être, faire sauter la banque.

Le taux de l'usure, une protection du faible contestée, et donc contournée

Lorsqu'une personne prête de l'argent à une autre, elle peut pratiquer ce qu'on nomme un taux d'intérêt, qui est une majoration de la somme qu'on devra lui rendre, majoration en général proportionnelle au temps qui s'écoulera jusqu'au remboursement du prêt (il existe aussi des taux d'intérêt fixés d'avance et forfaitaires). La chose ne va d'ailleurs pas d'elle-même : au Moyen Âge, en Europe, le prêt à intérêt est interdit et il se crée des méthodes extrêmement complexes qui ont permis de contourner peu à peu cette interdiction. Dans le monde musulman, l'interdiction donne une raison d'être aux communautés juives, à qui l'interdiction ne s'applique pas.

Avec les siècles, cependant, les taux d'intérêt s'imposent en Europe, et le Code Napoléon, en 1804, n'a pas d'état d'âme à instituer un principe de "dommages et intérêts" qui les rend naturels, consubstantiels à toute somme due.

Et partout en Europe, selon des modalités diverses, l'emprunteur est protégé contre les abus du prêteur, soit qu'un taux de l'usure réglementaire soit fixé par une insitution publique, soit que la justice ait le pouvoir de corriger les excès. Le taux de l'usure est celui  à partir duquel on considère que le taux d'intérêt imposé à l'emprunteur est abusif, c'est une disposition qui entre dans le cadre des principes de protection du faible contre l'abus de position dominante du fort, protection du faible contre les pratiques léonines. En France, c'est la Banque de France qui fixe le taux de l'usure, une fois par trimestre, selon des modalités assez complexes.

Ce dispositif réglementaire est d'ailleurs contesté : pour les uns, il est trop complexe et ne protège pas assez les consommateurs. Pour les autres (les banquiers), c'est un gêneur d'emprunter en rond, il bride la croissance, et doit donc être écarté, il a d'ailleurs été supprimé pour les entreprises sans dommage apparent. Et un organisme privé (l'Adie) spécialisé dans le microcrédit fait valoir que dans son domaine d'activité, le seuil de l'usure est un frein considérable, car il rend les prêts trop peu rentables pour le prêteur. C'est ainsi que, sous couvert des meilleures intentions, on risque de mettre en péril un dispositif de protection du faible, un de plus. Car si l'on laisse le marché s'autoréguler sous le contrôle du juge, on oublie que les faibles et fauchés sont aussi ceux qui ont le moins de faculté de s'adresser à la justice pour se faire rembourser des sommes, peu élevées en elles-mêmes, mais qui mettent en danger leur solvabilité personnelle.

Réagir aux abus

Comme beaucoup l'ont noté, l'un des paradoxes de la crise financière récente, c'est qu'alors que les banques se financent à des taux extrêmement avantageux, le taux d'intérêt des prêts aux particuliers, lui, a eu plutôt tendance à augmenter, les banques consument la chandelle par les deux bouts, en somme.

Et on prend conscience que les taux d'intérêt ne sont pas eux-mêmes la seule définition possible du coût réel d'un prêt : une directive européenne de février 2008 a défini le Taux Effectif Global (TEG) et aussitôt, la cour de Cassation, dans un arrêt du 5 février 2008, a décidé que l'ensemble des frais relatifs aux découverts en compte devait être intégré au TEG, ce qui justifie l'intervention récente de l'organisation 60 que j'ai déjà citée. Dans une certaine mesure, l'intiative des socialistes (pour taxer les profits des banques) peut d'ailleurs être considérée comme une diversion destinée à étouffer le vrai scandale que constitue le niveau extravagant des frais pratiqués par les banquiers. (EDIT : Je vois d'ailleurs un article de Marianne2.fr sur un sujet très proche).

Il appartient donc à chacun d'entre nous de réagir à son niveau, avec ses propres moyens. Voici comment.

Le taux de l'usure est en général entre 20 et 25 % pour les découverts en compte courant des particuliers. Calculez votre niveau moyen de découvert. Faites-le, d'abord, "à la louche" sur le dernier trimestre. Si vous avez une autorisation de découvert de 500 Euros, voyez si vous dépassez souvent le seuil des 1000 Euros, et sinon, estimez que votre découvert moyen sera plus ou moins proche de son autorisation. Rappelons que les pénalités s'appliquent à la fois pour un dépassement du seuil et si vous n'avez pas ramené votre compte à l'équilibre au moins une fois dans le mois (selon le régime général, il existe des conventions de découvert qui créent des régimes particuliers, en principe favorables à l'emprunteur).

Mettons que vous ayez 700 ou 800 Euros de découvert moyen. Le taux de l'usure, sur un trimestre, sera d'un quart (un trimestre est le quart d'une année) de 20 %, soit 5 %. 5 % de 700 Euros font 35 Euros. Recensez ensuite l'ensemble des frais afférents à votre découvert : incidents de compte, lettres de rappel, pénalités, et bien sûr les agios. Si leur total dépasse les 40 Euros, vous avez une chance raisonnable de pouvoir considérer que votre banque pratique un TEG supérieur au taux de l'usure. Et vous pouvez réclamer le remboursement de ce qu'elle a trop perçu.

Comme le souligne l'un des articles que j'ai mis en lien, la banque peut même être condamnée à une amende de 45 000 Euros si ses taux sont particulièrement abusifs. La mienne, celle que je quitte (le Crédit Agricole) avec un taux de plusleurs dizaines de fois celui de l'usure, mériterait certainement cette condamnation.

Et maintenant, si vous voyez que les surfacturations sont consistantes cette année, faites le calcul pour les deux précédentes, car vous pouvez en principe réclamer sur les trois dernières années. Imaginez que dix millions de particuliers réclament chacun 100 Euros par an (ce qui n'est pas beaucoup : une dizaine ou une quinzaine d'incidents de compte par an), cela fait un milliard par an, trois milliards en trois ans. Imaginez que les mêmes 10 millions réclament 300 Euros pas an, ce sont 9 milliards pour les trois dernières années... Imaginez aussi que 22 000 comptes aient subi des excès pénalement répréhensibles (là encore, le chiffre est faible), ce sont encore 3 milliards, un par an. Or le Crédit Agricole a des centaines de milliers de comptes en portefeuille. Imaginez des centaines de milliers d'abus, la banque saute. Vous pleurerez ?

En tout cas, vous aurez pu récupérer votre argent, ce qui sera une façon de relancer la croissance mille fois plus saine que de laisser la bride sur le cou des banquiers dont chacun connaît désormais la profonde irresponsabilité.

24.10.2009

Les réactions du Crédit Agricole et d'autres lecteurs de mon blog.

Suis-je enfin devenu un vrai blogueur ?

Il y trente-trois mois que j'ai ouvert ce blog, c'était en janvier 2007, à l'image de Quitterie, dans une fièvre de découverte du poids de l'Internet dans le débat public et dans la circulation de l'information. Depuis sa création, mon blog m'a ressemblé : éclectique, inégal, éparpillé, mais en même temps dédié, parfois bavard, parfois elliptique, mélangeant les réminiscences et les commentaires, et découvrant peu à peu, étape par étape, ce qui pouvait devenir son vrai ton, son vrai sujet.

Brassens disait à un jeune chanteur : "Tu verras, au début, tu ne pourras parler que de toi, et puis ..."

Les événements récents me donnent à penser que la première phase est terminée, ce qui ne signifie d'ailleurs pas que je vais cesser de parler de moi, mais que la portée de mon blog va changer. C'est pourquoi je suis heureux d'être définitivement débarrassé de l'étiquette militante.

En fait, mon blog est désormais lu par ceux qu'il concerne.

Le Crédit Agricole demande une sorte de droit de réponse.

Dans mon article de mercredi soir, j'évoquais le véritable cas d'école que constituait l'amas de frais bancaires qui s'était abattu sur moi dans le dernier trimestre, et en particulier en septembre. Pour mémoire, je rappelle que j'ai subi, ce mois-là, pour des dépenses par carte bancaire de 1381 Euros le montant extravagant de 496 Euros de "frais d'opérations sur compte débiteur". Ces 500 Euros (ou presque) ont dû représenter au moins 60 % de la position débitrice moyenne du compte ce mois-là. Or 60 % en un mois, multplié par douze, ne font pas moins de 720 % de frais, un TEG (taux effectif global) de 720 % par an, plus de trente fois le taux dit de "l'usure" (pour mémoire, la définitiion de l'usure et de l'usurier par Wikipedia).

Il se trouve que le directeur de l'agence de Pont-l'Abbé, concernée, a lu cette note sur mon blog.

Voilà, ç'aurait pu ne jamais arriver, ma note aurait pu glisser aux oubliettes, "vox clamans in deserto", mais l'impact a été presque rapide : cet après-midi, après que la position du compte est redevenue positive, un homme se présentant comme le directeur de l'agence m'a téléphoné sur mon portable. J'étais au cinéma, mais le film n'était pas fameux (je n'en parlerai donc pas), j'ai donc discuté avec M. le directeur.

Il me disait "c'est vrai, j'ai vérifié, vos chiffres sont exacts, mais je trouve qu'il aurait été plus honnête que vous précisiez que nous vous en avons rendu 190 Euros".

Mes chiffres sont exacts, pas les siens : ce sont 196,64 Euros qui m'ont été restitués. Je ne savais pas à quoi correspondait la ligne comptable "remboursement sur facturation" que j'avais trouvée en consultant mon compte sur Internet. J'ai cru que c'était un trop-perçu d'une note d'électricité. Rien ne m'avait informé de cette remise gracieuse bancaire, alors même que j'ai opté pour l'utilisation de la fonction Internet de mon compte, et que je sais que mon agence a mon adresse mail, la demoiselle SG qui surveillait mon compte récemment encore a eu l'amabilité de répondre à l'un des mails que je lui ai adressés et qui, de fait, nécessitait réponse, ce qui n'est pas toujours le cas.

Quoi qu'il en soit, on peut déplorer que M. le directeur n'ait pas noté qu'Internet est là, justement, pour permettre le débat public et les droits de réponse en direct : que n'a-t-il déposé un commentaire sur mon blog ?

Je reprends donc mon calcul en lui donnant acte des 196,64 Euros restitués. Il ne reste, si j'ose dire, en septembre, "que" 300 Euros de frais sur des dépenses de 1381 Euros, et sur une position débitrice moyenne qui doit tourner autour de 700 ou 800 Euros. Par rapport aux dépenses, les frais se montent encore à plus de 20 %. Par rapport à la dette, ils ne tournent plus "que" autour de 40 %, ce qui, rapporté à douze mois, atteint le niveau de "seulement" 480 %, guère plus d'une vingtaine de fois le taux de l'usure. Quel progrès !

M. le directeur me signalait aussi qu'il aurait été possible à la banque de rejeter les dépenses émises par ma carte bancaire. C'est vrai, mais avec un taux de vingt fois l'usure, pourquoi l'aurait-elle fait, puisqu'elle me savait solvable ? Si elle avait été de bonne foi, elle m'aurait proposé ce qu'on nomme une "convention de découvert" provisoire, plafonnant les frais.

Enfin, M. le directeur, en porte-parole zélé de son organisation, m'indiqua que ces frais figuraient en toutes lettres dans le règlement de la banque. Ah, le règlement ! Courteline, à moi ! le règlement...

Quand les règlements sont stupides ou illégaux, faut-il les appliquer ? Euh, ben oui, M'sieur, dit le simple ou le paresseux.

Mais non.

Il y a quelque part dans les lois de l'État français l'obligation pour les agents publics de désobéir à un ordre manifestement illégal. En vérité, cette obligation pèse sur tous les salariés, chacun étant un citoyen en plus d'un employé.

Or à 720 % de TEG, on a jugé à Pont-l'Abbé que le règlement devait être illégal, mais pas à 480 %. Dommage.

Allons, me direz-vous, ce règlement est-il si illégal que cela ? Eh bien, j'ai découvert avec amusement que, mercredi, les "grands esprits" s'étaient "rencontrés" comme on dit, on lit sur le site 20 minutes :

«Leurs taux frôle l'usure». Marie-Jeanne Husset, directrice de «60 millions de consommateurs» demande des comptes aux banques françaises.

Le même jour, le "Canard Enchaîné" expliquait à la une : "les banques gagnent plus en prêtant moins".

Hélas, l'affaire du fils à papa a tout effacé ce jour-là, et l'utile campagne contre les taux usuraires pratiqués par les banques est tombée aux oubliettes. Dommage.

Et maintenant, interrogez autour de vous : est-ce que votre banque n'aurait pas subitement été plus coulante sur les chèques et les cartes sans provision ? Ce micro-trottoir vous enseignera rapidement : bien sûr que oui, les banques ont laissé filer pour prélever plus de frais et, ainsi, rembourser plus vite l'État. Malin. Sauf que... et si les gens suivent la jurisprudence de la Cour de Cassation et réclament les frais trop perçus ? Crrrrrac. Imaginez que vous réclamiez tous les frais perçus par votre banque, qui dépassent le taux de l'usure, sur les trois dernières années. Eh bien, vous feriez un touché-coulé, bien pire que la crise financière de l'an dernier.

Voilà qui, sans doute, justifiait un contre-feu puissant et le désistement de Junior, fils du président de la République Bananière Française, de sa fumeuse candidature à la présidence de l'EPAD.

Le stade Jean Bouin vivra

Deuxième occasion qui m'a permis de toucher du doigt que mon blog avait changé de nature (en fait, chronologiquement, c'était avant, mais peu importe) : la matinée de dimanche où, au stade Jean Bouin, nous avons manifesté contre Ubu-Delanoë qui veut chasser les scolaires pour faire du fric.

Lorsque je suis arrivé au stade, l'adjoint au maire du 16e chargé des sports, Yves Hervouet des Forges, m'a prié de monter dans la tribune, parmi les élus et les invités d'honneur. "Merci de ce que tu as fait avec ton blog". Je trouvais un peu surréaliste d'être ainsi accueilli non pas par Yves que je connais depuis longtemps et que je tutoie chaleureusement, mais par l'UMP, puisque sur mon blog, je dénonce la collusion de la municipalité de gauche parisienne et d'hommes d'affaires proches du pouvoir sarkozyste.

La surprise fut encore plus grande quelques instants plus tard, lorsque je me fus assis : mon voisin de gauche se présenta à moi et, lorsque je commençai à répondre "je suis l'ancien adj...", je n'eus pas le temps de terminer ce mot : "C'est vous qui avez fait les vidéos !", et je vis que tout le monde avait vu mes vidéos, et lu mon blog. C'était étonnant : la droite affectait de n'y voir que les attaques contre Delanoë sans prendre la mesure de ce que j'accusais, mais c'était surtout la première fois que je mesurais en direct l'impact d'un blog, et surtout de mon blog. Je dois reconnaître que c'était excitant.

Je vis d'ailleurs monter dans la tribune Serge Federbusch, animateur du site Delanopolis, et désormais proche de la Gauche Moderne, donc du pouvoir sarkozyste, qui était lui aussi très chaleureux. Sa note que je mets en lien me réconcilierait plutôt avec Delanoë en me brouillant avec Delanopolis, et rend encore moins compréhensible l'attitude de la municipalité à Jean Bouin, car en définitive, il s'agit là de favoriser la promotion privée (ailleurs brimée par Delanoë si l'on en croit Federbusch) au détriment des scolaires de l'enseignement public.

Quoi qu'il en soit, il y a eu un déclic dans cet océan de louanges et d'affection : c'est quand j'ai sorti ma caméra vidéo de ma poche et commencé à filmer ce que je voyais autour de moi. Par réflexe, j'étais redevenu blogueur. Il fallut un petit moment pour que ma caméra fût remarquée, mais dès qu'elle le fut, il y eut subitement une effervescence, on repoussa des gens dans la tribune, il fallait faire de la place pour les gens portant des écharpes, bref, j'étais moins bienvenu (c'est si effrayant, une caméra d'Internet...).

Alors, sagement, j'ai offert de quitter la tribune et je suis redescendu sur la piste, avec les autres caméras et les autres appareils de photo, dans mon camp.

Blogueur ? Journaliste ?

Encore quelque temps avant la matinée de Jean Bouin, j'étais allé à Bayeux pour le prix Bayeux - Calvados du correspondant de guerre. Il se trouve que le président était cette année un de mes cousins, Patrick Chauvel, vétéran de ce métier dangereux qu'il exerce depuis quarante ans, depuis le Viêtnam.

Patrick est une légende dans son métier, originellement celui de photographe de guerre, il a obtenu le prix américain qui est juste en deçà du Pulitzer, voici déjà une trentaine d'années. Je me souviens de ses retours du Liban, au début de la guerre, en 1975-76, il racontait cette guerre folle où les gens, rentrant du bureau, sortaient une kalachnikoff d'un placard et entreprenaient de se tirer dessus entre voisins de palier, puis d'un immeuble à l'autre. Le nom magique de cette époque était l'hôtel Commodore où étaient rassemblés les correspondants de guerre, et lorsque quinze ans plus tard, j'ai été raccompagné du mariage du Libanais Antoine Basbous par le journaliste Olivier Mazerolle, celui-ci parlait encore de cet hôtel Commodore, avec une étrange nostalgie. Entre-temps, j'étais moi-même allé au Liban dans une année dangereuse, en 1986.

Patrick, donc, présidait cette année le festival, un festival malin, puisque Bayeux est un théâtre de guerre (le Débarquement en 1944), et puisqu'y est conservé l'un des tout premiers reportages de guerre : la Tapisserie de Bayeux, qui relate la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066. Jean-Léonce Dupont, sénateur (Nouveau Centre) du Calvados et ancien maire de Bayeux, créateur du prix, est d'ailleurs, paraît-il, un ancien prof.

Il y a déjà longtemps que j'entends Patrick et ses collègues se plaindre à juste titre que leur métier n'est pas considéré, qu'une photo de guerre, si exceptionnelle soit-elle, n'atteindra jamais le millième de la valeur de celle du cul d'une starlette du moment attrapée par un paparazzi. Mais après des décennies de difficultés, la crise est forcément à un paroxysme, en raison de la crise qui frappe la presse et les médias.

Je l'interroge donc (en pestant de n'avoir pas ma caméra avec moi et en regrettant de n'avoir pas l'excellent Éric pour surenchérir sur mes questions) sur l'émergence de l'Internet, sur l'effondrement de la presse dite traditionnelle. Et Patrick, qui à vrai dire a croisé des dangers bien plus épouvantables que la chute de la presse dans sa vie (blessé plusieurs fois, notamment au Cambodge en 1973 et laissé pour mort à Panama en 1989), me répond que les nouvelles technologies ne changent pas le fond du métier. "Bien sûr, la presse a un tournant serré à négocier, certains ne s'en relèveront pas, mais..." mais l'info continuera, parce que les journalistes sont là pour témoigner.

Je n'ai pas encore lu, à ce moment-là, l'article signalé par le même Éric aujourd'hui sur l'évolution de la nature des blogueurs aux États-Unis, paradoxal contre-point de la note d'Éric aujourd'hui sur le surclassement des blogueurs par les twitters (j'ai un autre cousin twitter en vue, mais sous pseudo, chhttt).

Au passage, avec les journalistes de guerre, on voit pourquoi l'occident ne peut pas gagner la guerre en Afghanistan : il y faudrait au moins un million d'hommes sur le terrain, et encore : le soldat américain, avec ses trente kilos de barda, auxquels s'ajoutent son casque et divers accessoires, ne peut pas rivaliser avec les bergers afghans, tireurs d'élite, connaissant le terrain mieux encore que leur poche, et bénéficiant partout de caches. Ces bergers tuent un homme à 400 mètres avec un vieux fusil (sans lunette) qu'ils enfouissent aussitôt dans le sable, avant de s'éloigner au milieu du bêlement de leur troupeau. Pendant ce temps, les compagnons du soldat tué avisent la hiérarchie qui, plusieurs heures plus tard, envoie mille hommes sur le terrain, des hélicoptères, parfois bombarde à tort et à travers, cependant que le berger est déjà loin, au calme, insaisissable, innombrable.

Et aujourd'hui, puisque je suis peu à peu gagné par la logique et les réflexes du blogueur, je dois avouer que ces témoignages de journalistes, ces réflexions sur l'évolution de l'information, sur la place des blogueurs dont certains, à force d'en vivre, peuvent être qualifiés de journalistes, me semblent prendre un poids et un sens plus grands.

C'est vrai, au fond, qu'un blog est un média, un vrai. Et je commence seulement à découvrir la perspective du mien.

22.10.2009

Comment je paie 420 % d'agios par an.

J'ai un compte personnel au Crédit Agricole de Pont-l'Abbé, dans le Finistère, en Bretagne. Il m'arrive d'être là-bas à découvert et je veille à peu près à ce que ce découvert ne s'éternise pas, mais il est arrivé que je dépasse le délai de 30 jours avant de combler le découvert, c'est arrivé le mois dernier, et je n'ai pas encore terminé de le faire (il me manque encore 208 Euros et quelques centimes). Quand le délai est dépassé, toute dépense, même dans le cadre du découvert habituellement autorisé, est considérée comme irrégulière.

En septembre, j'ai remis 2600 Euros sur ce compte, j'ai une vie modeste (et je ne suis pas salarié), et j'ai dépensé 1381,92 Euros avec ma carte bancaire Eurocard.

Chaque jour, ou presque, on m'a prélevé des pénalités pour l'usage de cette carte, alors même que le solde était constamment croissant (ou le découvert constamment réduit). Voici la liste de ces prélèvements opérés par la banque :

01/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
02/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
03/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
04/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
07/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
08/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
09/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
10/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
11/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
14/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
15/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
16/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
17/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
18/09 **2 Frais Ope S/compte Debiteur   - 15,52
21/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
22/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
23/09 **2 Frais Ope S/compte Debiteur   - 15,52
24/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
25/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
28/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
29/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
30/09 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28

Le total de ces frais, pour septembre, et pour des dépenses inférieures à 1400 Euros, s'élève à 496,64 Euros, près de 500. Autrement dit, en un seul mois, par le fait des pénalités, on m'a prélevé plus de 35 % de mes dépenses, ces prélèvements concernent lesdites dépenses, puisque sanctionnent l'usage de la carte. C'est faramineux.

Dans le même temps, j'ai déposé des chèques et reçu des virements sur le même compte, à hauteur de 2600 Euros. Dépensant à peine plus de la moitié de ce que je reçois, je me considère plutôt honnête avec ma banque, et d'ailleurs, le découvert est pratiquement éteint aujourd'hui, et j'ai décidé de fermer ce compte pour en ouvrir un autre ailleurs (au Crédit Coopératif où est le compte de ma société, qui, lui, n'est pas à découvert).

Certaines séquences sont édifiantes :

28/08 **3 Frais Ope S/compte Debiteur   - 23,28
28/08 Carte Ratp 27/08/09                      - 11,60
28/08 Carte Gaumont Marigna 27/08/09   - 10,20
27/08 Carte Bo-Zinc 26/08/09                  - 16,00

J'ai trois opérations jugées irrégulières sur le compte (on est là fin août). Le total des dépenses est de 37,80 Euros, on me prélève 23,28 Euros de frais pour ces trois cartes (un film au cinéma, un carnet de tickets de métro et un déjeuner de prix raisonnable). Les frais sont donc de 61 % des dépenses, c'est ahurissant.

Parfois, on me prélève 7,76 Euros pour une dépense par carte de 5,90 Euros, le mot "usure" est encore trop faible.

Et finalement, les agios du trimestre tombent : 21 Euros. J'ai 21 Euros d'agios, et... 775,88 Euros de pénalités pour usage de la carte aux mauvais moments, soit plus de trente fois les agios. Sans les pénalités de septembre, le compte serait (légèrement) à flot depuis longtemps.

Bon, je vois les rieurs qui vont s'amuser, mais en vérité, le nombre des dépenses qu'on ne peut régler que par carte ou par virement automatique ne cesse d'augmenter : essayez de payer votre téléphone, votre Internet, votre gaz, votre électricité, en espèces. Où irez-vous ? Eh bien, ces dépenses sont prises en otages par les pénalités des banquiers.

EDIT : ayant eu un contact téléphonique avec le directeur de mon agence bancaire, j'en rendrai compte dans une note ce vendredi soir.

21.10.2009

Quitterie, la génération 2.0 et l'entreprise.

J'ai eu l'occasion de donner une réaction à chaud (puis une réminiscence) à une table ronde à laquelle Quitterie a participé le 25 septembre dernier dans le cadre de l'opération Paris 2.0. J'avais lu depuis que les vidéos de cette opération seraient en ligne début novembre (pour mon anniversaire...), mais je vois que l'appel a été devancé, et voici la vidéo de cet excellent échange d'idées sur la façon dont la nouvelle génération et les précédentes analysent et vivent leur collaboration dans l'entreprise, et donc dans la vie :

 


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