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12/07/2015

Centre : la fin des illusions ?

La décision, égrenée jour après jour, des responsables locaux du Mouvement Démocrate de rejoindre les listes de l'UMP sans même oser se présenter au premier tour paraît destinée à arracher leurs dernières illusions à celles et ceux qui croient encore à la nécessité de l'indépendance d'un centre politique en France.

Il est vrai que l'utilisation incongrue du mot "équine" par le président de l'UMP a pu donner à penser que, sous la table, des intérêts se satisfaisaient. La perméabilité de l'ex-UDF aux contingences matérielles a toujours été sa faiblesse. Je n'évoquerai pas ici, par pudeur, le souvenir d'un mien ami qui me confessait (sûrement sur le ton de la blague), en 1986 je crois, s'être fait refaire entièrement la bouche gratis par un candidat à l'entrée au bureau national des jeunes centristes de l'époque qui était dentiste et bordelais...

Il est vrai aussi que nous avions alors une ambition : celle de battre le RPR dans la droite. Cette ambition a échoué lorsque l'UDF se laissa acheter palier par palier lors de la campagne de Raymond Barre en 1988, et encore plus lorsqu'elle fut incapable de présenter un candidat à la présidentielle de 1995. La stratégie de deuxième droite agonisa définitivement en 2007, ouvrant un nouveau chemin.

Aujourd'hui, le bipartisme, appuyé sur l'inutile Front National, prend la France en tenaille, avec tous les défauts que nous connaissons et qui mènent notre pays vers le néant, tant il apparaît que nos leaders des deux camps sont d'accord sur toutes les réformes pourvu qu'elles cassent un peu plus ce qu'il est important de ne pas casser.

Je suis entré dans le parti centriste en 1981 presque par hasard, la personnalité, puis la mémoire, de Bernard Stasi m'y ont maintenu longtemps. Je suis convaincu que Bayrou, s'il se libérait, aurait encore la capacité de changer ce qu'il faut changer tout en consolidant ce qu'il faut consolider. Je comprends ceux qui pensent que l'on ne se présente au premier tour que lorsqu'on n'est pas satisfait de la négociation de son camp, mais je dois dire qu'à la fin, en suivant ce chemin, on finit par avoir des candidats qui n'ont pas de patrie politique, comme on l'a vu lorsque s'est constituée l'UMP en assujettissant la plupart des élus de l'UDF aux idées du RPR.

Enfin, s'il y a une constante du Centre depuis le début de la Ve République, ce fut toujours pour réclamer la proportionnelle. Les régionales sont l'un des très rares scrutins à la proportionnelle presque intégrale. Et donc, avec logique, les responsables du Centre... s'abstiennent de s'y présenter, ne fût-ce qu'au premier tour. C'est inadmissible.

Pour moi, la stratégie actuelle est suicidaire et très éloignée de ma conception de la politique. Je suis heureux de n'avoir plus aucune idée de candidature personnelle au moindre scrutin et je souhaite bonne chance à ceux des candidats qui la méritent. Je suivrai de très près les choix d'Isabelle Le Bal et du centre breton. Mais quant à moi, plus que jamais, je concentrerai mes activités sur ce qui me semble vraiment important, et qui n'est pas l'engagement partisan, ce qui fait que, très probablement, ce blog, que j'ai ouvert en janvier 2007, fermera bientôt ses très modestes portes, au moment où j'en ouvrirai d'autres pour dire, plus que jamais, avec Hugo :

À la consigne, je préfère la conscience.

En ce moment, je pense aussi très fort à Camus.

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27/06/2015

Droits sociaux des migrants : idées fausses

Dans la campagne qu'il a menée pour se faire réélire, le Premier Ministre britannique David Cameron a flatté les bas instincts de son opinion publique en lui promettant de procurer les prestations sociales aux migrants non pas dès leur arrivée, mais seulement au bout de trois ans de présence effective. Il s'agit de la promesse la plus stupide que l'on puisse imaginer dans la réalité actuelle des migrations.

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Sur le papier, on se dit "Il a raison". Après tout, les prestations sociales devraient être réservées aux résidents en règle. Pas question d'encourager les clandestins en leur fournissant d'emblée tous les conforts sociaux, d'autant plus (ou d'autant moins) que les nationaux d'en bas, les soutiers de la Société, sont très choqués de ce qui est donné aux nouveaux arrivants, et qu'une légende tenace affirme que les étrangers, au Royaume-Uni comme en France, perçoivent beaucoup plus d'aides sociales que les nationaux.

Seulement voilà : comme toujours, cette vision schématique de l'étranger contre le national est contreproductive, car leurs intérêts sont liés, maltraiter l'étranger aboutit à maltraiter le national. Je ne parle même pas ici de principe d'humanité, mais simplement de bon sens.

Dans les pays où ces étrangers migrants vivent, et dans ceux qu'ils ont traversés pour arriver chez nous, les migrants ont côtoyé des maladies dangereuses qui n'existent pas ou plus chez nous, comme la tuberculose, voire bientôt la lèpre. Notre intérêt bien entendu est évidemment que les services médicaux s'emparent des migrants dès qu'ils ont posé le premier pied sur le sol français (ou britannique) et qu'ils ne les lâchent pas d'une semelle pendant de longs mois, voire justement pendant les trois années où M. Cameron propose de leur refuser les droits sociaux. De la même façon, l'admission de leurs enfants à l'école n'est pas seulement question d'humanité, c'est aussi l'occasion d'un suivi médical, sans parler de leur acclimatation à la langue française. Et, là encore, l'obtention des allocations familiales favorise (si elle ne garantit pas) la bonne santé des enfants et leur scolarité.

Il faudra donc que M. Cameron nous explique de quels droits sociaux il entend priver les migrants arrivés sur son sol car, je l'avoue, je ne vois pas ceux dont la privation ne serait pas dangereuse pour toute la communauté nationale, en Grande-Bretagne comme en France.

Et je n'ai même pas encore commencé à invoquer le simple principe d'humanité.

25/06/2015

Histoire de taxis parisiens

Les taxis parisiens protestent avec virulence contre la légalisation du service Uber. En apparence, la question qu'il s'agit de traiter est simple. En réalité, elle l'est beaucoup moins.

Commençons par rappeler que les taxis parisiens tiennent une place particulière dans l'imaginaire français depuis l'événement des "taxis de la Marne" : en 1914, les troupes allemandes ont fait une percée par un col que l'armée française jugeait infranchissable, elles filent à tombeau ouvert vers Paris et, sûres de leur victoire, s'arrêtent au soir à faible distance de Paris pour porter l'estocade à une France qui en eût été aussi abasourdie qu'elle le fut vingt-six en plus tard en 1940. Mais là, trait d'inspiration : le général Gallieni, vétéran de la Coloniale, habitué aux solutions de bric et de broc, s'entend avec Waleswski, fondateur des taxis G7, et pendant la nuit, des centaines de taxis déplacent sinon une armée du moins des bataillons entiers, ce qui permet à l'armée française de créer la surprise. Stupéfaite de trouver un ennemi là où elle n'attendait qu'une débandade, l'armée allemande flageole, temporise, son élan est brisé, la défaite cuisante est évitée de justesse.

Cette prouesse (dont l'importance historique est discutée, à mon avis à tort) frappe les esprits et demeure à jamais comme l'un des hauts faits de cette épouvantable guerre, la dernière que la France ait gagnée. L'opération des "taxis de la Marne" ne fut possible que parce que Paris comptait, à cette époque, la moitié des taxis qui roulaient dans le monde. Sans ce fait chiffré, pas de troupes pour surprendre l'Allemand au réveil sur les bords de la Marne.

Les taxis parisiens sont restés populaires dans la période suivante à travers la silhouette familière du prince russe exilé et moustachu. Les taxis russes ont fait les beaux jours de l'entre-deux-guerres.

Mais dès la fin des années 1950, le rapport Rueff-Armand dénonçait la dérive de son système en corporation fermée et malthusienne. Cinquante ans plus tard, Jacques Attali, dans un rapport qu'il remit au précédent président de la République, préconisa d'en finir avec le système actuel et d'ouvrir la profession.

Le système actuel repose sur une "plaque", c'est-à-dire une licence d'exploitation, en principe achetée par le taxi en début de carrière, en quelque sorte un pas-de-porte. Ce principe du pas-de-porte était très courant encore voici quarante ans : on le payait pour reprendre une location d'appartement, un commerce, et même un cabinet médical sous la forme du rachat de clientèle. Il est devenu très rare et n'existe presque plus que dans un très petit nombre de professions réglementées.

Dans l'esprit, le système des plaques protège l'artisan. Il est le gardien des vertus de la corporation, en particulier celui de l'indépendance des chauffeurs. En réalité, il y a toujours eu coexistence de grandes sociétés et d'artisans, l'équilibre se faisant plus ou moins bien entre les différents acteurs du secteur.

Aujourd'hui, il existe plusieurs types de chauffeurs de taxi. Mettons de côté l'artisan idéal pour le moment : il a payé sa plaque 200000 Euros et gagne sa vie comme artisan, il est soumis à des charges sociales, professionnelles et fiscales importantes, mais il gagne bien sa vie et il est libre dans le cadre légal, sans autre maître que lui-même à bord de son taxi.

Un peu moins libre est le taxi qui s'affilie à une coopérative. Ce système lui rapporte des clients, mais prélève un pourcentage sur son chiffre d'affaires et lui impose un lot de contingences plus ou moins formelles et plus ou moins lourdes. L'artisan coopérateur reste cependant encore assez libre.

Le coût très élevé des plaques a contraint depuis longtemps un certain nombre d'artisans à passer par de véritables filières de travail. Dans ce premier cas, le chauffeur de taxi est toujours un artisan, mais il rembourse un montant conséquent à la filière qui lui a procuré sa plaque et il a certaines obligations, plus ou moins légales d'ailleurs, envers elle. Il est fréquent que ces filières s'établissent sur un critère ethnique.

La quatrième catégorie de chauffeurs de taxi possède sa voiture, mais est employée d'une compagnie. La cinquième est employée mais ne possède ni sa plaque ni sa voiture.

En somme, le système est assez complexe et recouvre des situations très différentes aboutissant à des réalités financières et à des revenus très contrastés, mais l'artisan conserve une place dans une organisation que l'on peut qualifier de corporation structurée par une tension entre grandes structures et acteurs indépendants.

À l'arrivée, Paris manque cruellement de taxis aux heures de pointe, et beaucoup de chauffeurs se battent les flancs aux heures creuses. De cette double insatisfaction est née l'observation de Rueff et d'Armand reprise par Attali.

Il ne faut pas négliger la part de l'idéologie dans l'approche Rueff-Armand-Attali : les libéraux se méfient par principe du système des corporations qu'ils ont d'ailleurs abolies en créant sous la Révolution Française le principe de la "liberté du commerce et de l'industrie", un principe que le XXe siècle a presque entièrement désamorcé.

Libéraliser les taxis sans racheter les plaques serait très injuste. Or leur valeur se chiffre en milliards et l'État est, sinon pauvre, du moins impécunieux. Donc pas question de racheter. Peut-on alors simplement autoriser plusieurs chauffeurs à se partager une plaque et organiser une régulation du trafic en temps réel en fonction des besoins qui se présentent ? Cela serait un minimum, car le fonctionnement actuel relève de l'âge des cavernes. Mais cela constitue une évidente régression de liberté pour les artisans.

Sauf que... sauf que l'affaire Uber montre que la régulation informatique/internet et la liberté du chauffeur sont extrêmement compatibles. L'uberisation des taxis parisiens pourrait donc avoir un avantage.

Mais à l'inverse, l'uberisation prouve que dans notre monde économique, la liberté totale profite moins à l'artisan qu'à des géants, en général américains, très adeptes de la défiscalisation. Le souvenir des taxis de la Marne peut alors nous rappeler que les taxis parisiens, ce n'est pas qu'affaire d'argent, d'artisanat et de commerce, mais qu'il peut s'agir de notre survie.

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06/06/2015

Adapter la modernité à l'Histoire

Le tour pris par les "réformes" annoncées par le Premier Ministre Valls, celle de l'école étant la plus emblématique, montre que, pas plus que le Président de la République qui a précédé M. Hollande, Manuel Valls ne comprend ni la France ni son Histoire. Or l'Histoire est un fil aussi invisible qu'incassable. À vouloir le tordre, on se perd, comme le précédent président en a fait l'expérience.

Y a-t-il un symptôme qui exprime cette erreur de parallaxe ? Oui, ce symptôme, il est le même depuis des décennies, des décennies où, trop rarement, nos dirigeants ont su comprendre et formuler l'Histoire au présent. Pour eux tous, depuis ces décennies, l'enjeu et la difficulté sont les mêmes : entrer dans la modernité, adapter notre pays à la modernité, réformer et moderniser. Et pour eux tous, la paresse consiste à importer en France des schémas préétablis, préconçus, prédigérés, irréfléchis et inadaptés.

Chacun constate que la France ne tourne pas le dos à la modernité, qu'elle continue à veiller aux avant-postes du progrès scientifique . Il n'y a donc pas d'impossibilité qui la bride. En revanche, chacun constate que, dans les sciences sociales, elle décroche. Pourquoi décroche-t-elle ? À cause de cette paresse de ses chefs et de l'inadaptation des structures sociales, morales, culturelles, universitaires, linguistiques, et autres, qu'ils tentent d'imposer à notre vieux peuple héritier de la longue histoire d'un vieux pays. Paresse, oui, et fébrilité.

L'angoisse de l'arrivée de populations de cultures très différentes sur notre sol qui devient le leur aussi explique la fébrilité de dirigeants que leur formation n'a pas préparés à l'envergure de l'époque. Et puis, la pression de modèles étrangers, américain en particulier, qui espèrent nous imposer leur mode de consommation et de pensée les déroute et leur fait perdre leur propre regard sur la nécessité locale.

Si l'on veut mieux comprendre ce que je veux dire, eh bien, Emmanuel Todd et Hervé Le Bras s'étonnent de constater en Bretagne un vote qu'ils qualifient de "catholique zombie" : la pratique religieuse catholique y est devenue marginale, mais la structure du vote politique y reste la même qu'à l'époque du règne du catholicisme, et ses motivations aussi. Ce qu'ils n'ont pas compris, c'est que ce n'est pas le catholicisme qui a fait les Bretons à son image, mais tout au contraire, que les Bretons se sont taillé un catholicisme historique qui leur ressemble, qui est (ou était) à leur image, adapté à leurs pratiques sociales qui, elles, sont d'ordre culturel, d'ancrage profond, indépendant des questions ethniques ou politiques, et qui trouvent toujours un moyen d'adapter les modernités successives à leur façon de voir et de vivre.

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Il faut donc leur dire, et leur répéter, que l'enjeu de l'époque n'est pas d'adapter notre pays à la modernité, car celle-ci n'est pas d'emblée universelle, elle a vocation à adopter des traits divers, d'une diversité en elle-même féconde. Ce qu'il faut, et c'est beaucoup plus difficile, mais beaucoup plus grand et beaucoup plus susceptible de leur dessiner une place dans l'Histoire, non seulement l'Histoire de la France, mais celle de l'Europe et du monde, ce qu'il faut, donc, c'est adapter la modernité à notre Histoire.

S'ils veulent mon opinion de façon plus précise et plus détaillée, je me tiens à leur disposition.

30/05/2015

Bienvenue au nouveau nom de l'UMP et à ses tôles à venir

Aujourd'hui, l'Union pour un Mouvement Populaire change de nom, contre l'avis de l'opinion publique.

Sans remonter très loin, examinons les changements de nom des partis politiques sous la Ve république : L'UNR, parti présidentiel, devient l'UDR avant les législatives de 1967. Elle se prend une tôle. La SFIO devient le PS en 1971 et se prend une tôle aux législatives suivantes en 1973 et à la présidentielle de 1974. Le Centre Démocrate et le Parti Radical adoptent l'étiquette des Réformateurs en 1971 et se prennent aussi une tôle en 1973. Les divers partis giscardiens changent de nom en 1976-77 et forment finalement l'UDF après les législatives de 1978. Ils se prennent une tôle à la présidentielle de 1981 et aux législatives qui suivent. L'UDR devient le RPR en 1976 et se prend des tôles à toutes les élections suivantes. Le RPR, enfin vainqueur, s'empresse de se transformer en UMP sous l'égide de Juppé, et manque de se prendre une tôle à la présidentielle suivante, miraculeusement sauvé par Le Pen et par Chevènement. L'UDF change de nom en 2007 en se prend une série mémorable de tôles. L'UMP, après avoir été enfin une fois victorieuse, s'empresse de changer de nom et...

Bienvenue donc au nouveau nom de l'UMP et aux tôles à venir.

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29/05/2015

Justice : Washington imite le pouvoir capétien médiéval

Après l'affaire des banques condamnées par la justice américaine pour avoir utilisé des dollars pour des transactions commerciales avec des pays politiquement interdits par les États-Unis alors même que cela ne se passait ni aux USA ni avec des entités de droit américain, voici que la même justice américaine s'en prend à une organisation non gouvernementale, la FIFA, marraine du football mondial, au moment de l'éventuelle réélection du président de cette organisation, dans un but évidemment politique lié au rejet de la candidature américaine, vécue par les autorités des USA comme une désobéissance, c'est-à-dire un lèse-majesté. Ce faisant, Washington utilise une arme qui a longtemps souri au pouvoir capétien et qui a joué un rôle décisif dans la construction de l'unité nationale française.

Tout commence par un personnage que j'ai déjà cité, Fulbert de Chartres, fondateur de l'école de Chartres, proche conseiller du roi Hugues Capet et père-fondateur à la fois de la féodalité et de la science occidentale, donc de notre courant laïc. Fulbert, vers l'an mil, joua un rôle prépondérant dans la théorisation de la féodalité.

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Contrairement à ce que l'on croit en général, le monde féodal n'est pas un univers où la loi du plus fort règne seule. Tout au contraire, c'est un effort de civilisation de la force brutale par le droit. En homme d'Église, Fulbert prêche la paix entre chrétiens, voire entre chrétiens et non-chrétiens, mais ceci est une autre histoire. L'être humain féodal est un être de droit. Il est entièrement encoconné par le droit et par les droits. Tout ce qu'il fait est créateur de droit ou effet du droit. On ne peut pas exiger de lui plus que ce que le droit prescrit. En principe la peine de mort ne lui est pas applicable sur caprice de l'autorité, mais on sait bien que les principes sont définis par leurs exceptions. Principe cependant, et efficace en majorité.

Les droits et devoirs du vassal et de son suzerain, d'en bas et d'en haut, en somme, sont réciproques. Il n'existe pas de lien unilatéral, ni illimité. L'esclavage est aboli en France (principe qui ne connaît qu'une très petite poignée d'exceptions) avant l'instauration de la féodalité, aux temps carolingiens. On ne peut pas tout exiger de quelqu'un, mais ce quelqu'un ne peut échapper à un certain nombre d'obligations supérieures qui s'imposent à lui, surtout dans les terroirs où, comme en Bretagne, l'on ne connaît "aucune terre sans seigneur".

Après Fulbert, les héritiers d'Hugues Capet investissent le Parlement de Paris de la codification du droit féodal. Ce Parlement est sans appel autre que le conseil du roi, le roi étant alors entièrement souverain. Le Parlement statue sur le fond autant que sur le droit, et en dernier ressort. Et tout le Moyen Âge se passe pour lui à s'immiscer dans les terroirs locaux pour "évoquer", c'est-à-dire attirer à lui le plus possible de causes importantes, ce qui renforce l'autorité du roi en court-circuitant la pyramide féodale.

En Bretagne, à partir du milieu du XIIIe siècle, et jusqu'au siècle suivant, le pouvoir royal s'ingénie à déposséder le duc de son autorité en faisant faire appel des décisions du Parlement de Bretagne devant le Parlement de Paris. Le duc interdit cette pratique, le roi feint de la condamner, mais laisse sa cour de justice parisienne instrumenter. La justice devient un instrument politique.

Un peu plus tôt, dans les toutes premières années du XIIIe siècle, lorsque Philippe Auguste a confisqué la Normandie et d'autres provinces plantagenet, c'est au nom du crime commis par le plantagenet Jean Sans Terre dans l'assassinat du jeune duc Arthur de Bretagne, ce crime fait de Jean un félon, l'Anglais est déchu de tous ses droits féodaux par le Parlement de Paris et, tranquillement, Philippe Auguste tire la conséquence logique de cette décision de justice : il confisque l'empire plantagenet en France. La justice a servi sa politique de pouvoir. Et personne ne proteste. C'est seulement lorsque les rois d'Angleterre, au siècle suivant, se prétendront rois de France qu'ils pourront faire croire que leur empire leur revient, avant de le perdre définitivement.

Ainsi procèdent les États-Unis en développant une conception extrêmement extensive de leur pouvoir juridictionnel, conception qui n'existe que parce qu'ils sont les plus forts. Le droit désarmé est un eunuque. Ils sont au-dessus de ce droit, puisque c'est eux qui disent le droit. C'est leur lecture de l'après-Guerre Froide, qui leur permet de se situer toujours dans le bon camp, celui de la justice, en fait de leur justice. Ainsi un pouvoir politique profondément corrompu utilise-t-il la corruption des autres pour s'emparer de leurs avoirs. En d'autres temps, on eût parlé d'un pouvoir mafieux. Mais patience : cela n'aura qu'un temps.

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27/05/2015

1945 : après l'épreuve, l'espérance

Quatre nouvelles figures de la Résistance rejoignent Jean Moulin au Panthéon. On se souvient de l'extraordinaire et inégalable discours de Malraux, saluant l'entrée de Moulin et de son cortège d'ombres dans le caveau d'honneur de la patrie reconnaissante. D'autres dépouilles mortelles y étaient déjà conservées, on en a mis d'autres encore depuis, comme un symptôme de la fièvre mémorielle qui tient la France alitée depuis quelques décennies.

Mais ne boudons pas l'événement : fièvre mémorielle peut-être. Personnages quand même. Figures, même. Deux martyrs : Pierre Brossolette et Jean Zay ; deux survivantes flamboyantes : Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle. Deux hommes, deux femmes, un juif, une forcément gaulliste, les différents visages de la Résistance.

Le nom de Pierre Brossolette m'est familier. J'ai fait mes études secondaires dans un vieux lycée un peu décrépit mais alors plein de prestige, le lycée Janson, dans le XVIe arrondissement de Paris. Juste en face, rue de la Pompe, il y avait une librairie tenue par un homme aux cheveux gris, où j'achetais en général mes livres de classe. On ne faisait pas là la queue comme à la grande librairie Lamartine, qui faisait le coin de la rue suivante. Le libraire, costume gris, teint gris, tout à l'avenant, attendait la retraite. Sur sa petite librairie, on avait apposé une plaque officielle à la mémoire de Pierre Brossolette. Celui-ci nourrissait donc les conversations des élèves. Dans ces années 1970 finissantes, la Seconde Guerre Mondiale appartenait encore au passé récent. On disait que Brossolette, pour échapper à ses tortionnaires, s'était défenestré. Image impressionnante pour des gamins de douze ou treize ans.

Pierre Brossolette

Jean Zay fut l'un des grands ministres de l'Éducation et des Beaux-Arts, comme l'on disait à l'époque. Et j'écume à l'avance de l'odieuse récupération que Hollande ne pourra s'empêcher de faire de sa mémoire au soutien de la déshonorante et néfaste réforme du collège qu'il tente de faire ingurgiter par notre pauvre France fatiguée.

Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle me fournissent l'occasion de dire un mot sur cet après-guerre dont nous célébrons en ce moment le soixante-dixième anniversaire. On a rarement connu femmes plus lumineuses que ces deux-là, plus engagées dans leur époque, plus sereines devant les énigmes du monde. Elles n'étaient pas seules, en 1945. L'essentiel de la Résistance était de ce bois-là. Le principe même de la résistance intérieure reposait sur un idéalisme forcené, et c'est une génération entière qui est sortie de la guerre comme forgée par l'épreuve du feu.

Il y avait longtemps que les grands mots de l'idéal n'avaient plus résonné dans les couloirs de la République. Avec cette génération de résistants, ils fusaient partout. Idéalisme que rien ne pouvait retenir, même pas les vilaines manies accumulées pendant la longue et lente agonie de la IIIe République. Idéalisme, l'appropriation des groupes de presse par leurs journalistes, et l'interdiction de la propriété des journaux faite aux marchands d'armes et aux maîtres de forges. Idéalisme, les ordonnances de 1945. Idéalisme peut-être au point de ne pas comprendre ce qui se passait en Algérie et en Indochine. Idéalisme dans une France interrogée par elle-même.

Il est un peu effrayant d'entendre une dernière fois ces voix éteintes, ces voix de femmes qui ont connu les camps de concentration nazis, qui en sont revenues, et dont on a l'impression que le témoignage nous a prémunis pendant des décennies de sombrer de nouveau dans l'épouvante. Ce chemin de sept décennies, la fin de l'erreur coloniale, la construction hésitante de l'ensemble européen, la reconstruction de la France, puis l'érosion de ses idéaux, rongés par la cupidité et par l'instinct de destruction, tout cela semblait protégé par leur témoignage.

Et maintenant ? Maintenant qu'il n'y a plus, dans les sphères du pouvoir, personne pour porter l'idéal, que va-t-il se passer ? Vers quel brouillard nous laisserons-nous conduire ? Et maintenant ? Maintenant que des forces historiques d'envergure tellurique réclament leur poids de sang, maintenant que la folie barbare de la guerre totale campe de nouveau sous nos portes, avec son lot farouche de massacres et d'ignominies, l'éruption de la haine ne trouvera plus ces voix claires, échappées du charnier, pour repousser l'abjection et pour retenir les cris de mort. En trouverons-nous d'autres ?

C'est plus que des martyrs et des héroïnes, qui entrent au Panthéon aujourd'hui. C'est toute une époque que l'on ensevelit avec eux et avec elles. Toute une page qui se referme, ne laissant devant nous que, selon l'expression de Georges Bidault, "l'avenir, où l'espérance et l'effroi se rencontrent au miroir des énigmes".

20/05/2015

Collège : Manuel Valls perd ses nerfs.

Comme pris de panique, le premier ministre a publié dans la nuit le décret décidant la réforme des collèges à partir de la rentrée 2016. Au soir d'une journée de grève et de défilés où les professeurs se montraient circonspects devant une réforme, une de plus, dont les effets s'annonçaient au moins ambigus, au pire néfastes, le premier ministre a jeté aux orties les promesses faites par sa ministre de l'Éducation Nationale, Mme Vallaud-Belkacem, qui avait annoncé que les professeurs seraient consultés sur la réforme.

Fi donc de la consultation. Voici les professeurs réduits à l'intelligence mesurée des soldats. Leur première vertu devient l'obéissance. Caporalisme. Antichambre possible du fascisme. C'est oublier que, contrairement au soldat, le premier rôle du professeur est de transmettre de l'intelligence. Il le fait d'autant mieux qu'elle irrigue toute la chaîne administrative d'éducation. Or l'intelligence est l'inverse de l'autorité. Elle a besoin de liberté.

Liberté pour les chefs d'établissements dans l'avenir. Peut-être. Cela résoudra-t-il tout ? Cela a-t-il amélioré la moyenne de nos universités ? Non. Cela améliorera-t-il la moyenne de nos collèges ? Non. Cela fera des bons chefs d'établissement des chefs de bons établissements, et donc, au lieu de l'égalité annoncée, cela créera de l'inégalité et, en fin de compte, on aura déplacé l'inégalité sans la réduire. Car par ailleurs, on aura ôté aux chefs d'établissements plusieurs instruments nécessaires aux objectifs qu'on leur fixe.

Pourquoi un tel geste d'autoritarisme ? L'autoritarisme est toujours un signe de faiblesse. Le fort n'a pas besoin d'user de son autorité : elle s'impose d'elle-même. Manuel Valls a dit comme le roi : "Nous voulons", mais ce roi est nu. Trouvant trop compliquée cette négociation avec les partenaires sociaux (que son gouvernement affiche de promouvoir par ailleurs), il a balayé le plateau de l'échiquier comme un vulgaire Fouché aux prises avec l'intelligence perfide d'un Talleyrand, oubliant que celui des deux qui gagne, à la fin, c'est Talleyrand. Comme l'a, paraît-il, dit Bonaparte, relayé par Camus, "il n'y a que deux forces au monde, le sabre et l'esprit ; à la longue, l'esprit l'emportera toujours sur le sabre". En voulant imposer le sabre à l'esprit, Valls a lui-même scellé son futur dans un sens qui ne lui plaira pas.

Par moments, ce petit homme a le regard fixe d'un fou enfermé dans une cage. Par moments, on devine qu'il a des rages terribles, de ces colères blanches qui marquent le débordement de caractère des vrais faibles aux prises avec la complexité de réalités qui les dépassent. Il y a de l'épileptique, chez Valls, et du Caligula. Demain, il nommera son cheval sénateur.

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Il aime les États-Unis, il aime Israël, tout cela est bien et nous ne pouvons dire que "tant mieux". Mais il devrait d'abord, et avant tout, aimer la France, l'aimer plus que lui-même, peut-être plus que tout, car sa mission politique de conduire le vaisseau des administrations publiques dans l'océan turbulent de l'époque, jusqu'au milieu du typhon, puis jusqu'au-delà, nécessite non pas la foi dans lui-même, ni la foi dans une puissance étrangère, mais la foi dans le peuple, dans les créateurs, dans les entrepreneurs, dans les inventeurs, et dans les fonctionnaires, dans son bateau, dans cette lourde machine si difficile à manœuvrer, mais si forte si on sait lui parler, et si capable de métamorphoser l'invention en prouesse historique.

Au contraire, nous avons l'impression que sa passion des pouvoirs étrangers, son zèle à les servir avant tout, pousse inconsciemment M. Valls à démolir ce qui marche en France, comme il l'a déjà fait. C'est cela, cette impression, qui ne le quittera plus et qui lui collera à la peau. Désormais, c'est "Valls le casseur". Il dit "nous avons engagé la refondation de l'école". Il a seulement ouvert la fosse commune sans avoir l'excuse de devoir y gagner son pain comme le pauvre fossoyeur de Brassens.

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09/05/2015

"In medio stat virtus"

À propos du coup porté à l'enseignement du grec et du latin par le projet de réforme du collège porté par le gouvernement actuel, François Bayrou n'a pas manqué de citer l'une des maximes latines qui ont fait les beaux jours des humanités classiques depuis plusieurs siècles. Cette maxime, je l'ai mise en titre.

In, en latin, est traduit comme de l'anglais et de l'allemand par "dans" ou "en".

Medio est l'ablatif d'un mot neutre, medium. Nous connaissons en français le mot latin medium comme un spirite, un intermédiaire entre l'Au-Delà ou entre les forces invisibles et notre conscience raisonnée. C'est en somme une interface, un moyen de communication. Le pluriel nominatif, vocatif et accusatif de ce medium est media. Les media sont en effet aussi un moyen de communication. Ils nous sont parvenus ainsi via l'anglo-américain, qui connaît depuis longtemps les "mass-media", moyens de communication de masse. Dans les années 1980, nous avons adopté ces media dans le sens de moyen de communication puis, comme la barbarie et le barbarisme se tenaient déjà bras dessus-bras dessous parmi nos élites, on lui a mis un s final absurde, et nous écrivons "médias". Mais si medium est un moyen de communication, le mot latin medium ne va pas jusque-là, il signifie le milieu. On le trouve dans le nom de la Méditerranée, composée de medi- forme dérivée de medium, et de l'adjectif terraneum, lui-même issu de terra la terre. La Méditerranée est un mer entourée de terre, presque un lac, salé. Les Romains nommaient cette mer Mare Nostrum, Notre Mer, parce qu'elle était entièrement incluse dans l'empire romain. Medium est donc le milieu, "in medio" signifie "au milieu".

Stat, du verbe sto, stas, stare, première conjugaison si ma mémoire est bonne, est la troisième personne du singulier. Sto, stas, stat. Ce verbe stare se retrouve dans les mots français stable, constat, station, état, par exemple. On le traduit d'une façon classique par "se tenir".

Virtus est l'un des faux amis préférés des latinistes qui étudient en même temps la littérature française du Grand Siècle, qui l'a employé dans le même sens que le latin, cependant que le siècle des Lumières, qui suit le Grand Siècle, l'a utilisé plutôt dans un sens dérivé, celui que nous connaissons (plus que nous ne le pratiquons) aujourd'hui : la vertu. En latin, comme au XVIIe siècle, il signifie courage. Corneille, excellent latiniste. Racine, excellent latiniste ET excellent helléniste.

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La construction de la phrase latine autorise l'inversion de la forme ordinaire : le sujet suit le verbe. "In medio stat virtus" pourrait être réorganisé en "Virtus stat in medio", mais en plaçant in medio avant le verbe, l'auteur de la citation a tenu à insister sur cet "in medio". Il a donc voulu signifier non pas seulement "Le courage se situe au milieu", mais plus fort : "C'est au milieu que se situe le courage".

Au milieu de quoi ? Au moyen terme, à équidistance entre deux opinions trop tranchées. L'équilibre consiste à ne pas se laisser entraîner par une posture trop virulente. S'en tenir à la modération, faire preuve de tempérance, ne pas céder aux hurlements des foules symétriques. Choisir de pondérer, ne pas tomber dans l'excès, c'est le vrai courage. In medio stat virtus.

04/05/2015

#PJL renseignement, c'est non

Voici le code d'une bannière à placer sur votre site ou blog

<p style="text-align: center;"><a href="https://sous-surveillance.fr"><img style="border: 0;" src="https://wiki.laquadrature.net/images/1/14/Pjl_rens_button.png" alt="Non à la loi renseignement" title="Non à la loi renseignement"></a></p>

 

Si j'arrive à me rappeler où se trouve la page source du mien, je la placerai vite.

Tant que l'inacceptable n'a pas été ôté, le projet de loi Renseignement (ou Surveillance), c'est NON.

18:54 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : internet, surveillance, renseignement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/04/2015

L'acceptable et l'inacceptable dans le projet de loi renseignement

À la demande des services spéciaux français, le gouvernement a proposé au législateur de donner un cadre légal modernisé à l'activité de ces services spéciaux. Dans ce domaine comme dans tous les autres, les nouvelles technologies de l'information et de la communication bouleversent les méthodes d'action. Elles posent d'ailleurs une question qui ne s'était plus posée depuis l'établissement de la poste aux XVIIe et XVIIIe siècle : ne serait-il pas plus efficace pour prévenir les crimes et délits d'ouvrir tous les messages postés pour y déceler d'éventuels forfaits à venir ?

Or si la monarchie a pioché dans le courrier sans grande retenue, la Révolution Française (sauf sous la Terreur) a jugé au contraire que le secret de la correspondance était intimement lié aux droits de l'être humain qu'elle promulguait par ailleurs. Cette décision fut à peu près respectée par la suite, et la conquête des libertés individuelles s'accompagna d'un rôle croissant des juges pénaux dans l'ouverture éventuelle des courriers à fin de justice. L'article 66 de la Constitution de 1958 institue l'autorité judiciaire en "gardienne de la liberté individuelle", ce qui couronne cette évolution en soumettant l'ouverture du courrier, comme celle du domicile, à la décision d'un juge, mesure strictement individuelle.

Longtemps, les services secrets se sont affranchis de cette tutelle au nom de la Raison d'État. Mais la loi de 1991, qui encadra pour la première fois leur activité, ramena le juge sur le devant de la scène, en l'occurrence le juge spécialisé contre le terrorisme.

Malgré toute cette longue évolution, le projet de loi dit "projet de loi renseignement" tente un retour en arrière, s'abritant sous l'incompréhension générale qui accompagne l'actuelle révolution numérique. Exit le juge, retour de la décision administrative déjà appliquée à un quart des écoutes téléphoniques, alors même qu'en bonne logique, il serait sage de soumettre l'ensemble de ces écoutes à des décisions de justice. Il vaudrait mieux niveler le droit par le haut plutôt que par le bas. Cela étant, il est possible que l'activité particulière des services spéciaux nécessite absolument certaines émancipations. Dans ce cas précis, qui doit être strictement encadré, il faut laisser faire, à mon avis. Or je doute que cela concerne la totalité des actuelles écoutes administratives.

Donc étendre ce droit mal contrôlé au numérique et à l'ensemble de la population revient à une régression historique majeure. C'est cela qui est inacceptable, et d'ailleurs inconstitutionnel : le rôle insuffisant du magistrat, du juge judiciaire, qui doit partout jouer le rôle que la Constitution lui assigne. Quitte à former plus de juges spécialisés.

L'autre aspect inacceptable, ce sont les dispositifs qui ont été surnommés les "boîtes noires", des mouchards installés en parasites sur les hébergeurs de contenus. Les hébergeurs ont d'ailleurs protesté à juste titre contre ce vilain rôle qu'on leur fait jouer. Il faut se rappeler que le principe du secret de la correspondance a été décisif dans le succès de la Révolution industrielle, au même titre que la protection des brevets. Si la Révolution numérique ne bénéficie pas du même confort, elle échouera d'une manière ou d'une autre et tournera en eau de boudin.

Enfin, il serait particulièrement ironique que les États-Unis, qui se sont si fort targués d'avoir vaincu le totalitarisme soviétique, imposent à leurs alliés une surveillance de la population dont les dirigeants soviétiques, même dans leurs délires les plus fous, n'ont jamais osé rêver. Récapitulons donc : inacceptable que le rôle du juge dans la protection de la liberté individuelle ne soit pas respecté. Inacceptable la surveillance universelle qui fait de tous les citoyens des suspects.

Acceptables, en revanche, toutes les mesures individuelles prévues par le projet de loi, du moment qu'elles sont contrôlées par un juge. Chacun sait que c'est par le renseignement direct que l'on obtient les bons résultats. La surveillance universelle n'aboutit jamais qu'à des abus de pouvoirs et qu'à des instruments de domination politique comme le dispositif américain le démontre à l'envi. Faisons confiance au Conseil Constitutionnel pour veiller à nos libertés. 

12:22 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liberté individuelle, internet, la poste | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/04/2015

Trafics d'humains en Méditerranée

La multiplication des noyades de migrants en Méditerranée souligne l'impuissance des pays riches à décourager les pauvres de venir chercher l'Eldorado chez eux. Des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, jetés sur les mers par une cruauté ou l'autre, se trouvent chaque jour plus en danger que la veille. La cupidité des trafiquants et l'égoïsme des peuples européens versent ensuite des larmes de crocodile sur les morts de ces traversées tragiques.

barbaresques.jpgIl semble qu'une malédiction condamne la Méditerranée à porter depuis toujours des cargaisons humaines. Les Grecs, les Romains, les Arabes, et beaucoup d'autres, n'ont cessé d'acheminer sur elle leurs horribles frets humains d'esclaves. En principe, les naufragés d'aujourd'hui ne sont plus des esclaves, mais les otages de toutes sortes de mafias qui se servent de leur détresse et qui profitent d'eux pour passer aussi armes et drogues, parfois sous couvert de bigoterie. La férocité et les grands mots servent alors de méprisables paravents à des activités plus méprisables encore. Le brigandage rit de ce qu'il effarouche.

Autant le dire tout de suite : aucune politique d'immigration raisonnée, ni de quotas, ne viendra à bout de cette détresse. Les États-Unis ont tout cela depuis belle lurette, et cela ne les empêche pas de recevoir une immigration clandestine massive et d'ailleurs, disons-le, productive. Non, la seule solution consiste dans l'accélération du développement économique (déjà bien amorcé pour un nombre croissant de pays de l'Afrique subsaharienne) et surtout, dans des politiques de paix civile efficaces. Un Boko Haram, ce sont des dizaines de milliers de civils qui fuient. Nécessité fait loi.

09/04/2015

TV5 Monde : qui la Francophonie dérange-t-elle ?

La chaîne de télévision TV5 Monde vient d'être victime d'une cyberattaque d'une force inégalée. On peut évidemment noter qu'il s'agit encore une fois d'un instrument de propagation de la culture qui subit ainsi les foudres de terroristes. Or en l'occurrence, il ne s'agit pas de n'importe quel instrument, ni de n'importe quelle culture : TV5 Monde est l'outil médiatique commun le plus important de la Francophonie mondiale. Qui donc est ainsi gêné par la Francophonie ?

À en juger par le peu d'éclat donné par les autorités françaises à la semaine de la Francophonie, le mois dernier, on pourrait juger pourtant qu'il n'y a plus de match, et que la France a perdu toute ambition culturelle. Jamais un secrétaire de la Francophonie n'a été aussi absent de nos ondes que l'actuelle titulaire du poste, une dame haïtiano-québécoise pourtant fort sympathique à entendre. Tout semble joué, l'anglophonie d'internet, l'anglomanie de la Commission européenne de Bruxelles, semblent fossoyer sans résistance française le retentissement d'une langue qui n'est pas seulement un véhicule de langage, mais qui charrie avec elle les traditions de mille ans de pensée libre, laïque et cartésienne, et la puissance de l'idée républicaine et de ses trois mots-clefs : liberté, égalité, fraternité.

C'est donc sur une ambulance qui transporte un patient en coma dépassé qu'une main encore anonyme vient de tirer. Anonyme ? S'agit-il d'un salafiste irrité de la persistance d'une idée laïque par le moyen de la langue française au Maghreb ? S'agit-il d'un djihadiste irrité de la résistance du Sahara à l'arabisation que ses brigands déguisés en soldats de Dieu tentent d'y opérer, malgré son cortège de milliers d'années de traite des esclaves vers la Méditerranée ? S'agit-il des amis du criminel Kagamé dont les mains ruissellent encore du sang de centaines de milliers de ses compatriotes ? Certains doivent déjà le savoir.

Ce crime contre la pensée sera-t-il en tout cas l'occasion d'un sursaut de la Francophonie ? Espérons-le. D'un mal sort parfois un bien.

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07/04/2015

Jean Germain : la dépression d'un battu

La mort soudaine du sénateur et ex-maire de Tours, Jean Germain, retrouvé mort près de chez lui avec une lettre d'adieu, rappelle que la vie politique n'est pas une activité comme les autres. Germain avait été battu voici tout juste un an aux élections municipales à la suite des révélations de l'affaire dite des "mariages chinois". Ce peut être une occasion de relire le billet de l'Hérétique sur l'affaire du député Demange en 2008, qui a quelques points communs inattendus avec celle du sénateur Germain, même si ce dernier n'est jamais tombé au degré d'infamie du premier.

Moi qui n'ai jamais été ni maire, ni député, je peux témoigner de l'intense cruauté qui s'attache à la sortie non souhaitée d'un mandat politique qui occupe toute votre vie. Lorsque j'ai terminé mon mandat d'adjoint au maire du XVIe arrondissement de Paris, en 2001, n'ayant pas été réinvesti par mon parti, l'UDF, et subissant l'attaque locale du député Goasguen, je suis entré dans un véritable trou noir. Les dernières semaines avant le vote avaient été sauvages. La meute des jaloux qui souhaitaient mon poste dans mon parti hurlait partout "sortez les sortants", ce que je vivais comme une injustice, ayant choisi de rester dans l'UDF alors que tous les autres élus de cette famille politique dans cet arrondissement avaient opté pour le parti de Madelin, Démocratie Libérale. Il me semblait que l'on reconnaissait mal la fidélité, sans parler de la qualité de mon travail d'élu, qui n'a jamais reçu aucune critique, sauf l'incident du mariage d'Emmanuel Petit dont j'ai parlé ailleurs, et qui ne concernait que le microcosme de la mairie.

Lorsque l'on cesse ses fonctions sans l'avoir souhaité, on porte en soi un vide immense. Un deuil. Personne ne vous téléphone. Personne n'exprime la moindre compassion. C'est le noir le plus total.

Encore n'ai-je exercé ces fonctions que pendant six ans. Et finalement, je suis heureux d'avoir opté pour un autre chemin, fermement assis sur la résolution de n'être plus jamais candidat à une élection politique.

Dans le cas du sénateur Germain, cette sidérante viduité s'est accompagnée d'une autre sidération : celle de se voir accusé dans l'affaire dite des "mariages chinois". Il s'agissait de mariages fictifs organisés par un tour-opérateur chinois, avec la coopération d'une société française dirigée par une adjointe de Germain. Le mélange des genres entre public et commercial était total, peut-être bénéficiait-il à la ville de Tours, cela n'est pas certain, mais on comprend que la justice ait mis son nez dans l'affaire.o-JEAN-GERMAIN-facebook.jpg

À la foudre de la perte de la mairie s'est donc ajoutée celle de cette accusation dont il a senti le poids et la crédibilité. Je ne peux pas me prononcer sur l'éventualité de la condamnation de Germain. Il est innocent pour toujours, puisqu'il n'a jamais été condamné. Il a payé cher cette innocence perpétuelle. S'il y a une mafia chinoise à l'autre bout de la chaîne, on peut d'ailleurs s'interroger sur la réalité du suicide, mais c'est une autre histoire, car la réalité de la dépression était lisible sur les traits du sénateur Germain depuis sa chute municipale dans les rares interviews télévisées disponibles.

Que les partis politiques, ces meutes en quête de charogne, daignent un jour se regarder dans un miroir. Qu'une main se tende vers un battu, qu'il y ait toujours un vrai ami pour ceux qu'emporte une perdition intérieure, et ils auront retrouvé un peu de la dignité qui leur manque si fort, et ils auront recouvré un peu du droit de recevoir le suffrage du peuple.

06/04/2015

Religions et révolutions

En ce lendemain de la fête chrétienne de Pâques, et au surlendemain de la fête juive de Pessah, alors que la RATP s'enfonce dans un curieux débat à propos d'une affiche d'un concert du groupe de musique des Prêtres organisé pour le secours des chrétiens massacrés en Orient, il est utile de rappeler que les religions, qui sont globalement conçues comme un instrument de conservatisme, voire d'obscurantisme, ont pu jouer un rôle historique majeur en formalisant des révolutions historiques.

Le sacrifice d'Abraham, par exemple, illustre de la façon la plus explicite une révolution majeure de l'Histoire de l'humanité. Cette révolution n'a pas eu lieu partout en même temps, les civilisations ne l'ont pas toutes vécue en même temps, ni de la même manière. Il s'agit de l'abandon du sacrifice humain, pour passer au sacrifice animal. Cet abandon consacre la dignité ontologique de l'être humain qui, à ses propres yeux, cesse d'être un animal comme les autres.

L'histoire est connue : Abraham interroge ce qu'il croit être son dieu, ce dieu lui ordonne de sacrifier son fils. Abraham accepte. Alors le dieu, confiant dans son obéissance, lui indique qu'il n'a plus besoin du sacrifice humain et que, par substitution, il va désormais sacrifier un bélier. Ce bélier auquel le Christ, dans une prière fameuse, se substitue à son tour : "Je suis l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". C'est la deuxième révolution historique : l'abandon du sacrifice animal. Le rite de communion se substitue à celui du sacrifice.

On peut gloser sur les traces de sacrifice animal qui subsistent cependant dans le rite plus ou moins formel de l'agneau pascal, on peut surtout regretter que le judaïsme et l'islam, à travers leur exigence d'un abattage rituel, conservent encore d'autres traces de ce sacrifice archaïque. C'est que les révolutions historiques ne se font pas partout à la fois. Elles sont ici symbolisées plus qu'incarnées, et d'ailleurs, les religions monothéistes, celles que nous nommons les religions du Livre, ont plus souvent incarné le conservatisme que la nouveauté depuis l'entrée dans les temps modernes. C'est que le principe même du rituel, avec la fin des civilisations agraires, a perdu l'essentiel de son effet, donc de son sens.

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26/03/2015

UMP, PS, FN, c'est kifkif ?

Dimanche, les électeurs de France seront appelés à voter pour le second tour des élections départementales. On peut s'attendre à des records d'abstention. Pourtant, voter est un acte qui vient des tripes, un acte qui engage les viscères. Aimer ou détester un pouvoir politique fait partie de l'état naturel du citoyen. L'opacité de l'activité politique et les doutes multiples qui planent sur elle désamorcent le taux d'adrénaline que devrait produire le vote. De là sans doute la tentation de l'abstention.

Il faut dire aussi que lorsque l'on nous explique qu'un candidat qui appelle aux ratonnades, ou un candidat qui pense que le seul bon étranger est un étranger mort, eh bien, c'est la même chose qu'un candidat qui opère de mauvais choix économiques, sociaux et sociétaux, on ne donne pas non plus envie de voter, car cette idée est un pur scandale. C'est un danger extrême. Le fait que l'UMP ne soit pas capable de considérer qu'au minimum, les candidats qui appellent au meurtre doivent être battus coûte que coûte, ouvre devant la France un gouffre mortifère. Et lorsque Juppé estime qu'il a gagné contre Sarkozy, parce qu'il a obligé celui-ci à reconnaître que le MoDem peut faire partie de sa majorité de droite, j'ai envie de lui répondre qu'ils ont perdu tous les deux, et Juppé et Sarkozy, parce qu'ils n'ont pas su empêcher l'essentiel, et qu'ils n'ont pas su affirmer les valeurs les plus élémentaires de la démocratie, de la République et de l'humanisme.

Je sais bien que pour se défendre, la droite a raison de stigmatiser l'antisémitisme déguisé en antisionisme d'une partie des réseaux de la gauche ultra. Mais elle n'a pas été capable de sortir le nom d'un seul candidat du PS et de ses alliés présent au second tour qui ait personnellement lancé des appels au meurtre ou au lynchage. Tandis que ce que nous reprochons à des candidats d'extrême droite, ce sont leurs propres écrits publics. Le jour du vote, nous votons pour des candidats.

Il y a une faute morale dans le fait que l'UMP n'appelle pas à faire barrage au FN coûte que coûte. Il y a une faute historique pour l'UMP à ne pas faire barrage coûte que coûte à celles et ceux des candidats dont les propres déclarations ne conduisent qu'au meurtre de masse ou de détail.

C'est un débat que j'aurais avec Jean Ferrat aussi s'il était encore vivant s'il continuait à acclamer, parmi les grands noms de la France, celui de Robespierre ("Cet homme qui portait dans son nom son métier et son cœur", selon l'énorme expression de Victor Hugo dans "93", son métier, la robe, et son cœur, la pierre), car le rôle principal de Robespierre fut de guillotiner tous les autres révolutionnaires et son unique mérite l'incorruptibilité. Si le fait d'être incorruptible mène à faire guillotiner ses amis et des êtres aussi généreux et utiles que Desmoulins, on se demande s'il n'y a pas plus de mérite à se laisser corrompre, en fait. Heureusement, on peut être honnête sans dresser les poteaux de la Veuve sur la place de la Concorde. Mais on doit choisir ses références.

Donc pour ce second tour, ce que nous devons examiner, c'est le message personnel des candidats. Les appels au meurtre doivent être partout combattus coûte que coûte. S'il fallait voter pour un stalinien d'aujourd'hui (ils ne sont plus ceux d'hier) pour faire battre un FN qui a personnellement écrit qu'il faut descendre dans la rue pour y mener la chasse aux Arabes, je le ferais, j'irais jusque-là, qui serait la seule motivation de mon vote pour un stalinien, à condition bien entendu que le stalinien ne danse pas chaque soir dans la rue en chantant qu'il faut pendre tout le monde par les tripes à la porte des préfectures, cas où je ne voterais pas, mais où je déménagerais assez vite pour changer de circonscription, car se retrouver à avoir à choisir entre deux assassins en puissance, c'est déprimant.

On comprend que la gradation de la désapprobation inspirerait mon vote. Comme dit le vieil adage, au second tour, j'élimine. Il n'existe aucun cas où je voterais FN. On a vu le seul où je voterais stalinien. Je pourrais voter écolo, sauf pour quelques-uns qui sentent le soufre. Si j'habitais Notre-Dame des Landes, je ferais comme 36% des électeurs du premier tour, je voterais évidemment écolo, pour qu'y soit définitivement et officiellement abandonné le projet funeste d'aéroport. Je n'aurais aucun mal à voter UDI, j'ai beaucoup d'amis personnels dans cette famille politique. Et je reste encore plus proche de Bayrou et de ses amis du MoDem. Dans les face-à-face UMP-PS, j'essaierais de mettre de côté la politique nationale pour examiner d'abord les enjeux locaux.

La gestion des collectivités locales par le PS est en moyenne défectueuse. Cependant, il faut évaluer la crédibilité de l'UMP locale à faire mieux, ce qui n'est pas toujours gagné d'avance. Et parfois, à force d'entendre des UMP dire que FN et PS, c'est kifkif, on finit par trouver que certains UMP et le FN, c'est aussi kifkif, tandis que sur les sujets sociétaux, qui entrent en ligne de compte, le PS fait mieux que ces UMP simili FN. Dans ces affrontements locaux, j'appliquerais, si j'avais à voter en plusieurs endroits, la méthode résumée par Voltaire lorsqu'il décrivait le théâtre de Marivaux : "des œufs de mouche pesés dans des balances de toile d'araignée". Au microgramme près.

Il reste à dire un mot de la circonscription départementale où je vote. C'est un morceau du Finistère, département où le premier tour suggère un statu quo de majorité départementale à venir.  Il s'agit du "canton" de Plonéour-Lanvern. La situation n'y est pas facile pour les candidats qui représentent la droite. Je crois que ce binôme est fait de deux UDI, je ne les connais personnellement ni l'un ni l'autre. Je connais en revanche depuis longtemps le maire de Plonéour, Michel Canévet, depuis peu sénateur. J'avais même avec lui des relations plutôt cordiales. Mais son attitude et celle de certains de ses soutiens sont devenues étranges et ambiguës à mon endroit.

Ce binôme que je crois de centre droit a atteint le score de 35% au premier tour. En face, le total des voix des gauches atteint presque 35% aussi. Il y a eu un peu plus de 4% de régionalistes tendance "bonnets rouges" au premier tour et deux fois plus d'écolos. La gestion de l'écologie par le département a été plus que douteuse dans la dernière mandature, le choix d'installation de la centrale à gaz près de Brest est une aberration. Pour l'emporter, les centristes doivent donc trouver une alchimie d'âme bretonne et une vision agricole et environnementale aussi subtile que créative. Agriculteurs, bonnets rouges et écolos ont a priori beaucoup plus de divergences à aplanir que de conceptions communes, si bien que les amener sur le même vote est un exercice de synthèse stimulant. S'il y avait plus de temps pour y travailler, le sujet serait intéressant. Il ne reste plus que trois jours. Affaire à suivre.

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20/03/2015

La culture, pour résister

L'attentat de Tunis, peu de temps après les destructions spectaculaires commises par le  soi-disant "État islamique" dans des musées irakiens, projette une ombre grimaçante sur le crétinisme militant revendiqué par l'ancien président Sarkozy et sur la décision qu'il a prise, seul, de détruire l'État libyen. Les armes jetées alors sur ses ordres au hasard du désert libyen ne sont pas étrangères à celles qui viennent de tuer au Bardo, à Tunis. Sa folie barbare produit dans cette affaire des conséquences d'une redoutable cohérence, un bain de sang et une estocade contre la culture.

En face, on attendrait une lueur élémentaire d'intelligence et de tact, le sens de la répartie et le bon choix des réponses. Espérons que les Tunisiens se sortiront de cette nouvelle épreuve, c'est un peuple résistant qui se construit un nouveau destin. Faisons-lui confiance. Le gouvernement français, en revanche, nous accable en ce moment précis.

Tout d'abord, cette sempiternelle et inutile réforme du collège, alors que c'est dans le primaire, avant le collège, que l'essentiel se joue, et qu'un élève qui sort du primaire sans maîtriser ni la langue française ni les fondamentaux du calcul perd la plupart de ses chances devant les étapes suivantes. Au fond, cette péripétie ne mérite qu'un haussement d'épaules, un de plus en attendant le sursaut. Seulement voilà que s'y cache la stupidité la plus malfaisante : l'affaiblissement, une fois de plus, des langues anciennes. Nos élèves sombrent, enfonçons-les. Tout cela au nom des intentions les plus mielleuses pour les pauvres petits choux. L'égalitarisme contre l'égalité, le nivellement par l'ignorance, la fabrication patiente et glaciale d'un peuple sans mémoire, sans culture, sans horizon, purement assujetti à la logique du nombre.

Ce peuple-là, forgé par des décennies d'école ratée, est capable de voter pour le Front National. Nous le voyons, ces jours-ci. Il ne réclame pas l'égalité, il veut de l'inégalité, toujours plus, et toujours plus pour lui, en particulier, car en votant ainsi, ce qu'il réclame, ce sont des privilèges, des privilèges pour lui, rien que pour lui, des passe-droit. Foin de la République, il n'en connaît ni les grandes dates ni les grands principes. Foin du bon sens, on ne lui a fourni que de la bouillie mentale en exemple, et des généreux sentiments qui ne l'ont mené nulle autre part que dans l'impasse. On l'a plongé dans le brouillard de l'ignorance, il y cherche non pas de la lumière, mais une meute à rejoindre pour s'y tailler un petit royaume chimérique, et pour emplir sa panse. L'égalitarisme contre l'égalité. Comme disait Victor Hugo, "Tous hurlent à la fois et font un bruit sinistre".

Oui, nous le voyons bien, l'ennemi est partout différent, mais il est partout le même. Les salafistes, le FN, c'est le même combat. Ce combat qui veut asservir l'esprit humain a forcément pour premier ennemi la culture. La culture qui éduque, qui donne de la distance sur l'événement, qui apprend à ne pas se laisser guider par la première émotion, mais que l'on est plus fort lorsque l'on est raisonnable, et plus perspicace lorsque l'on dispose de vocabulaire et de références. La culture qui exalte le beau, le beau qui n'est pas partout le même mais qui, partout, rend répugnants les bains de sang. La culture qui élève le cœur et qui fait de l'homme un citoyen, et du citoyen un artiste, un créateur, un bâtisseur de plus.

Il n'y a pas que les salafistes et le FN. Souvent, l'on est confronté à la logique fruste de responsables politiques exclusivement matérialistes. Pour eux aussi, la culture est a priori un ennemi. Les programmes archéologiques ralentissent les réalisations urbanistiques et réduisent la profitabilité des promotions immobilières. Tout ça sont des vieilleries, poussière sur poussière. Les artistes sont incontrôlables. Ce sont des Roms, au fond, des valetailles de romanichels, des traîne-patin et des crève-misère, un peu voleurs de poules, un peu rouges en leur for intérieur. Pas assez bourgeois, pas convenables, pas guidés par l'argent comme tout le monde. Suspects.

Dans les années 1970, la ville de Quimper, effrayée par les lendemains de 1968, refusa l'installation de l'université finistérienne sur son territoire. Négligeant pour une fois sa rivalité séculaire avec Brest, elle laissa ce dangereux foyer de sédition se créer dans cette autre ville. Aujourd'hui, quarante ans après, le bilan est désastreux et les matérialistes eux-même le comprennent. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc. Par exemple, les études historiques ont démontré qu'au XVIIe siècle, ce qui fit l'essor de Quimper, ce ne fut pas seulement son tribunal, mais son collège des jésuites, vers lequel des élèves affluaient par centaines venus d'un peu partout, et qu'il drainait vers elle. Dans une ville de 7000 habitants, 1000 élèves au collège (qui n'était pas alors obligatoire), cela faisait combien d'emplois ? Combien pour les nourrir ? Combien pour leur fournir des livres ? Et de l'encre ? Et des vêtements ? Et combien de ces élèves, ensuite, garderaient la nostalgie de cette ville où ils avaient grandi au monde ? Quel réseau d'influence formeraient-ils à son profit ? La culture d'aujourd'hui, ce sont les emplois de demain. En refusant l'université il y a quarante ans, Quimper a scellé pour une durée indéterminée, mais déjà bien entamée, son enlisement économique.

Mais revenons aux autres, aux salauds, à Sarkozy, à BHL, aux salafistes, au FN, à toute cette clique sanguinaire et cupide. Il n'y a pas à chercher beaucoup pour comprendre que leur ennemi, c'est la culture. N'importe qui a lu l'essentiel de Victor Hugo, de Balzac, l'Histoire des Girondins de Lamartine, l'Argent et la Curée de Zola, les Thibault de Martin du Gard, Vol de Nuit de Saint-Exupéry, l'Éducation européenne et la Promesse de l'Aube de Gary, le Livre de ma Mère d'Albert Cohen, la Peste de Camus, des poèmes de Césaire et la Tragédie du Roi Christophe, n'importe qui a vu la Règle du Jeu et la Grande Illusion de Renoir, les Mémoires d'un Tricheur de Guitry, la Belle et la Bête de Cocteau, Nuit et Brouillard de Resnais, le Président et Mille Milliards de Dollars de Verneuil, n'importe qui a cherché son chemin dans un tableau de Poussin ou de Manet, n'importe qui écoute de temps à autre un morceau de Mozart, sera imperméable à leurs foutaises et pourra leur réserver tout ce qu'ils méritent : un bras d'honneur.

Dans ce monde agité, fébrile, dangereux, nous n'avons donc rien de plus nécessaire à faire que de lire, de courir les musées, de hanter les cinémas et les théâtres. C'est cela qui est indispensable, ce superflu sans lequel nous ne sommes que de la chair à obscurantisme. Contre la puissance de l'argent, de la régression, de la haine, de l'oppression, notre arme, c'est la culture. Alors de grâce, Mme Vallaud-Belkacem, ne tendez pas à nos bourreaux le couteau pour nous égorger : rendez le latin-grec aux enfants de France. Rendez-leur l'éthique de la culture, de la culture pour résister.

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10/03/2015

Boute-feux, bains de sang et larmes de crocodile

L'immense majorité des humains, d'où qu'ils soient, ne veut que la paix et la concorde. Mais constamment, les boute-feux hurlent à la mort et réclament du sang, des pogroms et de la guerre. Dans les périodes de tension, des hommes et/ou femmes de bonne volonté tentent d'apaiser les esprits, mais il se trouve toujours un ahuri plus jusquauboutiste et plus boute-feu que les autres pour faire capoter les efforts de la sagesse et pour plonger le monde dans le bain de sang.

Le portrait entièrement à charge du roi François Ier, hier soir, sur la chaîne France 3, n'aurait pas mérité une seconde de commentaire autre qu'un mépris poli s'il n'avait illustré malgré lui ce ténébreux pouvoir des pousse-au-crime. Ce documentaire, qui a réussi à ne prononcer ni le nom de Léonard de Vinci, ni celui de Jacques Cartier, serait aussitôt retombé dans un oubli mérité s'il n'avait réussi, malgré lui il faut le répéter, à montrer comme l'engrenage de la haine est difficile à enrayer.

François Ier, homme de caractère heureux et solaire, ami des beaux-arts et doté d'un vrai goût, ce qui est aussi rare en politique qu'à la télévision française, vit monter la Réforme religieuse. Homme de conciliation et de faible sectarisme, il espéra jouer un rôle réconciliateur et, contre son ennemi Charles-Quint trop proche de l'Église de Rome, il s'aboucha avec des princes protestants, tout en soufflant le chaud et le froid sur les premiers protestants français.

Mal lui en prit : il reçut en pleine face l'affaire dite des Placards, des affiches incendiaires plus violentes que le plus violent des Charlie Hebdo, placardées un peu partout, notamment dans son propre château, et, dit-on, jusque sur la porte même de sa chambre. Ces affiches s'en prenaient en termes virulents au pape. Elles mirent François en difficulté, comme y sont souvent les modérés devant les outranciers. Il crut pouvoir manœuvrer mais dix ans plus tard, comme nous l'explique Ferrand avec moult détails évidemment affreux et intolérables, cet homme de compromis qui aimait les ouvertures audacieuses se résolut à l'impardonnable massacre qui fut le vrai point de départ des Guerres de Religion.

On aurait aimé une vraie réflexion sur l'affaire des Placards : qui sont ses auteurs ? quel est leur but ? Comprennent-ils qu'en défiant l'autorité royale jusque dans le palais même du roi, ils affaiblissent celui-ci alors même qu'il cherche (un peu à tâtons, disons-le) une solution de compromis pacifique ? Les boute-feux du départ n'ont-ils aucune part dans le massacre de l'arrivée ?

J'ai dénoncé pendant des années, vox clamans in deserto, les hurlements de ces boute-feux, les gesticulations de Bernard-Henri Lévy ont fini par éclabousser ses mains du sang de centaines de milliers de Libyens,  George W Bush devrait être traîné devant un Nuremberg et condamné à une prison perpétuelle. Tous ceux qui, au nom de quelque principe que ce soit, qui, en réalité, appellent au meurtre, méritent qu'on les fasse taire.

Il n'y a pas une France raciste aujourd'hui, pas plus qu'hier. Mais il y a la meute hideuse qui attire vers elle tous ceux que l'odeur du sang enivre, et qui, à leur tour, attirent vers eux toute la souffrance humaine, en quête de chimère, et toute la colère aveugle, en quête de boucs-émissaires. Daech, Boko Haram, ce sont de semblables fausses-couches de l'Histoire. De tous côtés, les loups hurlent à la mort, et les gens de bonne volonté tendent la main pour inviter à la paix. Au lieu de juger superficiellement et stupidement les personnages historiques, valorisons ce qu'ils ont offert d'exemple. Surtout si cela peut servir à la paix.

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25/02/2015

Dette et déflation sont liées

L'Europe s'enlise dans une inflation quasi-nulle et, ici ou là, des moments de déflation font craindre une bascule franche dans la déflation pure et simple. Aux États-Unis mêmes, la grande mollesse de l'inflation tempère les ardeurs de la Réserve Fédérale de remonter ses taux. Selon les derniers chiffres disponibles, le déficit budgétaire américain frôle encore les 5% du PIB, cependant que la croissance a dû plafonner autour de 2% en 2014. En France, nous en sommes à plus de 4% de déficit pour 0,x de croissance.

Que signifie cette différence entre déficit et croissance ? Elle signifie que, en 2014, les États Unis auront diminué la valeur de leur économie de presque 3%, la France de plus de 3,5%.

Or qu'est-ce que l'inflation mesurée à l'échelle macroéconomique d'un pays ? C'est l'augmentation de la valeur d'une production globalement mesurée, c'est le triomphe du produit sur la monnaie. Il faut de plus en plus de monnaie pour acheter le produit. Une augmentation de valeur. Or nous venons de dire que le différentiel (croissance - déficit des comptes publics) est une perte de valeur de l'économie. Cela signifie donc que le déficit budgétaire, chaque fois qu'il est plus fort que la croissance de l'économie en valeur, est une déflation.

600px-Assignat_de_15_sols.jpgC'est le triomphe de la monnaie sur le produit. Ce qui est recherché, c'est la monnaie, pas le produit. De là vient que nos économies sont en quasi-déflation : l'augmentation de la production en valeur y est plus que compensée par la destruction de valeur de l'économie par les pouvoirs publics, parce que ceux-ci cherchent avidement et désespérément de la monnaie pour financer leur activité.

Réduire la dette, c'est donc enrayer la déflation et remettre l'économie sur les rails. Hélas, ce n'est pas ce que nos autorités publiques font, ni en France, ni aux États-Unis. Pourtant, le risque d'implosion économique existe. Un jour, peut-être, faudra-t-il ouvrir des tribunaux pour juger ces dirigeants aveugles.

À moins ... à moins qu'un sursaut ne se produise. Espérons.

(Illustration : assignat, monnaie de la Ière République dont la valeur nominale s'effondra vite. Image prise sur Wikipedia).

 

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20/02/2015

DSK : complice de la saumure

Alors que l'on nous annonce de toutes parts une relaxe triomphale pour l'accusé Dominique Strauss-Kahn dans sa deuxième affaire hôtelière, celle du Carlton qui a succédé à celle du Sofitel, il faut avouer (et faute avouée est à moitié pardonnée) que ce mot triomphale qui, en grec signifierait triple nombril, laisse un goût amer.

Il ne s'agit nullement de juger ici le principe d'une vie sexuelle débridée, à un, à deux, à trois, à quatre ou à plus. Quoique. Brassens a chanté "Sitôt qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons", ce qui lui permettait de conclure qu'"au faisceau des phallus, on verra pas le mien". Non, sérieusement, du moment que l'affaire ne concerne que des adultes consentants, elle leur appartient. L'amertume est ailleurs.

Je pense d'abord à la France, qui a failli se retrouver avec ce qu'on ne peut plus nommer autrement qu'un pauvre type à sa tête, une espèce de faune dominé par des besoins charnels frénétiques qui, en réalité, le plongeaient forcément dans une sorte d'hystérie masculine. Un faune brutal, ne sachant pas entendre les désirs de ses partenaires et se livrant sans limite à ses propres penchants qui l'aveuglaient. Une brute qui réussissait à faire crier grâce et à arracher des larmes de souffrance à ces femmes si courageuses et si blasées et cuirassées que sont les prostituées de bas étage dont il faisait son ordinaire aux États-Unis comme en France.

Comment ? Lui ? Il ne savait pas que c'étaient des prostituées ? Mais que l'on relise ce qui s'écrivait partout, dans tous les journaux, au moment de l'affaire du Sofitel : à New-York, les prostituées ne voulaient plus se rendre à ses invitations. Et leurs "employeurs" ne voulaient plus les lui envoyer en mission, car elles revenaient trop abîmées. Abîmées par son sens de la fête, bien entendu. Pourquoi personne n'a-t-il rappelé ces faits ?

C'est peut-être que, finalement, nous avons eu pitié. Pitié, parce qu'il a paru pitoyable, ce grand homme si longtemps redouté. Il a fini par admettre que ses goûts dépassaient les limites de la rudesse ordinaire, et que cela pouvait ne pas plaire à tout le monde. Oui, nous avons eu l'impression que ses yeux s'ouvraient. Peut-être sortira-t-il de ce procès plus libre au sens psychanalytique qu'il n'y est entré. Peut-être y a-t-il exorcisé une ancienne douleur. Laquelle ?

Cet homme se pensant si viril aimait-il être marié à une femme si riche qu'elle pouvait lui offrir dix fois chacune des choses les plus folles qu'il ait osé imaginer ? A-t-il subi l'humiliation de se sentir inférieur à elle par le pouvoir et même (on n'en serait pas surpris) par l'intelligence ? Se vengeait-il sur ces autres femmes, en les dominant pour oublier qu'il n'était pas le plus fort chez lui ? Peu importe, finalement. On pense cependant aussi à Anne Sinclair, qui aurait tant aimé être celle qui ferait élire le premier président juif de France. Il y a dans tout cela les ressorts de la tragédie qui l'a emporté sur eux.

L'amertume vient aussi de cette impression qui ne nous quittera plus de sitôt que la justice, en France, n'est pas l'instrument neutre, indépendant et impartial que nous aimerions qu'elle fût. Plusieurs mois avant l'affaire du Sofitel, des courriels anonymes circulaient qui appâtaient sur le goût de DSK pour les partouzes, occasions pour lesquelles il lui arrivait de louer des péniches sur la Seine, et auxquelles on voyait souvent participer des filles trop jeunes, voire beaucoup trop jeunes.

Quelqu'un préparait l'opinion à la chute qui guettait l'homme du FMI. Il le pressentait lui-même, ce qui ne l'empêcha pas de tomber au Sofitel dans le piège qu'on lui tendait. Mais ce piège l'écartait d'un autre, celui du Carlton. D'une affaire crapoteuse et minable à l'autre, il se laissait balloter dans les prétoires par une main (ou plutôt deux mains séparées) qui instrumentalisaient la justice à des fins politiciennes. L'affaire du Carlton, au milieu de la campagne présidentielle de 2012, eût été une tornade qui eût emporté sans rémission la candidature de DSK dans la géhenne. Une curieuse main providentielle a sauvé la France d'un second mandat sarkozyste en multipliant sur le fragile DSK les tempêtes judiciaires. Strauss-Kahn fut en quelque sorte, et à son corps pour une fois défendant, le bouc-émissaire, la victime sacrificielle, non pas de l'élection de François Hollande, mais de l'interruption de la dérive politique profonde qu'imposait le sarkozysme buissonnier à notre pays. Il y a là évidemment un tiroir secret dans notre amertume.

Donc s'il fut un bouc-émissaire, une victime sacrificielle, on pourrait considérer qu'il a assez payé, au propre comme au figuré. Non, je ne crois pas, cependant, que nous en soyons là. Dans ce procès, comme d'habitude, les lampistes trinquent et les politiques s'en sortent. On a pourtant lu qu'il y avait bel et bien eu viol, encore une fois, de la part de DSK. Et, comme je l'ai dit plus haut, sa posture du "je ne savais pas qu'elles étaient prostituées" ne tient pas une seule seconde. D'ailleurs, dans le monde de l'échangisme, les prostituées sont (si j'ose dire) du "matériel" courant.

Oui, les politiques, les puissants, ceux qui se connaissent de près, qui se rencontrent, qui s'envoient des émissaires, qui dînent dans les mêmes restaurants et servent dans les mêmes corps, tous ceux-là s'en sortent, toujours, ils troquent une victoire dans un procès contre une victoire dans un autre, une relaxe ici, un renvoi en cour d'appel là, et tout le monde est content. Tout le monde ? Non, car nous, qui ne sommes pas de ces gens de si haut, nous pleurons l'indépendance encore perdue de notre pouvoir judiciaire qui nous semble partout éclater. Éclater en sanglots.

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