26.01.2012
Bayrou, Hadopi, ACTA, les droits d'auteur et internet
Je viens d'entendre sur Le Mouv que François Bayrou abandonne l'idée de la licence globale, qui avait pourtant sa préférence depuis plusieurs années. C'est la démonstration faite par le Parti Pirate des trop grandes fraudes possibles aux clics qui l'a décidé à cet aggiornamento (nom savant d'une mise à jour). En effet, pour la répartition des sommes prélevées par la taxe de licence globale, le nombre de téléchargements d'une œuvre est crucial. Si un habile technicien (internet en regorge) est capable de mettre en place un robot qui va télécharger artificiellement plusieurs milliers de fois le même titre, le mécanisme est trop fragile, trop sujet à la fraude.
Alors, que faire ?
Supprimer Hadopi. Oh je sais que les milieux du cinéma, en particulier, sont farouchement attachés à Hadopi. Mais une institution dont la seule mission est le flicage des internautes pour le compte d'intérêts privés selon une procédure intrusive par toutes ses phases, une telle institution ne peut avoir aucune place dans un pays libre. De mon point de vue, surveiller les internautes et les punir un à un est du même niveau que la pénalisation de l'usage de la drogue : ça a prouvé son inefficacité depuis très longtemps, et ça a des inconvénients considérables, rédhibitoires.
De surcroît, Hadopi est la version expérimentale de ce que préconise le traité ACTA que la commission de Bruxelles vient de signer en outrepassant ses pouvoirs. Au nom de la défense du droit moral, toute barrière des droits humains s'éteint. Tout cela est malsain. Le Parlement européen a émis des réserves sur ce traité, j'espère que Bayrou, une fois élu, refusera de le faire ratifier par le parlement français.
Ensuite, les sites sont connus, il n"y a aucune raison que le développement de plateformes de type Spotify ou Deezer ne vienne pas permettre aux internautes de télécharger des œuvres pour pas cher. Tout le monde s'y retrouvera, à condition toutefois que la diversité des répertoires soit aussi à la hauteur des immenses facultés d'internet.
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20.01.2012
Thierry Crouzet a débranché, il témoigne chez Fayard
Thierry Crouzet a des idées politiques plus que tranchées, il opte pour un localisme sans concession. Pour lui, les seules décisions légitimes sont celles qui se prennent à hauteur d'homme, entre gens du même coin (son coin à lui est dans le Languedoc). Pourtant, il a été parmi les premiers, en France, à se connecter et à participer à l'élan de rapprochement mondial qui s'appelle internet. Il a même théorisé l'aspect politique de l'activité des internautes dans deux essais parus en 2006 : le Peuple des Connecteurs et le Cinquième Pouvoir.
Pionnier du blog de langue française, il a subi voici quelques mois une forme de surmenage qu'on appelle depuis quelque temps un burnout, il s'est retrouvé à l'hôpital. Là, sur son lit d'hôpital, il a tenté machinalement de savoir combien de lecteurs se connectaient à la note qu'il venait de publier sur son blog et subitement, il s'est dit "Ce n'est pas normal", il se découvrait dépendant de son blog, dépendant d'internet. Pour retrouver sa liberté, et pour s'assurer que cela était possible, il a décidé de débrancher et d'en témoigner sur papier avec la complicité de l'un des plus grands éditeurs français, Fayard, l'éditeur du Général de Gaulle.
Hier soir, à la librairie Le Divan, il est venu présenter cet ouvrage à ses amis et à ses lecteurs. Il a convié Sébastien Musset, Vinvin et Christophe Grébert à échanger avec lui et le public autour de son livre. J'y étais.
Crouzet arrive un peu en retard de Canal Plus où il a enregistré une émission qui doit passer aujourd'hui à l'heure du déjeuner. Le choix de ses interlocuteurs du soir est significatif : Crouzet ne croit pas à l'élection de Hollande (qui caracole dans les sondages), Seb Musset, lui, y croit, Vinvin vote pour François Rollin ou pour un moine trappiste, et Christophe Grébert, combattant au cœur du cloaque de la sarkozye, vote Bayrou.
Six ans après ses essais mentionnés plus haut, Crouzet porte un regard désabusé sur internet, les révolutions arabes lui paraissent être des "révolutions pour rien", il a l'impression que l'immensité d'internet le fait s'époumoner pour rien, et que finalement, son utopie s'est diluée, pour ne pas dire plus. Grébert confirme son impression : finalement, internet n'est qu'un moyen, mais quel moyen, on en a vu la puissance notamment au moment de la tentative de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, à La Défense, où la mobilisation des internautes, notamment par Twitter, a fait reculer le pouvoir politique.
C'est d'ailleurs le constat fait par la salle et par les trois amis de Crouzet : il y a cinq ou six ans, internet était à la remorque des médias. Aujourd'hui, ce sont les médias qui traînent à la remorque d'internet. Et Crouzet témoigne : Mikiane l'a invité à visiter les locaux de France 24 et là, il a vu de ses yeux ce qui pour lui représente le comble de l'horreur dans son domaine : une machine à trier les mots-clefs sur internet en temps réel, qui permet de choisir les sujets qui buzzent pour en parler lors des plages d'info.
- Ils ont des articles tout prêts qui sortent de la machine, s'indigne-t-il.
Et si internet le déçoit, Crouzet a pu vérifier qu'on pouvait vivre sans internet. Très bien. Il a débranché pendant six mois et n'a pas éprouvé de manque. Il est même surpris d'avoir si peu écrit sur son blog depuis qu'il s'est rebranché en septembre.
On parle ensuite des sites qui gagnent de l'argent sur le dos des auteurs, Google, le Huffington Post ("un nom que je ne peux même pas prononcer", grommelle Crouzet), Seb Musset témoigne aussi sur ses relations avec Marianne2.fr.
Crouzet continue en évoquant certains passages de son livre, notamment celui que lui a demandé son éditrice : comment préparer les enfants à internet, comment les armer contre la machine internet. Là, Vinvin intervient en expliquant :
- Internet, c'est comme une rue le soir. Est-ce que vous laissez vos enfants sortir tout seuls le soir ? Pas moi.
Crouzet ajoute qu'il manque des mythes littéraires qui permettent aux gens de s'identifier avec différents comportement sur internet. La salle lui demande alors si, comme dans le monde ancien, il souhaite des héros, ou s'il songe à un storytelling d'internet. Mais si l'idée demeure imprécise, on sent que Crouzet a raison.
En souriant et avec un plaisir amical, il dédicace ensuite son livre pendant que nous bavardons et prolongeons la conversation. Internet n'est déjà plus ce qu'il était. Il lui reste à devenir ce qu'il est.
Aux dires de son éditrice, le livre qui témoigne des six mois débranchés, intime, se lit comme un roman, grâce à la qualité du style de son auteur. Grébert, lui, commente avec une sobriété amicale :
- Crouzet veut devenir un saint.
Il ne reste plus qu'à acheter le livre chez votre libraire, pour 18 Euros. La version numérique reste onéreuse, à presque 14 Euros, mais on nous explique que c'est là le résultat d'un choix général du groupe Hachette. Après tout, ce n'est pas un sacrifice si grand et nul doute que ceux qui ne pourront pas le payer trouveront un moyen de se le faire prêter.
En rentrant de cette soirée, j'apprends que, au lendemain du blackout de l'internet américain contre le projet Sopa, le FBI a fait brusquement fermer le site de téléchargement Megaupload (pourtant enregistré à Hong Kong, hors du territoire américain) et mis en examen plusieurs de ses responsables. Grosse émotion sur internet, les hackers ont aussitôt réagi en bombardant Universal, le site du ministère américain de la justice, la Hadopi française, et tous ces sites sont hors service. La cyberguerre a commencé. Quelle soirée !
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16.01.2012
L'endettement des États nourrit la spéculation internationale
Parmi les échanges qui ont eu lieu samedi à la Maison de la Chimie autour de la campagne de Bayrou, j'ai été frappé par ce qu'a dit l'un des experts conviés à s'exprimer sur le principe du "Produit en France". Il parlait de la sucrhauffe de la spéculation financière internationale, qui est la fois un des symptômes et une des causes de nos difficultés. Il expliquait que pour éviter cette surchauffe, il fallait la priver de carburant. "Or, continuait-il, le carburant de la spéculation, ce sont les liquidités". Il poursuivait en précisant que la façon la plus simple et la plus vertueuse de réduire les liquidités, c'était de diminuer la dette des États. Car faire de la dette, c'est créer de la liquidité.
Voilà qui va surprendre tous les chantres du déficit public et de la dette "vertueuse". Non, la dette de l'État n'est pas vertueuse, elle contribue à l'emballement de la spéculation internationale et, de là, à la pression de la financiarisation sur nos entreprises. Si la spéculation mondiale était moins intenses, les entreprises retrouveraient des marges pour investir, au lieu de les réserver à la rémunération des marchés financiers insatiables.
Conséquence : plutôt que de diminuer la pression fiscale sur les entreprises, ce qu'il faut faire, c'est diminuer le déficit de l'État. Le chemin le plus court d'un point à un autre n'est pas toujours la ligne droite. Réduire la liquidité de l'économie mondiale en réduisant les endettements permettra de ramener la spéculation financière à un niveau plus tolérable pour les entreprises et pour les économies nationales.
Autre conséquence : ceux qui prétendent que la monétisation de la dette est la bonne solution ont entièrement tort, car la monétisation est aussi une création de liquidités, alors qu'il faut réduire la liquidité.
Améliorer la marge des entreprises pour l'investissement en réduisant le déficit et la dette de l'État. CQFD.
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14.01.2012
"Produit en France"
Intéressante journée d'étude à la Maison de la Chimie pour tenter de donner un contenu aux principes du rétablissement de la production française. Les vidéos sont disponibles sur Bayrou.fr et je ne crois pas utile de donner un compte-rendu exhaustif, mais voici quelques idées qui me sont venues aujourd'hui.
"Il y a activité économique à partir du moment où il y a lutte contre la rareté"
J'ignore si cette phrase est de Raymond Barre lui-même, mais elle figure au tout début de son manuel d'économie politique, comme si elle était de lui : "Il y a activité économique à partir du moment où il y a luttre contre la rareté". Ce qui fait des Trente Glorieuses une parenthèse enchantée pour l'Europe et l'Amérique du Nord, c'est l'oubli de la contingence de rareté, l'impression d'abondance et d'inépuisable. Les chocs pétroliers des années 1970 sont venus mettre fin à ce rêve éveillé.
Ce qui est frappant, c'est l'écho de cette phrase d'un économiste renommé, libéral, homme politique aussi, incarnant l'ancien monde (la dernière édition du manuel de Barre date de 1997), dans ce que disent aujourd'hui les écologistes : nous sommes menacés par la pénurie, une pénurie généralisée. La pénurie étant la rareté au superlatif, nous voyons donc que les défis qui se présentent à nous et que nous désignons par le vocable d'écologiques sont en fait rien de moins que les défis économiques de notre époque, ceux de notre génération.
Oui, rareté, pénurie, épuisement des ressources qui ont correspondu au modèle de la révolution industrielle d'abord, au modèle taylorien ensuite. Mais alors que les marchands d'apocalypses referment le cercueil sur nos doigts, les économistes et les scientifiques disent : "cette rareté, cette pénurie, ne sont pas une fatalité, il existe, ou il peut exister, un remède". C'est cela la réflexion économique, et nous y sommes, trouver de nouveaux modèles de production et de consommation qui nous permetttent de surmonter la rareté qui nous menace.
Les atouts français
Dans ce schéma, nous devons considérer notre pays pour ses deux atouts principaux, et nous pouvons revenir aux réflexions de l'ancienne école française : il n'est richesse que d'hommes (et nous en avons), d'un côté, et de l'autre côté, les atouts de notre géographie. Nous disposons de plusieurs milliers de kilomètres linéaires de rivages maritimes. Nous disposons donc d'un gisement colossal d'énergie marine. L'implantation des premières hydrauliennes, en Bretagne, doit permettre de déterminer à terme la durabilité du matériel et son impact environnemental, ce qui aboutira à fixer vite sa rentabilité. Sans doute pourrons-nous produire pour pas cher des mégawatts comme s'il en pleuvait, et non seulement en métropole, mais dans les DOM-TOM qui sont presque tous des îles.
Nous pourrions donc envisager une production d'électricité à trois grands pôles : un nucléaire (à partir du moment où la fusion nucléaire sera au point), un hydraulien et le troisième pourrait ressembler à ce qu'imaginait Joël de Rosnay voici quelques mois, une multitude, une constellation, de petites unités de production mises en réseau entre elles et avec le réseau principal des deux pôles, l'un hydraulien, l'autre nucléaire. Ce qui n'interdit pas, bien entendu, l'éventualité d'installation des délicieuses éoliennes en chistéra démontrées par Marc Lassus tant à l'Université de Rentrée qu'aujourd'hui.
La différenciation du produit
En réalité, ce dont notre pays souffre en ce moment, c'est son anonymat. Rien de plus paradoxal que cet anonymat, car Paris et la France sont toujours synonymes de raffinement, de luxe, de savoir vivre, de terroirs, mais nos produits ne bénéficient pas de notre image. Sans doute n'y a-t-il pas une réflexion suffisante pour l'identification des produits. Et même l'inverse. Par exemple, les gens du XVIe arrondissement de Paris, comme moi, connaissent les deux marques Weston et Smuggler, deux marques fabriquées en France, mais comme elles sont destinées au marché français ... elles se cachent derrière des noms anglo-saxons, ce qui rend difficile l'identification du produit à l'export.
Je ne dis pas qu'il faille ressortir forcément les marques Chambourcy et Gervais, on voit que ce serait assez vite malsain dans l'esprit, mais il ne fait aucun doute que quelque chose de commun doit différencier les produits fabriqués en France proposés au reste du monde, il doit y avoir une différenciation commune si nous voulons être efficaces.
Signalons au passage le chiffre donné aujourd'hui que les principales grandes entreprises françaises "font" 50% de leur chiffre d'affaires à l'export, ce qui explique en partie leur appétit de délocalisation, alors que leurs homologues allemandes continuent en général à produire essentiellement en Allemagne. La difficulté d'exportation concerne surtout les PME et la multitudes des produits les plus notablement réalisés en France.
Différenciation, nous devons être conscients que le label "produit en France', chez nous comme à l'export, est avant tout un éléménet de différenciation du produit, un élément parmi d'autres, et on voit mal pourquoi cette différenciation-là serait interdite. On imagine des produits à double label : "Halal - produit en France" (ou Cacher - produit en France), ou (pourquoi pas ?) "issu du commerce équitable - produit en France".
Cette différenciation est cruciale, car ce dont nos produits souffrent le plus, c'est justement de ce défaut d'image, de ce défaut de différenciation produit collective, aussi bien à l'export que sur notre marché domestique.
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12.01.2012
Stop aux bricolages fiscaux et sociaux
Les comptes de l'année 2011 sont à peu près clos, on sait que le déficit de l'État sera maintenu sous la barre des 100 milliards d'Euros, mais la majorité a tort de se réjouir trop fort de ce résultat, car si l'on compare nos 5,7% de déficit budgétaire accompagnés de moins de 1% de croissance et de 75 milliards de déficit extérieur avec les 1 % de déficit budgétaire, 1% de croissance et 150 milliards d'excédent extérieur allemands, on voit qui a des marges pour améliorer ses points faibles et qui n'en est encore qu'à colmater les brèches au son du sauve-qui-peut.
Logiquement, les propositions émanent donc des candidats à la prochaine présidentielle. À droite, on veut faire glisser les cotisations sociales des entreprises sur la TVA en oubliant que le produit de la TVA dépasse à peine 130 milliards, tandis que l'ensemble des comptes sociaux oscille entre 400 et 500 milliards, il faudrait donc quadrupler au moins la TVA pour financer les budgets sociaux. À gauche, on préfère faire basculer l'IRPP sur la CSG, oubliant que la CSG, contrairement à l'IRPP, n'est pas progressive et qu'il s'agit donc purement et simplement de supprimer la progressivité de l'impôt, ce qui ne ressemble pas à une mesure de gauche, si bien que, pour s'en cacher, on évoque une modulation du quotient familial de l'IRPP qui ferait supporter aux familles (nombreuses en particulier) une double peine.
Tout cela n'est que du bricolage. En fait, ce qu'il faut, c'est d'abord rétablir les comptes publics sur les bases actuelles, jusqu'à un déficit 0, puis remodeler l'ensemble de la fiscalité et des contributions sociales en fonction du meilleur double ratio de justice et d'efficacité économique.
Pour les entreprises, et surtout pour les PME, et encore plus pour les TPE, il faut amplifier d'urgence la simplification des rapports avec l'administration. L'idéal, pour les PME et TPE, c'est la déclaration unique servant à toutes les taxations et cotisations. Un seul formulaire à remplir, un seul guichet, un seul prélèvement. Il appartient ensuite à l'administration de répartir ce prélèvement en fonction des éléments de la déclaration. La logique globale de taxation devrait prendre en compte trois critères : le résultat, l'innovation, le nombre d'employés. Un ratio combinant ces trois facteurs permettrait de dresser un barème de taxation globale décroissante (ou dégressive) à ventiler ensuite entre les différents postes fiscaux et sociaux.
Pour les particuliers, il faut reprendre les masses globales et repartir de 0 pour en répartir la charge au mieux, en tenant compte du fait qu'il est réellement illogique que les entreprises supportent à ce point la protection sociale, et qu'il faut donc profiter de la réforme fiscale globale pour pousser vers de nouvelles répartitions de charges entre les particuliers.
Seule une réforme d'ensemble sera efficace. Stop aux bricolages et bidouillages qui fleurissent en temps de campagne électorale comme les champignons après la pluie, et qui ne font qu'ajouter à la paralysie de notre système enlisé dans les contradictions de ses inspirations.
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10.01.2012
Le triomphe des rentiers ?
Dans notre inconscient collectif, le rentier est le pire de tous les hommes, c'est-à-dire celui qui fait baver d'envie la majorité d'entre nous : celui qui roule en Ferrari, qui joue au golf ou s'envoie en l'air toute la journée, qui ne fait rien, a des domestiques, bref se la coule douce et pète dans la soie. Au fond, si nous voulons vivre sa vie (pas moi), nous la percevons comme mauvaise, immorale, parce que nous croyons plus digne de travailler pour gagner sa vie.
Historiquement, c'est l'homme du XIXe siècle : en 1900, la France compte 5% de rentiers, bourgeois ou aristocrates qui se contentent de percevoir le loyer de leurs terres et qui vivent dans un monde de loisirs, le rentier étant gros consommateur de culture à cette époque-là. Toute l'idée du XXe siècle s'est construite contre lui, je crois que c'est Keynes qui parlait d'euthanasier le rentier. Mais patatras, la crise de 1973 a renversé les valeurs, voyons comment et voyons aussi les conséquences du retour en force du rentier pour aujourdhui et demain.
Le rentier et l'origine de la pensée économique
Il est assez curieux et significatif de constater que la rente est le point commun des deux écoles qui ont, les premières, réfléchi à la définition d'un revenu national : en France, si ma mémoire est bonne, c'est le physiocrate Quesnay qui a, le premier, proposé une ventilation du produit de l'exploitation économique en trois postes : la rente, le salaire et l'investissement (il ne nommait pas les deux dernières notions comme ça, mais c'est à quoi il pensait). Un peu après, en Angleterre, Adam Smith et ses émules préféraient une autre ventilation : la rente, le salaire et le profit. Il est assez significatif, soit dit en passant, que l'école française ait mis l'investissement tellement en exergue. En réalité, Quesnay parle des "avances", c'est-à-dire du capital de départ nécessaire à l'exploitation, donc les outils et les provisions. On reconnaît le goût français de l'épargne dès ce premier écrit de Quesnay. Les Français voient de l'épargne là où les Anglais voient du profit. Mais laissons de côté cet aspect anecdotique pour en revenir à notre rente : elle est, avec le salaire, le point fixe de la réflexion.
Disons tout de suite que sa légitimité pose des quantités de problèmes dès l'origine, les théoriciens anglais déploient des trésors de dialectique pour échafauder des raisonnements qui l'étaient mais, en réalité, ils n'y parviennent qu'à moitié. Suffisamment pour que le XIXe siècle soit, comme je l'ai dit, celui des rentiers. On les voit dans Balzac déposer leur argent et l'inscrire au grand livre de la dette publique, où il est rémunéré, je crois, à hauteur de 3%. Et surtout, la rente, c'est sur la terre qu'elle repose. Il y a un lien secret entre la terre, entre les ressources naturelles, et la rente, parce que la rente n'est pas le fruit du travail, elle n'est pas le fruit de ce qui devient, mais de ce qui est. Depuis des siècles, on paie d'ailleurs ses rentes agricoles tant en numéraire qu'en produits frais. L'effondrement des prix agricoles, vers 1900, va sceller le sort de la rente, va éteindre sa légitimité : avant 1900, on pouvait vivre largement de ses rentes avec quelques dizaines d'hectares. Après 1900, et surtout parès 1918, les châteaux vont progressivement perdre de leur splendeur avec lextinction de leur rente naturelle. L'extinction de la rente a donc un retentissement politique, elle est synonyme d'égalité et de république.
Tout change à partir de 1973
Les rentiers du pétrole
En 1973, on s'en souvient, les pays pétroliers ont décidé de fixer eux-mêmes le prix du pétrole qu'ils nous vendaient en grande quantité. Ce faisant, ils ont définitivement mis fin au modèle taylorien et amorcé la crise qui, depuis lors, ne cesse de s'aggraver pour nous. Pourquoi n'a-t-on pas, cependant, crié à l'injustice, ni au scandale ? C'est qu'il est apparu injuste que les pays dits du nord ne paient pas un juste prix pour les matières premières des pays dits du sud. Il y avait justice à payer un prix équitable. Si j'osais, je dirais que la décision de 1973 a fait du pétrole le premier des produits "équitables". Ce serait vrai si les émirs du pétrole avaient daigné partager leur magot avec leurs peuples, ce qui n'a pas été le cas.
Et l'on a donc vu débouler dans nos pays les émirs et leur suite endiamantée. Au début, ils se sont contentés d'acheter des demeures somptueuses, de s'offrir le luxe le plus tapageur. Et nous n'avons rien dit. Les peuples continuaient à vivre sans le sou, les émirs roulaient carrosse, nous revoyions ce qontre quoi nous avions fait la révolution en 1789, mais nous n'avons rien dit. Nous n'avons pas protesté. Au fond, ils nous ont tenté, et nous avons tous eu envie de devenir rentiers (sauf moi).
Il y a plus de rentiers en France en 2012 qu'en 1789 ou en 1900
La crise de 1973 a eu un effet paradoxal de plus : elle a engendré la retraite à soixante ans. En 1945, lorsque furent créés la plupart des régimes de retraite des vieux (comme on disait), il s'agissait de permettre à ceux qui n'avaient plus la force de gagner leur vie de s'arrêter et de vivre dignement. L'âge de la retraite était alors 70 ans, sauf cas particuliers. Compte tenu de l'âge moyen de la population, les retraités n'étaient pas si nombreux. En 1968 je crois, il est passé à 65 ans, et finalement à 60 ans en 1982. Or en 1982, on avait une espérance de vie moyenne de 70 ans. Donc on établissait un régime où tout le monde devait vivre en principe en rentier (laissons ici les inégalités qui faisaient que les ouvriers profiteraient moins que les autres de ce statut et gardons seulement le raisonnement).
Aujourd'hui, nous avons donc bien plus de 5% de rentiers, puisque nous avons bien plus de 5% de retraités. Les émirs du pétrole ont légitimé le retour des rentiers dans la société occidentale, avec le lot d'inégalité que cet état de fait suppose. Notons qu'il y a des peuples entiers qui sont en fait des peuples rentiers, c'est le cas des Norvégiens qui jouissent du pétrole de la Mer du Nord, comme d'ailleurs les Britanniques (très friands de rentes).
Mais on ne peut pas comparer, évidemment, le sort d'un émir du pétrole avec celui d'un retraité français qui touche 8 ou 900 Euros par mois. Seulement, la retraite jeune d'aujourd'hui est le rêve de nos concitoyens, ils la préparent pendant toute leur carrière. Tout est fait et organisé pour cet instant-là, celui où l'on sera (enfin) à la retraite. Que le travail soit plus créatif et plus intéressant, hum, non, non, pas en France. Il est vrai que nous sommes aussi le pays où la retraite est en fait entre 50 et 55 ans, celui où on jette les gens le plus tôt.
On doit comprendre que je ne veux bien entendu aucun mal aux retraités, mais qu'ils sont le signe de la démobilisation de notre société. Et alors que nous réprouvions profondément le rentier avant d'avoir la perspective de cette retraite durable, nous vivons dans une société où le fait d'être rentier est légitime, puisque nous en serons tous un un jour ou l'autre.
Quant aux émirs, ils deviennent franchement encombrants.
La concentration de l'argent
Quand Peugeot, Ford, Siemens, ou autres, avaient beaucoup de liquidités, ces sociétés en profitaient pour investir beaucoup dans la production. Quand les émirs du pétrole ont commencé à nager vraiement dans les pétrodollars, ils ont commencé par les dépenser fastueusement, comme je l'ai dit, puis ils ont réalisé qu'il fallait en faire quelque chose de plus solide. Ils ont un peu investi chez eux, et ils ont nourri la spéculation internationale. Oui, cette spécualtion n'est pas seulement le fruit des placements des fonds de pensions (retraités encore) des grandes entreprises américaines, elle naît de l'inépuisable flot de liquidités qui s'écoule à jet continu des coffres des émirs, avant même que les Chinois n'en aient aussi des montagnes à placer. Tout cet argent qui n'était pas le fruit du travail s'est donc répandu comme une nuée de vampires sur le travail à travers une spéculation où le financement de l'activité économique (qui est la base de l'activité boursière) n'a presque plus aucune place, comme si le triomphe des rentiers et de l'argent sans cause devait être total et le travail doublement ponctionné. Le pétrole a remplacé le blé, mais la rente a repris son pouvoir absolu.
La concentration des liquidités et le train de vie extravagant des émirs ont aussi légitimé les salaires mirobolants des grands patrons occidentaux ainsi que leurs trains de vies clinquants, de plus en plus délirants. En fin de compte, Keynes avait peut-être raison. Peut-être faudrait-il euthanasier le rentier.
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04.01.2012
TVA : le sabotage des finances publiques continue
Sur le papier, la TVA sociale est une bonne idée. Faire payer une partie de la protection sociale par des produits importés, compenser en quelque sorte le dumping social par des mesures fiscales, ça sonne bien. Le fait que Jean Arthuis la défende est le gage de ce bon penchant.Cependant, si dans son principe, cette innovation pourrait avoir du bon, on voit aussi qu'elle revient à faire payer la protection sociale par des gens plus fragiles que ceux qui ont un emploi, les chômeurs par exemple, et qu'on ne peut pas appliquer cette nouvelle TVA soicale sans mesures d'accompagnement ni sans correctifs, faute de quoi elle devient socialement insupportable.
La décision du gouvernement d'imposer cette TVA sociale au galop, en pleine campagne présidentielle, de le faire sans préparation ni accompagnement, de la même façon qu'on a grevé à la fois les finances de l'État et les libertés locales en supprimant la Taxe professionnelle, est forcément suspecte.
Si l'on nous explique que Sarkozy veut se rendre impopulaire, le président courage qui impose des décisions courageuses malgré leur impopularité, on voit que le but de cette mesure n'est donc pas budgétaire, ni économique, mais politicien. Dans la situation dramatique atuelle des finances publiques, une telle attitude est plus que dangereuse, comme l'a justement noté Bayrou (et d'ailleurs Hollande qui s'est prononcé contre tout principe de TVA sociale, ce qui est un peu excessif).
On a supprimé les droits de succession sans compenser cette importante perte de ressources pour l'État, on a opéré de nombreux dégrèvements sans se soucier apparemment de l'impact de ces décisions sur les finances publiques, et à chaque fois, la technique politique a été la même, une forme de démagogie, la vitesse confondue avec la précipitation, et à chaque fois, les finances publiques ont reçu un nouveau coup, et leur déséquilibre s'est amplifié.
Rien que pour ça, la TVA sociale modèle Baroin doit être rejetée, avant même de savoir quelle part des cotisations sociales elle concerne. Car dans la situation critique des finances publiques de la France, les seules innovations acceptables sont celles qui ramènent les comptes publics à l'équilibre, lequel est la condition sine qua non de toute initiative fiscale et financière nouvelle.
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03.01.2012
Trois mots pour 2012
Puisque l'ami Éric m'a tagué, et qu'il est l'un de nos meilleurs de la blogosphère, voici trois mots pour ouvrir l'année 2012 (en dehors des escellents produire, instruire, construire) :
Liberté parce qu'on en manque, comme d'égalité et de fraternité.
Conscience parce que chacun a le droit d'écouter la sienne.
Clémence parce que nous baignons dans une sévérité des poutres contre les pailles, et il faut y ajouter la compassion.
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Une saison qui porte à peindre
Quand je n'écris pas, il m'arrive de peindre (avec une grande modestie). Voici ce que donne la lumière en Bretagne quand le ciel est gris foncé, mais la lumière du soleil parvient à se frayer un chemin pour éclairer des bosquets ou des pelouses, des maisons ou des talus.

Bonne année à tous, bloavez mad aux Bretons !
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01.01.2012
2012 : Bayrou pour la France
L'année cruciale a commencé. Dans quelques mois, nous aurons à choisir un nouveau président de la république française. Cette élection nous permettra de changer non pas seulement de chef de l'État, mais de gouvernance. Or changer de gouvernance est ce dont nous avons le plus besoin. Depuis trente ans que s'est refermé sur notre pays l'étau de l'alternance entre le parti dominant de droite (RPR puis UMP) et le parti dominant de gauche (PS), nous avons vu se développer le même système : clientélisme d'État vampirisant les dépenses publiques, commissions ou rétrocommissions illégales aboutissant à des affaires judiciaires. On n'a jamais vu autant de politiques dans les prétoires que dans ces trente dernières années, et cela est le signe d'une maladie qui ronge notre système dirigeant. C'est pourquoi, c'est de ce système dirigeant qu'il faut changer.
L'alternance droite-gauche ne suffit plus, il faut aller plus loin. Il faut un président sincère, actif pour l'ensemble de nos concitoyens, et non seulement pour la moitié, capable de susciter des majorités de projets et de convictions qui mettent fin au système des députés godillots.
Bayrou a annoncé qu'il veillera à la création de 10000 PME de 200 salariés chacune. Chacun qui connaît sa sincérité sait que ce n'est pas pour lui un engagement à la légère, et qu'il consacrera toutes ses forces à ce résultat, comme au redressement de l'instruction publique, des finances publiques, et à la restauration de l'État en général, un État impartial.
Son début de campagne a renforcé ma conviction que Bayrou est le président de la situation. 2012 sera son année, une année pour que se relève le peuple de France.
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14.12.2011
Vive les labels qui permettent de consommer local
Puisque l'actuelle précampagne de la prochaine élection présidentielle passe par une case "produit local", c'est une occasion de réfléchir à notre consommation comme acte politique, acte politique pour l'environnement, acte politique de solidarité avec les travailleurs, acte politique pour tout autre motif. Bien sûr, consommer local n'est pas qu'un acte politique mais, dans les circonstances actuelles, devant la crise traversée par la France, il paraît légitime d'encourager par notre consommation le regain de notre production. Et en plus, le bilan carbone de la production locale a des atouts évidents : un lait bio produit en Nouvelle-Zélande, venu en porte-conteneur qui vogue à pétrole, a probablement un bilan carbone pire qu'un lait ordinaire produit en France (ou dans une région étrangère voisine, pour les zoners frontalières). On peut d'ailleurs chinoiser tant qu'on veut, consommer local, dans le Loiret, c'est forcément consommer français, il est donc absurde d'opposer les deux vocables, même s'il est plus satisfaisant d'employer l'expression "produit en France" que "produit français", le nationalisme n'étant pas un élément de l'acte civique.
Réfléchissons donc à ces labels qui existent déjà et qui permettent de consommer local :
- à tout seigneur, tout honneur, le label "produit en Bretagne", aussi longtemps que la Bretagne est en France, désigne des produits réalisés en Bretagne, donc en France.
- les Appellations dOrigine Contrôlée (AOC) sont toutes des moyens de consommer local. On les connaît bien sûr pour les vins, il en existe aussi pour les fromages, pour les volailles, pour toutes sortes de denrées alimentaires. En revanche, on a vu récémment que des couteaux Laguiole vendus à Laguiole sont en fait ... produits en Chine. Seule l'appellation AOC fait donc foi.
- personnellement, je trouve que le label "Agriculture biologique" devrait toujours mentionner le lieu de production, il me semble qu'il n'est pertinent que dans un rayon d'environ 250 km autour de ce lieu de production. Au-delà, son efficacité est dégressive, en raison de l'énergie dépensée à le transporter.
Et vous ? vous en connaissez, des labels ?
(et que le consommer local ne vous empêche pas de consommer du label "équitable", c'est bon aussi ;)).
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05.12.2011
Bayrou, l'arithmétique et la dynamique
J'ai lu récemment que, de droite ou de gauche, on spéculait sur la capacité de Bayrou de transformer des voix d'un camp en voix de l'autre. Voilà qui prouve que, une fois de plus, on n'a rien compris (ou on ne veut rien comprendre) à la liberté de l'électorat du centre, même étendue aux électorats de centre droit et de centre gauche. Voyons donc ce qui devrait se passer dans la transition du premier au second tour de l'élection présidentielle, le printemps prochain.
Première hypothèse : Bayrou n'est pas au second tour
Dans cette hypothèse, Bayrou aura fait un score composé de plusieurs tranches, examinons seulement celles qui se rapportent aux spéculations évoquées plus haut : une tranche de centre droit, une de centre dur, une de centre gauche.
Comme il l'a annoncé, Bayrou fera le choix de s'allier avec l'un ou l'autre des impétrants s'il est lui-même absent du second tour. Le critère de cette alliance est connu : la bonne gouvernance, le rétablissement des comptes publics, la proportionnelle, la sanctuarisation des moyens de l'Éducation nationale, etc. Dans ce cas, la plus grand probabilité est que, comme, en 2007, chacun retourne chez soi au deuxième tour, le centre gauche à gauche et le centre droit à droite. Il ne peut y avoir qu'une hypothèse que l'une ou l'autre tranche se maintienne sur l'alliance de Bayrou, ce serait que Bayrou impose au président élu la constitution d'une majorité centrale qui déborde la frontière des camps. En vérité, c'est possible, et cela pourrait affecter le report des voix d'un camp, non pas vers l'autre, mais vers cette perspective centrale. On voit qu'on est loin de la transformation de voix d'un camp dans l'autre. Mais si la formule d'alliance ne va pas jusque-là (càd si Bayrou ne fait pas un score assez puissant pour amener ses partenaires à résipiscence), Bayrou, dans son alliance, amènera avec lui son score d'étiage (7% environ) augmenté de ceux des électeurs du centre droit ou du centre gauche selon son alliance d'alors. Si l'on considère que 7% est supérieur à l'écart que Sarkozy a eu sur Royal au second tour en 2007 (6 points), on comprend pourquoi Bayrou est tellement courtisé. Selon le mot fait l'autre jour par Jamel Debbouze, il est alors l'arbitre du match.
Dans une certaine mesure, on voit bien que, d'un côté ou de l'autre, Bayrou joue sur une forme de velours pour occuper la fonction de premier ministre du gouvernement qui succédera à la prochaine élection présidentielle, quel que soit le président s'il n'est pas lui. Il est en situation d'imposer à l'un ou l'autre associé possible de second tour la création d'une majorité centrale à cheval sur la frontière droite-gauche. En poussant un peu loin cette supposition provocante, je dirais que, d'une certaine façon, l'élection présidentielle vise donc à doser les efforts futurs à l'intérieur du cadre contraignant imposé par Bayrou (et surtout par la clairvoyance de l'électorat centriste). Mais n'allons pas trop vite.
Quoi qu'il en soit, il reste évident que c'est le candidat qui concédera le plus à la vertu budgétaire et à la proportionnelle exigées par Bayrou, et qui se rapprochera le plus de la majorité centrale, qui obtiendra l'alliance. Il n'y a donc pas, encore une fois, de transformation de voix d'un camp en voix de l'autre. L'électorat centriste est souverain, se détermine par lui-même et personne ne transformera ses voix en quoi que ce soit, ce sera aux candidats de se montrer perspicaces et crédibles dans leurs engagements pour convaincre les électorats centristes d'aller dans un sens ou l'autre. Bayrou est probablement maître seulement de l'électorat de centre dur, sur lequel il a non pas autorité, mais magistère, crédibilité.
Pour ma part, je me considère dans la frange la plus centriste, et, si je ne peux pas envisager de voter pour Sarkozy et sa folie xénophobe, je ne peux pas l'envisager non plus pour Hollande, le PS est un parti trop sulfureux. Seule la majorité centrale me décidera au second tour.
Mais de toutes façons, il y a une autre hypothèse.
Seconde hypothèse : Bayrou est au second tour
Dans ce cas de figure, l'électorat de centre dur sera rejoint par une affluence d'électeurs des autres centres, et d'ailleurs, de plus loin parfois, ainsi que d'électeurs non polarisés qui lui donneront mission de rétablir le pays par une majorité centrale. Si cela arrive, la première raison pourrait en être le dévissage de l'un des deux principaux candidats actuels.
Ce n'est dire du mal de personne que d'envisager que la crédibilité des candidats de l'UMP et du PS s'effondre soudainement.
Il peut apparaître, par exemple, en cours de campagne, que Sarkozy n'ait aucune chance d'être réélu, que son équation politique s'avère insoluble. Alors, une partie de son électorat cherchera un substitut, qui ne pourrait être que Bayrou, candidat de moindre mal dans cette hypothèse, opposé à Hollande dans un second tour serré. De la même façon, le programme ridicule de Hollande et l'inexpérience du candidat socialiste peuvent faire que, malgré ses autres qualités et l'énergie du PS, il n'apparaisse pas capable de mener efficacement la bataille du second tour. L'électorat de gauche ne peut pas ne pas envisager, lui aussi, l'hypothèse d'une candidature de moindre mal, Bayrou n'est pas un homme de gauche, cela ne fait pas de doute, mais en sanctuarisant par exemple l'Éducation nationale et en protégeant l'État de l'appétit des prédateurs, il sauvera certains trésors auxquels la base de gauche reste attachée.
Vous allez me dire : comment Bayrou gouvernera-t-il ? Sur quelle majorité fantôme s'appuiera-t-il ? Eh bien, la réponse est simple : Bayrou a assez d'amis dans les deux camps (et dans le sien) pour s'assurer une majorité pour sa politique économique de redressement du pays, une majorité centrale et composite. Cette majorité aura la grande qualité de ne pas se montrer godillot, et s'il est évident qu'elle se donnera le contrat d'adopter les mesures budgétaires et financières nécessaires au redressement, la représentation nationale sera, pour le reste, libre de ses choix, et le travail parlementaire en sera restauré et grandi.
C'est d'ailleurs cette perspective qui peut susciter ce que Bayrou a envisagé récemment : une dynamique en sa faveur, une vague, venue du fond de la société française, qui le porte à la tête de l'État pour faire accoucher le monde politique de cette majorité de courage et de liberté.
Pour ma part, je crois que je serai assez heureux de ce succès que j'attends depuis trente ans pour me détacher de l'affiliation politique et pour me consacrer entièrement à l'histoire et à l'écriture, qui sont mes priorités personnelles, à moins que l'on ne me propose finalement un poste dans un cabinet ministériel. Je ne pourrais pas le refuser pour deux raisons, la première est que je suis particulièrement fauché et que cela me rétablirait, la seconde est que c'est l'une des rares expériences qui me manquent dans mon exploration du monde politique commencée dans l'adolescence, voici justement trente ans. Ce serait par exemple l'occasion de tweeter pour la première fois (en respectant la déontologie de la fonction) en détail l'activité d'un membre de cabinet, mais encore faut-il qu'on m'y voie une utilité, et je crois plutôt à l'hypothèse que je puisse enfin me consacrer à l'histoire et à l'écriture, avec la satisfaction d'avoir contribué à aiguiller mon pays vers son rétablissement et vers sa prospérité.
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30.11.2011
"Les Lyonnais", d'Olivier Marchal, les "roms" et le SAC
J'ai été surpris de lire, au début du film "Les Lyonnais", d'Olivier Marchal, sorti aujourd'hui : © 2010. 2010 ? Nous sommes en 2011, fin 2011, même. Ce film, qui n'est pas un petit film, prêt depuis donc au moins un an, n'aurait pas été sorti plus tôt ? Pourquoi ?
Les premières séquences montrent (avec des allusions appuyées au "Parrain" de Coppola) des Gitans, de ces gens que le président de la république, un mauvais jour, à Grenoble, a désignés sous le nom de "roms". Plus loin, dans le film, on voit d'ailleurs des images qui semblent prises d'une action réelle, des images d'évacuation d'un camp de "roms", à peu près les mêmes que celles que vient d'utiliser le film "Polisse" de Maïwen.
Tiens ? Août 2010, le discours sur les "roms". 2010. © 2010.
Du coup, comme les malfaiteurs protagonistes principaux du film d'Olivier Marchal sont des Gitans, on se retrouve un peu mal à l'aise, à ne trop savoir que penser de ce qu'on regarde, qui paraît pencher vers la stigmatisation de tous ceux que l'on rattache aux cultures gitane, tzigane et "rom". Cependant, un détail ressort du lot : le Service d'Action Civique (SAC). Les membres du Gang des Lyonnais, dont il est question dans ce film, ont débuté comme hommes de mains de braqueurs employés par le SAC (les gros bras mafieux du parti postgaulliste dans les années 1970), on les voit en action dans ce cadre, avant qu'ils ne parviennent à s'en émanciper.
Du coup, on se demande si le discours de Grenoble n'aurait pas eu pour but accessoire de gêner la sortie du film en l'embrigadant dans l'anti-"rom". Et l'arrestation de Michel Neyret, cet automne, résonerait comme un écho de ce coup de boule contre le film, puisque Neyret est en fait l'un des personnages de l'hitoire, il y est incarné par Patrick Catalifo, et c'est lui qui, apparemment, a mis Marchal en relation avec Vidal, dont la vie est retracée par le film. En somme, l'imagination, suivant son petit bonhomme de chemin complotiste, se demande si, au sommet de l'État, il n'y aurait pas encore, aujourd'hui, quelques défenseurs du SAC. Mais bon, la parano, ça va cinq minutes.
Et puis, en sortant de la salle, on est assailli par l'actualité récente : en une semaine, il y a eu une fusillade par jour à l'arme lourde, exactement comme dans le film, et un mort par balle par jour également, dans un camp ou l'autre. Tant de fusillades en si peu de temps, bien sûr, c'est une autre coïncidence, puis, d'un pas dodelinant, on rentre chez soi s'installer devant son ordinateur.
Mais tout de même, quelle histoire, et quel film.
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26.11.2011
Leçons paradoxales du contre-modèle argentin
Au cours d'une discussion animée chez le Démocrate Sans Frontière, le débat s'est porté sur la dévaluation de la monnaie à propos du fait que les banques centrales pouvaient (et peuvent) faire faillite. J'en ai profité pour glisser quelques réflexions sur le pseudo-modèle argentin et Frédéric Lefebvre-Naré, auteur du blog, a mis en lien un article et interview d'excellente qualité qui détaillait la dernière décennie de l'économie argentine, pays qui passe désormais pour une terre de miracle économique. Cet article ne m'a pas fait changer d'opinion et il m'a paru utile d'expliquer ici pourquoi.
L'effondrement en 2001
L'explosion de la bulle internet a fait beaucoup de victimes au début des années 2000. L'Argentine fit partie de ces victimes. La déroute complète de son économie provoqua celle de ses finances publiques et, après quelques tâtonnements, les autorités argentines choisirent une solution radicale : elles déclarèrent leur pays en défaut des 100 milliards de dollars de dette qu'il subissait. Cette dette, notons-le, n'était pas très lourde selon nos critères actuels, environ 30% du PIB. Le défaut s'éleva à 75%. Ensuite, l'Argentine décida de renoncer à la parité fixe de sa monnaie avec le dollar américain et, flottant, le peso argentin se retrouva avec la parité de 3 pesos pour un dollar, au lieu d'un peso pour un dollar antérieurement.
Le tout, crise et réaction à la crise, acheva l'économie argentine, les investisseurs internationaux se retirèrent, le plongeon de la monnaie ruina totalement les petits épargnants au moment même où la montée du chômage rendait leur épargne particulièrement nécessaire, voire vitale. Il y eut des violences, une atmosphère de guerre civile, et le PIB tomba de 40%.
Une fois sa dette allégée et le fond du gouffre atteint, le gouvernement argentin retrouvait des marges de manœuvre financières pour rebondir. Il relança donc massivement son économie et veilla à la protéger par un protectionnisme actif. Malgré cet effort, il fallut plusieurs années à l'économie argentine pour retrouver son niveau d'avant-crise (comme on le voit ici, au moins sept ans). Aujourd'hui, dix ans après la crise, tous les indicateurs sont florissants.
De ce fait, la situation argentine est prônée en modèle par tous ceux (assez nombreux) qui pensent qu'il faut dévaluer constamment la monnaie et laisser filer l'inflation pour nourrir la croissance. Ce sont d'ailleurs parfois les mêmes que ceux qui veulent que les pays résistent aux injonctions du Fonds Monétaire International (FMI). Voyons en quoi ils ont raison et en quoi ils ont tort, à mon avis.
Leçons négatives
Tout d'abord, que reproche-t-on au FMI ? D'affamer les populations. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la méthode argentine (l'Argentine a refusé l'aide du FMI) n'a pas été plus tendre que si le FMI s'en était mêlé : des centaines de milliers (voire des millions) de gens ruinés, beaucoup contraints à l'expatriation, et finalement, une population affamée prête à tout pour travailler et pour gagner sa vie, le rêve des capitalistes les plus cyniques. On ne peut donc pas dire que la solution argentine soit plus tendre que celle du FMI.
Ensuite, il y a eu une mutation de l'économie locale. Avant la crise, l'Argentine bénéficiait de l'image du bœuf argentin, élevé à l'herbe de la pampa, un produit de haut de gamme. Après la crise, l'Argentine exporte des sojas OGM pris sur des souches fournies par les géants agroalimentaires américains. Avant, un produit de qualité à forte identité et à forte valeur ajoutée. Après, un produit de merde totalement anonyme, à faible valeur ajoutée.
Car la dévaluation de la monnaie rejaillit sur les produits. Monnaie forte, bons produits. Monnaie faible, produits de bas de gamme. Le cas chinois le démontre parfaitement. Or pour une économie, on le sait bien, il vaut mieux avoir une image de haut de gamme (comme la France avant 1940), ce qui permet d'exporter aussi les produits médiocres, tandis que lorsque l'on a une image de marque générale médiocre, on peut produire tout ce qu'on veut de génial et de performant, personne n'y croit. La dévaluation/inflation, c'est une spirale vers le bas, vers l'appauvrissement des populations et de l'économie. Car il finit toujours par se trouver quelqu'un qui produit plus merdique et moins cher que soi.
L'extrême Orient a démontré que les phases sont les suivantes : d'abord, on produit de la merde pour pas cher, ensuite on monte en gamme. Choisir de laisser filer la monnaie et les prix, c'est s'interdire de monter en gamme. La Chine s'en aperçoit, à l'inverse du Japon ou de la Corée du Sud. Donc non, la dévaluation n'est pas une bonne solution. En économie, la seule bonne solution est la vertu.
Leçons positives
Il y a cependant du vrai positif dans ce qu'a vécu l'Argentine.
Tout d'abord, le ministre des finances interrogé dans l'article mis en lien plus haut insiste sur une idée très juste : il ne sert à rien de poser des rustines, ni de multiplier les mesurettes pour corriger tel ou tel effet budgétaire ou conjoncturel. Pour remédier à une crise, il faut une action massive, énorme, totale. C'est là l'erreur du FMI, qui prône de longues périodes d'austérité qui, peu à peu, dévitalisent et démoralisent les pays et leurs populations. On le sait bien, si une femme se fait épiler, on ne tire pas la cire peu à peu, lentement, comme dans un supplice chinois. Pour lui faire moins mal, on l'enlève d'un coup brusque. Hop ! Eh bien, c'est la même chose. Il faut faire les choses en entier et non à moitié. C'est pourquoi, en France, il ne sert à rien de serrer indéfiniment les rouages budgétaires si cette rigueur n'a pas pour effet de stopper vraiment l'augmenation de la dette. Vingt ou trente milliards d'économies, c'est une demi-mesure. Cent milliards d'économies et de recettes nouvelles, c'est une vraie action.
Deuxième leçon positive : l'abandon de l'économie argentine par les investisseurs internationaux a permis aux ouvriers et salariés argentins de s'emparer de l'outil de production et de le relever sous forme de coopérative. Il est évident que beaucoup d'usines qui ne sont pas rentables si elles doivent rémunérer à la fois un investisseur et des salariés le sont assez pour nourrir des salariés seulement. Pour la réindustrialisation de la France, le recours à cette forme coopérative sera une bonne voie, les taux bancaires bas lui permettront de se financer mieux que par les marchés financiers.
Voilà, donc, les leçons à tirer du modèle argentin : nous avons, avec l'Euro, une monnaie forte, il nous appartient d'adapter notre ambition productive aux vertus de cette monnaie, nous devons recourir à des mesures financières massives pour enrayer l'endettement de l'État et réindustrialiser la France, nous devons faire preuve d'imagination et de souplesse dans les formes juridiques de nos unités de production, notamment par les coopératives.
J'ajoute que, personnellement, je trouve que, lorsque l'État a énormément investi dans le rétablissement d'une filière, il devrait jouir d'un droit de préemption (je pense là à Arcelor, dont le rachat par MIttal a eu des effets terribles sur l'emploi, gâchant deux décennies d'investissements de l'État), ce droit de préemption devrait être applicable aux technologies rares (Bayrou citait le cas d'une entreprise de cartes à puces qui fournissait 40% du marché mondial, ou encore celui d'une usine d'acétone, la seule d'Europe, rachetée puis fermée par les Américains) ou stratégiques. Enfin, ce n'est pas aussi anecdotique qu'il y paraît, les infusions de l'éléphant devraient aussi être organisées en coopérative. Ce qui se passe avec Unilever est un scandale.
Il y a moyen de mettre en place de vraies solutions.
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19.11.2011
Les comptes fantastiques de Sarkollande
Au XIXe siècle, sous le Second Empire, le préfet de Paris fut le baron Haussmann, qui a révolutionné l'urbanisme de la capitale et imposé un modèle d'architecture qui porte son nom et que résume l'adjectif "haussmannien". Or les réformes considérables engagées par Haussmann dans l'organisation de la ville coûtaient si cher que les humoristes se déchaînaient contre elles et avaient fait appel au jeu de mots, convoquant les "Contes fantastiques" d'ETA Hoffmann (les Contes d'Hoffmann, comme on les connaît mieux) pour en faire les "comptes fantastiques d'Haussmann", expression très savoureuse à laquelle je n'ai pas résisté, bien qu'elle donne une image en partie inverse de celle qui reflète la réalité du tandem Sarkozy-Hollande. Voyons pourquoi.
Finances douteuses et sulfureuses
La France du Second Empire est riche, pour ne pas dire richissime, elle bénéficie d'une monnaie très forte, le Franc-Or, qui nourrit son prestige et celui de ses produits à l'exportation, et l'exode rural intense impose la création de nouveaux quartiers parisiens (les arrondissements XII à XX absorbant les communes voisines comme Bercy, Auteuil et quelques autres) ainsi que la restructuration des anciens dans la lignée de ce qui a été fait avec la rue de Rivoli. Les bouleversements sont tels que Victor Hugo, exilé de 1852 à 1870, peine à trouver son chemin dans les quartiers autour du Louvre quand il y revient. Il ne reconnaît plus rien. Donc les comptes fantastiques correspondent à une activité réelle et, de surcroît, utile et financée, ce qui ne se retrouve pas dans le cas de Sarkollande. Dans le cas d'Haussmann, l'expression était abusive, alors qu'elle ne l'est plus.
Elle l'était moins, il est vrai, sur un aspect : celui de l'honnêteté. Zola a très bien montré les délits d'initiés innombrables, et les abus de pouvoir, qui ont émaillé les grands travaux haussmanniens. De ce point de vue-là, elle reste pertinente, elle n'a rien perdu de son actualité, voire de son acuité.
Le pouvoir sarkozyste, pour commencer, est bien connu pour les cadeaux qu'il a faits à ses amis politiques. Que l'on songe à la privatisation des autoroutes, lancée sous le tandem Chirac-Villepin et terminée sous Sarkozy, au profit de l'entreprise Vinci. Que l'on songe que les exploitants d'autoroutes, vendus pour 12 milliards en tout, rapporteraient aujourd'hui plusieurs milliards CHAQUE ANNÉE au budget de l'État, tellement impécunieux ! On ne peut qu'être scandalisé par cette braderie de nos joyaux de famille par la droite dans son ensemble, à laquelle la gauche ne s'est pas opposée, de laquelle seul (vraiment seul) François Bayrou s'est insurgé, jusqu'au Conseil d'État qui lui a donné tort (les conseillers d'État se sont déshonorés ce jour-là).
La gauche ne s'y est pas opposée, car elle aussi a son Vinci sous le boisseau, en la matière du funeste projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Vite, un nouveau Larzac à Notre-Dame-des-Landes ! Car cet aéroport, si j'ai bien compris, sera édifié par Bouygues et exploité par ... Vinci, la même entreprise qui a déjà pillé l'État de milliards d'Euros de revenu annuel. À chaque fois que je vois la binette patibulaire de Jean-Marc Ayrault parler pour le candidat Hollande, j'entends le ding de la caisse enregistreuse qui signifie "tant pour Vinci".
Et Ayrault n'est pas le seul. Il se passe peu de semaines sans que le Canard Enchaîné ne mette en lumière les tendresses veloutées que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, réserve au groupe bétonneur Unibail.
Et la liste est longue de ces élus locaux "vertueux" qui forment la cohorte sinistre du candidat Hollande, symétrique de l'entourage prétorien de Sarkozy. Je ne parle même plus de Guérini, dont les agissements tapageurs ont réussi à déranger la torpeur du PS, ce parti de sénateurs ventripotents, au point qu'il se croit obligé de lui demander (enfin) des comptes, comptes fantastiques eux aussi.
Je pourrais enfin évoquer dans la même rubrique le groupe Eiffage, épinglé dans la même semaine pour la gabegie honteuse de l'hôpital géant de Corbeil, proche de la droite, et des galipettes tarifées appuyées sur un proxénétisme policier proche de la gauche.
M. Julliard vante ce dont il s'est méfié
C'est pourquoi je suis particulièrement révolté quand je lis dans l'hebdomadaire Marianne de cette semaine le placard autosatisfait de Jacques Julliard (encore un sénateur ou tout comme), dessinant le contour d'une future majorité du "président" (à Dieu ne plaise) Hollande avec le calque repêché des archives poussiéreuses de la majorité plurielle de Jospin. Faut-il rappeler à M. Julliard que, malgré sa promesse faramineuse de 500000 embauches d'emplois jeunes, Lionel Jospin n'a dû de prendre le pouvoir en 1997 qu'aux triangulaires du FN (il ne lui en a pas coûté de s'appuyer sur M. Le Pen ce jour-là) et que sa gestion a tellement convaincu que, en avril 2002, les électeurs l'ont congédié dès le premier tour ?
Plus encore, M. Julliard salue l'esprit visionnaire de ce vieillard qu'était (il est vrai) de Gaulle en 1958, lequel de Gaulle a eu la claire vision qu'il fallait redessiner le paysage industriel de la France, et l'a fait, heureuse idée. Très bien. Mais tout de même, que le même M. Julliard nous explique qu'après de Gaulle, c'est le désert, rien n'a plus été fait, là, c'est un peu fort. C'est un peu fort, parce que c'est vrai, mais c'est un peu fort, parce que M. Julliard fait semblant de croire qu'une configuration hémiplégique pourrait résoudre les problèmes qu'elle a elle-même créés. Après de Gaulle et la restructuration du paysage industriel (qui n'a pas été parfaite, mais suffisante), la question n'a vraiment commencé à se poser de nouveau qu'à la fin des années 1970, dans la deuxième moitié du septennat de VGE, M. Julliard devrait relire ses vieux éditos du Nouvel Obs pour s'en souvenir, si la mémoire commence à lui faire défaut.
À cette époque, le thème récurrent, ce sont, justement, ces restructurations industrielles, elles sont au programme du gouvernement Barre, juste après le rétablissement de la monnaie et des finances publiques. Les budgets 1979 et 1980, votés en déséquilibre, sont exécutés en équilibre, fait qui ne s'est plus reproduit depuis, la rstructuration peut alors commencer. Or Barre se heurte à l'opposition de la droite RPR pour restructurer, parce que de nombreuses entreprises sous perfusion d'argent public sont en fait des vaches à lait du système RPR, ce qui est alors logique puisque de Gaulle a modelé les structures industrielles, elles sont filles du pouvoir politique.
Et dans la période suivante, celle de l'hémiplégie de gauche, la politique de Mitterrand limita les restructurations à l'étatisation, puis au démembrement sans réflexion de pans entiers de l'industrie, auxquels on ne chercha guère alors de nouveaux horizons, de reconversions possibles, comme les Allemands ont su le faire, sauf très rares exceptions comme ce qui est devenu Arcelor, depuis racheté par Mittal qui a bénéficié de la gabegie politique française. M.Julliard devrait s'en souvenir aussi, il a l'âge de mon père, il était rocardien et CFDT comme mon père en 1981, il devrait se rappeler qu'à cette époque, contrairement à Mitterrand, les rocardiens prônaient une vraie restructuration industrielle, dont le projet a été balayé par la logique de l'hémiplégie politique de 1981. Et depuis cette époque, l'hémiplégie reine nous a menés de Charybde en Scylla.
Enfin, et ce n'est pas le moindre défaut, lorsqu'il explique que le PS doit prendre le pouvoir seul, restructurer l'industrie seul, gouverner seul, assis sur ses croupions vert et rouge, il donne en fait blanc-seing à des Ayrault, à des Delanoë, à des Guérini, c'est-à-dire, entre autres, à des Vinci, à des Unibail.
Non. Cela ne sera pas. Car cela ne serait qu'à peine mieux que les errements actuels. Nous y perdrions certes (grand soulagement) les discours de Grenoble et de Bordeaux, la xénophobie d'État, le mépris de la faiblesse et de la misère, mais le pillage de l'État ne cesserait pas.
Non. Cela ne sera pas.
Hollande, le nouveau DSK ? Noooooon !!
J'ai trouvé honteuses les pages du même hebdomadaire "Marianne" intitulées "La semaine où Hollande est devenu le mâle dominant". On voit que les communicants qui tentaient de nous vendre du DSK sont les mêmes qui nous fourguent du Hollande. Ce n'est pas bon signe. Et en plus, quel est donc ce fait d'armes brillant qui aurait porté le candidat Hollande vers les cimes ? Quel est cet exploit faramineux, ce prodige interstellaire ? Ce miracle tonitruant ? C'est d'avoir imposé ses vues aux minuscules Verts. Autrement dit, Hollande est devenu le mâle dominant parce qu'il a dominé Mme Duflot, une femme, parce qu'il l'a menée au Sofitel, en quelque sorte, ou au Carlton. Hollande est donc effectivement le nouveau DSK. Beurk. Ce titre est d'un sexisme honteux, je ne suis pas près de racheter Marianne si les choses ne se rattrapent pas vite.
Sur le fond, je ne crois pas qu'il faille sortir du nucléaire à court terme, j'attends plus de transparence sur les conditions d'exploitation des centrales actuelles, j'ai des doutes sur Fessenheim notamment, je sais aussi qu'il ne faut pas construire de centrales sur des terrains granitiques, qui sont naturellement radioactifs, mais j'espère que nous entrerons bientôt dans l'ère de la fusion nucléaire, plutôt que dans celle de la fission (la fusion, énergie à froid, ne consomme pas d'eau fraîche comme la fusion, et produit peu de chaleur et de radioactivité). Cela étant, il faudra examiner la compatibilité du processus de fabrication des armes nucléaires, tant que nous en avons besoin pour notre défense nationale, avec celui de l'énergie de fusion. Et par ailleurs, je suis très favorable au développement des énergies renouvelables, hydrauliennes par exemple. Donc je ne suis pas forcément dans le camp de Mme Duflot sur tout, pas contre elle sur tout non plus, mais j'ai trouvé que les couronnes de lauriers tressées à Hollande sur le thème du guerrier bling-bling et macho (surtout maintenant qu'on sait que la marge de manœuvre financière des Verts est rrès étroite) déshonorait leurs auteurs. Leur candidat est si piètre qu'ils ont besoin d'artifices de vendeurs de bretelles pour le fourguer. C'est navrant.
D'autant plus que, pour le reste, les rares éclaircissements qu'on ait eus jusqu'ici sur les propositions économiques du candidat du PS n'ont pas incité à l'énthousiasme, c'est le moins que l'on puisse dire, car tout se passe comme si les sages intentions affichées par M. Hollande n'étaient qu'une posture de plus.
Donc, d'un côté Fillon et ses 65 milliards économisés sur cinq ans (en regard de 500 milliards perdus dans les cinq dernières années, à peine plus d'un huitième) et une faible perspective industrielle, surtout du point de vue d'un Sarkozy qui ne comprend rien et vit dans le fantasme. De l'autre côté, une sorte de Rajoy français, une anguille, laissant entendre qu'il ne dépensera pas, qu'il reconstruira, mais appuyé sur des loups enfarinés et vendus aux mêmes prédateurs que ceux qui, jadis (naguère), soutenaient son adversaire de droite. Au centre, 100 milliards de redressement budgétaire par an répartis équitablement entre tous les contribuables, faisant payer les riches et participer les moins riches, économisant à bon escient dans les dépenses publiques, restaurant l'État et reconstruisant le paysage industriel dans un esprit de liberté (voire de libéralisme), c'est-à-dire sans l'oukaze des mastodontes ni des marchés, et avec la sincérité qui est la marque de fabrique de François Bayrou pour tous ceux qui, comme moi, ont eu l'occasion de le rencontrer d'un peu près. Alors ? entre les comptes fantastiques de Sarkollande et la combinaison de la justice et de l'efficacité, vous choisissez quoi ? Moi, c'est fait.
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16.11.2011
10 bonnes raisons de ne pas ... L'Hérétique me tague
Il y a plusieurs années que je n'ai pas répondu à une chaîne, d'abord, parce que lorsqu'il m'est arrivé de tenter de lancer mes propres chaînes, tout le monde s'en est battu l'œil comme de l'an 40, ensuite, parce que le côté un peu puéril et moutonnier de la chaîne m'irrite. Mais bon, L'Hérétique m'a sollicité, et je lui devais bien de m'exécuter (même si je le soupçonne d'activisme pour la remontée de Jégoun en tête du Wikio en lieu et place de Grébert).
D'abord, comme l'Hérétique, la question posée par cette chaîne née en amont de lui ne me paraît pas très intéressante, j'ai mon candidat, Bayrou, qui me convient et que je soutiens, et dont je sais qu'il compte bien, une fois élu, travailler notamment avec Hollande, ce qui n'incite pas à critiquer celui-ci outre mesure. Mais comme l'Hérétique, j'ai plus que des critiques à faire sur la partie dépenses du projet socialiste.
En fait, il aurait été plus rigolo de trouver dix FAÇONS de ne pas laisser Hollande entrer à l'Élysée, on aurait pu imaginer la peau de banane posée sur le trottoir devant l'Élysée, ou encore la charrette de foin en travers de la rue du Faubourg Saint-Honoré.
Mais puisque le sujet est 10 bonnes raisons de ne pas laisser Hollande entrer à l'Élysée, les voici :
- le buffet, la dernière fois que j'y suis allé, en 1989, était excellent. Si la table est trop bonne, Hollande va regrossir.
- le policier de faction ne le reconnaîtra pas.
- il n'est pas béarnais.
- il est aussi nain que l'actuel squatteur du lieu.
- il y a déjà eu deux énarques à l'Élysée, leur quota est complet.
- les gens nés le même jour que lui sont tous interdits de séjour à l'Élysée en vertu du décret n°12987 du 7 septembre 1986, sauf ceux dont l'initiale commence par un W.
- Chirac a besoin d'un bâton de vieillesse en Corrèze, on ne peut pas l'en priver, ça ne serait pas bien.
- quand Bayrou aura terminé ses deux mandats, en 2022, Hollande aura 67 ans, c'est trop vieux pour devenir président à notre époque.
- il a un patronyme qui désigne un pays étranger. Les cavaliers, sur les tables de conférences internationales, seront incompréhensibles, il y aura deux fois la Hollande et pas la France, c'est impossible.
- il ne m'a pas versé un million d'Euros sur le compte en Suisse dont je lui avais indiqué le numéro.
Voilà les dix bonnes raisons, et c'est un peu dommage, car du coup, l'article de fond sur les campagnes de Sarkozy et de Hollande que je pensais faire aujourd'hui devra attendre demain.
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13.11.2011
L'Histoire et la longue mémoire
Dans trois ans, il y aura cent ans qu'a débuté la Première Guerre Mondiale. Il y a cent ans, nous n'y étions pas encore, l'époque restait celle des escarmouches. 1911, il y a juste cent ans, c'est l'année de ce qu'on a appelé le "coup d'Agadir". En 1911, l'aîné de mes grands-parents avait quatorze ans, les trois autres huit ans. J'ai connu mes quatre grands-parents, pour eux quatre, la Grande Guerre faisait partie de leur existence, ils en parlaient comme d'un fait qu'ils avaient vécu, elle appartenait de ce fait à ma réalité, à mes racines, comme aux vôtres. C'est notre vie.
Mon grand-père paternel, Édouard Torchet, avait dû quitter la France et faire une partie de ses études secondaires au Royaume-Uni. Il en parlait. Sa femme, Suzanne Mottez, avait un père amiral décoré sur le champ de bataille naval, en Méditerranée, en 1915. Elle en parlait. Mon grand-père maternel, Jean Chauvel, avait tenté de devancer l'appel et de s'engager volontaire à dix-sept ans en 1914. On l'avait refusé : trop frêle, trop maigre. Il s'en était allé au Royaume-Uni, lui aussi, faire une année d'études supérieures et pratiquer tous les exercices physiques possibles. En 1915, l'armée, moins regardante, avait accepté qu'il s'engage, à dix-huit ans. Il avait donc fait plus de trois ans de guerre dans les tranchées, dans l'artillerie, du côté de Châlons-sur-Marne ou un peu plus à l'est. Quand il s'était engagé, on lui avait donné un uniforme et un fusil, un Lebel. Il avait fini la guerre caporal chef, libéré seulement en 1919, des mois après l'armistice. De dix-huit à vingt-deux ans, à l'âge où l'on s'amuse, où l'on drague, où l'on rêve, il avait passé ses journées et ses nuits dans la boue, dans la mitraille, dans le sang. Il n'en parlait jamais. Ma grand-mère maternelle, Diane Le Maire de Warzée d'Hermalle, avait passé toute la guerre au Japon où son père représentait la Belgique avec le titre de ministre, l'équivalent de notre ambassadeur. Durant toute la guerre, elle avait été marraine de guerre de prisonniers de guerre belges détenus par les Allemands, avec lesquels elle entretenait une correspondance régulière. Elle en parlait souvent.
Lorsque j'étais enfant, autour de 1970, on voyait encore fréquemment des "gueules cassées" de la Grande Guerre dans les rues de Paris, des manchots, des cul-de-jattes qui roulaient parfois sur la chaussée parce que leur chaise roulante était trop large ou trop encombrante pour le trottoir, des borgnes, des aveugles, des visages sans nez, et ils se présentaient avec le drapeau aux jours de commémoration. C'était une image familière, étrange et familière. Il n'y a que quelques mois à peine qu'est mort le dernier des millions et millions d'hommes qui, du monde entier, ont combattu, en général sur la terre de France, en Champagne, en Lorraine, en Picardie. Il y aura bientôt un siècle que la Guerre de 1914-18 a débuté, et il semble qu'elle ne se soit jamais terminée, qu'elle ait occupé tout le siècle qui l'a suivie, malgré la quantité d'abominations exceptionnelle que ce siècle terrible a accumulée.
Peut-être parce qu'aucune guerre n'a mieux démontré l'horreur de la guerre elle-même. On ignore souvent les deux précédents qui auraient pu donner une idée de ce que serait la guerre de tranchées : le premier est la guerre de Crimée, en 1856, le deuxième la guerre de Sécession américaine dont les enlisements ont préfiguré la boucherie de Quatorze. Mais, malgré son bilan humain affreux, la guerre de Crimée demeure un conflit périphérique, méconnu, et on porte sur la guerre de Sécession un regard très déformé par le cinéma propagandiste américain. On a donc effacé les précédents. On ne retient que le conflit en lui-même, avec sa litanie immense des Morts pour la France, des pensionnés, des veuves de guerre, des pupilles de la Nation. Meurtrière de soldats comme aucune autre, la guerre de Quatorze est celle qui a inspiré le cri : "Plus jamais ça". Plus jamais la barbarie, la chair à canon, la tranchée infecte bordée de charniers, les fiancées en pleurs sur les cercueils des héros drapés de tricolore, le toscin qui résonne sans fin dans la campagne blême. Plus jamais ça. Et la mémoire de l'horreur, comme d'autres, refuse de s'éteindre, elle persiste, elle résiste.
Hier, en commémorant l'armistice, le président de la république a donné l'impression d'avoir enfin compris cette dimension temporelle, d'avoir enfin abandonné ses pulsions de l'instant pour découvrir que l'Histoire est une longue mémoire, qu'elle témoigne et enseigne, qu'elle porte des jugements, qu'elle trace des sillons, et que tout cela, il faut l'examiner, s'en imprégner, pour diriger un pays, pour assumer son destin. Les pays et les peuples ont besoin de politiques de long terme, ils ont besoin de décisions patientes, ils ont besoin de continuité dans l'action, d'anticipation, de persévérance, de permanence. Car l'Histoire se dévoile lentement, peu à peu, et la réalité historique est longue à mettre en mouvement. En Histoire, il faut bâtir sur le roc. Et si on la brutalise, l'Histoire se venge.
Et si l'on définit des objectifs de long terme, on ne tardera pas à fixer des principes d'action, une ligne directrice, une doctrine de défense et de diplomatie. Disons-le tout de suite, cette doctrine est nécessaire à la démocratie. Les pays et les peuples ont besoin de connaître l'architecture de l'action de leurs autorités constituées. Oh bien sûr, tout ne peut pas être connu, la diplomatie a besoin de secret aussi, l'Histoire l'enseigne, mais les objectifs majeurs et leurs moyens doivent avoir été présentés et expliqués au peuple en toute clarté, voire en toute transparence, faute de quoi l'on manque aux principes les plus essentiels de notre vie collective, de nos démocraties.
Le président a donné l'impression d'adhérer mieux à cette conception qu'auparavant. Pourtant, je crois qu'il ne s'agit de sa part que de posture et de calcul politicien. Je crains qu'il n'en soit revenu, hélas, à la gouvernance des simulacres qui résumait déjà les premiers mois de son quinquennat. Mais patience, l'Histoire jugera.
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04.11.2011
L'échec provisoire des politiques méditerranéennes de la France
Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dont le bilan est globalement négatif pour la France, notre politique étrangère a connu deux axes alternatifs. Jusqu'à la crise de Suez, en 1956, nos dirigeants misent tout sur l'alliance anglaise. Le Royaume-Uni est une puissance d'importance comparable à la nôtre, une démocratie appuyée sur un empire colonial comme nous. L'échec de l'opération de Suez, paralysée par l'ouverture de la Guerre Froide, coïncide à peu près avec le refus du Royaume-Uni d'entrer dans la Communauté Économique Européenne (CEE) en mars 1957.
De 1957 à 1963, hésitation, relatif isolement, changement de régime. En 1963 enfin, inauguration, par le Traité de l'Élysée, d'une longue période de rapprochemnt avec l'Allemagne, qui sera l'un des axes structurants de notre diplomatie.
À partir des années 1980, la France est en elle-même affaiblie, sa croissance est moindre que celle de son voisin, elle assume une politique d'envergure mondiale, appuyée sur ses Départements et Territoires d'Outre-Mer et sur un réseau d'États francophones, notamment en Afrique, très coûteuse. Dans cette période, les réticences britanniques devant les progrès de l'intégration européenne ont un corollaire : il faut payer, payer les Britanniques pour qu'en quelque sorte ils se taisent. On dit "L'Allemagne paiera" et, invariablement, l'Allemagne paie, en effet, ce qui ne cesse de lui donner plus d'autorité dans le système européen.
La Chute du Mur de Berlin, en 1989, accroît encore ce poids allemand, en créant un déséquilibre démographique parmi les quatre principales puissances européennes : jusque-là, l'Italie, le Royaume-Uni et la France se maintenaient dans les 50 millions d'habitants, l'Allemagne quelques millions de plus, juste au-dessus de 60. Avec la réunification (qu'il ne peut être question d'entraver pour des raisons aussi bien politiques que philosophiques), l'Allemagne dépasse les 80 millions d'habitants, nettement au-dessus des autres désormais.
Un autre mouvement crée un déséquilibre (ou un nouvel équilibre) : dans les années 1980, la CEE développe considérablement son ouverture vers le sud du continent européen, et en particulier vers la Méditerranée. Ce sont les adhésions de la Grèce, puis de l'Espagne et du Portugal. La France, par sa situation géographique et par l'affinité des dirigeants français et espagnols, profite directement de ces entrées et savoure le nouvel espace méditerranéen.
Après la chute du Mur, la CEE devient l'Union Européenne et, dans le même temps, son centre de gravité se déplace vers le nord-est, vers l'Allemagne. Dans la première CEE, la France occupait le centre de gravité entre le nord composé du Bénélux et de l'Allemagne, et le sud, l'Italie. L'arrivée des États européens du sud avait renforcé cette polarisation et la position française. Les années 1990 sont au contraire le glissement vers le nord-est.
L'entrée de la Suède, de l'Autriche de la Finlande, puis des anciens États vassaux de l'Union Soviétique, renforce la position centrale de l'Allemagne.
Lorsqu'il est question de créer l'Euro, la France cherche donc à recréer une géographie qui lui soit favorable, notamment en ancrant l'Euro dans l'Europe du sud. L'Italie de Romano Prodi fait des efforts considérables pour entrer dans les critères de l'Euro, et la France pousse l'Espagne, le Portugal (pays avec lesquels elle est en principe bénéficiaire depuis des temps historiques) et la Grèce. En maugréant, l'Allemagne tolère cette position de son allié traditionnel français et voit avec peu de plaisir défiler la cohorte méditerranéenne et méridionale des pays qu'elle toise avec une grande arrogance en les taxant de "pays du club Med".
La crise actuelle autour de la Grèce, certes exagérée quant à l'impact qu'on lui prête sur l'Euro, sonne le glas de la position française et scelle l'affaiblissement de notre pays dû à une trentaine d'années de politiques incurieuses.
La présidence de Nicolas Sarkozy n'est certes pas comptable de l'entrée de ces pays dans l'Euro, elle devrait pourtant en évaluer le sens et en comprendre l'utilité stratégique.
Il est vrai que sa politique européenne a promu deux ruptures avec la ligne diplomatique des trente dernières années (et même un peu plus). La première a été le retour à l'alliance anglaise, déjà tenté par Jospin (et ce n'est pas un hasard, puisque Jospin et Sarkozy ont été les plus américanophiles de nos leaders sous la Ve république). Cet axe franco-anglais, destiné à contrecarrer l'influence allemande dans l'esprit de ceux qui l'ont voulu, a pour effet de marginaliser l'Allemagne, en théorie. En fait, il déstabilise l'édifice européen en tant que construction politique indépendante, le Royaume-Uni ayant noué des liens culturels et politiques indéfectibles avec les États-Unis. De surcroît, il agace l'Allemagne et fragilise certaines des concessions faites par elle à son alliance avec nous (notamment l'entrée des pays du club Med dans la zone Euro qui, sans eux, est nettement dominée par l'Allemagne). Il introduit de la suspicion. La deuxième rupture a eu exactement le même effet, en ayant probablement eu la même finalité : c'était l'Union pour la Méditerranée (UPM), un concept porté par Dominique Strauss-Kahn et Hubert Védrine à l'origine, et endossé par Sarkozy en 2007. L'UPM a agacé l'Allemagne aussi et végète dans les limbes.
En fait, la France n'a plus aujourd'hui de politique méditerranéenne. Elle se contente de prendre sa part de la politique méditerranéenne du grand allié américain, sans défendre de principes qui lui soient propres.
Cette situation ne pourra pas durer longtemps. Mais il est vrai qu'il ne sera possible de rétablir une doctrine diplomatique qu'à partir du moment où la situation intérieure du pays sera suffisamment améliorée pour le faire. Pour être fort, il faut être riche. C'est ce qu'aurait dû comprendre le président Sarkozy dont le bilan diplomatique se résume en deux locutions : les yeux plus gros que le ventre, et l'échec des intérêts français.
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30.10.2011
Quatre éloges de l'orthographe
1 Je voyais cet après-midi l'affiche du prochain opus de la série de films La Vérité si je mens. Il y a un surtitre : "Vous nous avez manqué". Si par distraction ou ignorance, on ajoute un s à ce surtitre, cela change tout : "Vous nous avez manqués". Une variante qui rappelle un dialogue très acide et célèbre :
- Vous m'avez manqué.
- De peu.
La nuance, je le rappelle, est qu'on manque quelqu'un si par exemple on lui tire dessus sans l'atteindre, tandis qu'on manque à quelqu'un si on n'est pas près de lui à un moment ou pendant une période où il voudrait qu'on soit près. Dans le premier cas, on le manque. Dans le deuxième, on lui manque.
2 Corneille a écrit "Rome, unique objet de mon ressentiment". Si maintenant, on se trompe et si l'on met un s non pas après l'e final, mais à sa place, on écrit "Roms, unique objet de mon ressentiment", et on obtient un vilain discours de Grenoble. C'est dommage.
3 Si on écrit vie politque, on pense à Bayrou, par exemple. Mais si l'on écrit vit politique, on ne pense plus qu'à DSK, forcément. Alors que Bayrou, c'est bien.
4 Si l'on écrit État d'urgence, chacun comprend bien qu'il y a urgence. Si l'on écrit État d'urgences, on sait qu'on va lire un texte sur l'hôpital (lequel est d'ailleurs en état d'urgence aussi).
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26.10.2011
Sanctuariser l'Euro
Il y a en France deux écoles : la première préconise une dose suffisante d'inflation et une monnaie faible capable de doper les exportations ; la seconde est monétariste et considère (avec Raymond Barre) que la force de la monnaie rejaillit sur l'économie, à laquelle elle est bénéfique. La première école considère que tous les laxismes sont au fond permis, puisqu'il n'y a qu'à laisser filer l'inflation et/ou dévaluer la monnaie pour récupérer demain ce qu'on a mal fait aujourd'hui ; la deuxième prône la vertu budgétaire et financière et se donne une éthique de l'effort.
Écoutez ceux qui préconisent de sortir de l'Euro, écoutez la raison qu'ils invoquent : cela permettra de baisser le taux de change de la monnaie, de doper donc les exportations, quitte à laisser filer un peu d'inflation. Les adversaires de l'Euro sont donc les mêmes que ceux, autrefois, du Franc fort. Ce qu'ils veulent, c'est le tandem monnaie faible, inflation endémique.
Ce qui les gêne dans l'Euro, c'est que c'est une monnaie forte. Avec l'Euro, il faut être rigoureux. Quel drame. Or la situation de l'Allemagne d'aujourd'hui est la preuve que la monnaie forte, combinée avec une politique budgétaire sérieuse (même si elle n'est pas totalement irréprochable dans le cas allemand), est le moyen de tenir un pays debout, capable de résister aux offensives des spéculateurs toujours embusqués et prêts à profiter de la faiblesse des emprunteurs. Songeons qu'à elle seule, l'Allemagne tient l'Euro debout, que malgré toutes les pressions, le cours de l'Euro n'a pas significativement baissé. Et que serait-ce si la France était (et avait été) aussi vertueuse que sa partenaire. L'ennemi gésirait dans la poussière et dans son sang depuis longtemps. Mieux : il n'aurait jamais tenté d'attaquer.
On me dit : Oui, mais l'Allemagne a mis ses classes moyennes en capilotade. Eh bien, nous aussi. Nos classes moyennes sont déchiquetées, et nous n'avons pas un pays en bonne santé qui puisse leur faire espérer de meilleurs lendemains, nous.
Et puis, on se tait. Car on sait bien que la partie qui se joue est d'échelle planétaire, peut-être d'échelle hstorique. Mais au fond, nous savons bien que nous aurons demain un monde à trois grandes monnaies de réserve : le yuan chinois, le dollar,et bien sûr l'Euro.
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