13/04/2014

Sauver le département ?

Nos élus ont parfois de la constance. Pas toujours, hélas, là où il en faudrait. Ils sont d'accord, droite comme gauche, sur un point, et depuis plusieurs années : il faut tuer le département. Au nom de cette décision jupitérienne, on a voulu chasser le numéro de département des plaques d'immatriculation. Les citoyens ont protesté, on leur a donc concédé, bon gré mal gré, le pouvoir de porter un numéro de département de leur choix sur leur plaque, et, devinez, aujourd'hui, TOUTES les plaques portent un numéro de département, et, si l'on y regardait de plus près, l'on s'apercevrait que dans 95% des cas au moins, il s'agit bien du département de rattachement de la voiture (on nous a servi une blague sur les Corses pour embrumer cette réalité).

Donc la réalité est là : les citoyens sont extrêmement attachés à leurs départements. En Alsace, ils ont même voté contre leur suppression. Qu'à cela ne tienne, disent les politiques, ce n'est pas parce que les gens sont pour les garder qu'il faut le faire, si la démocratie consistait à obéir aux citoyens, où irions-nous ? À la façon de ce qui a été fait pour le TCE, sorti par la porte du suffrage universel et rentré par la fenêtre du vote parlementaire, on va, c'est ferme et définitif, supprimer le département. Sottise.

Un acteur majeur de l'égalité des territoires

Pourquoi les gens sont-ils si attachés à leur département ? D'abord, parce qu'il caractérise assez bien leur résidence. Dire j'habite dans le Finistère, ce n'est pas dire, j'habite près de Quimper, ce n'est pas se référer à une puissance locale, mais se situer à l'intérieur d'un territoire. Plus qu'un acteur de pouvoir, le département est un territoire. Territoire d'ailleurs pas neutre : on se souvient qu'en 1790, le département fut créé pour mettre fin à l'infernale gabegie des législations locales héritées de la féodalité, dont le maquis inextricable paralysait totalement le pays et était, en fait, liberticide. La logique de sa création est ce qui, dans le monde d'aujourd'hui, sonne comme un gros mot : l'égalité. Et c'est la vraie raison pour laquelle les gens sont si attachés à leur département, c'est parce qu'il est synonyme d'égalité. Égalité entre les départements, car tous sont en principe égaux (même si en réalité, il y a des disparités profondes de budget, de richesse et de population entre les départements), égalité aussi à l'intérieur du département, car ils sont (ou ont été) les veilleurs de l'égalité des territoires.

Oui, le département est celui qui doit veiller à redresser les inégalités entre territoires citadins et territoires ruraux, entre grandes communes et petites communes. C'est sa mission historique, qui fait qu'il est en charge des routes départementales chargées de désenclaver toutes les parties de son territoire. Hélas, on lui a aussi collé toute l'aide sociale, et les maires, qui rêvent tous d'asseoir pleinement leurs systèmes clientélistes, ne rêvent donc que d'une chose : s'emparer des missions sociales des départements pour gonfler leurs enveloppes, sur et sous la table, et leurs clientèles, on voit bien pourquoi.

La solution par la subsidiarité

En fait, il n'est aucun besoin de supprimer les départements. Qui plus est, la constitution de régions plus grandes qu'aujourd'hui, dont certaines sont bien dessinées par le récent projet (Bretagne, Normandie, Val-de-loire, Nord-Picardie, Midi-Langudeoc-Roussillon, p ex) rendra l'existence du département encore plus nécessaire. Quand on habite Audierne, essayez d'imaginer qu'il faille aller jusqu'à Rennes pour rencontrer quelqu'un, et si l'on habite une vallée pyrénéenne, imaginez qu'il faille aller chaque fois jusqu'à Bordeaux ou jusqu'à Toulouse. Non, bien entendu, il faudra un échelon intermédiaire, on le voit.

C'est là d'ailleurs que la décision de mettre fin à la clause de compétence générale prend son sens, un bon sens. En effet, il est illogique que les communes s'occupent de l'école maternelle et primaire, cependant que les départements s'occupent de la petite enfance. Il faut fusionner les deux compétences au profit des communes, cela va de soi. En d'autres termes, ce qui peut être traité à l'échelon le plus local doit l'être, et ce qui ne peut être traité qu'au-dessus doit l'être au-dessus, et ainsi de suite. Or il y a de nombreux problèmes dont l'échelon le plus pertinent est le département.

Réduire le nombre des élus

Cela ne signifie pas, pour autant, que tout aille bien. Le grand anonymat dont souffrent de nombreux élus départementaux et régionaux suscite forcément le désir de modifier quelque chose les concernant, et d'en profiter pour faire des économies au passage. Donc moins d'élus. Il faut aussi un respect du pluralisme. J'en reviens donc à la solution préconisée en 2002 par Bayrou dans sa campagne présidentielle : élire des conseillers qui soient à la fois départementaux et régionaux (les "conseillers territoraiux", si l'on veut), le scrutin se faisant dans le cadre départemental, mais les élus des départements s'assemblant aussi en assemblée régionale. De ce fait, les départements étant une spécialité des régions, les doublons entre les deux échelons tomberaient d'eux-mêmes. Et il faudrait protéger deux principes qui, en réalité, sont opposés : le premier est que, dans les zones à forte ruralité, le conseiller général doit continuer à être élu au scrutin uninominal ; le second est qu'il faut introduire une forte dose de scrutin proportionnel. S'il y a 40 conseillers par département, élire la moitié au scrutin proportionnel permet à tout parti qui atteint 5% d'obtenir un élu. C'est bien.

Enfin, je crois qu'il faut élire à part des conseillers départementaux et généraux les présidents des régions, de façon à introduire une séparation des pouvoirs à l'échelon régional. Au bout du compte, il y aurait moins d'élus, plus de démocratie, plus d'efficacité et plus de justice.

 

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08/03/2014

Première réunion électorale à Combrit-Sainte-Marine

Le dépôt des listes de candidats confirme qu'il n'y aura que deux listes présentées au suffrage des électeurs de Combrit-Sainte-Marine. Ce soir avait lieu la première réunion électorale de la liste "Combrit-Sainte-Marine Avenir", qui recevra mon suffrage comme je l'ai indiqué dans mon précédent article.

Le principe des réunions publiques est d'ouvrir les projets à la contradiction. Ce fut le cas ce soir. Des militants de la liste adverse sont venus porter le fer contre les propositions de M. Yvé et de ses colistiers.

Premier axe : M. Yvé reprocherait à la liste actuelle les fautes de la précédente. Il s'agit ici de l'abandon de l'école publique que j'ai relaté. Disons immédiatement que cette défense est piètre, car les sortants ont eu six ans pour faire ces dépenses qui réclamaient l'urgence absolue et sur l'urgence desquelles ils ont été élus en 2008. Ils sont donc inexcusabes et ne méritent que la punition.

Deuxième axe : M. Yvé (et son équipe) ne pourrait pas financer les projets qu'il annonce. Récapitulons ceux-ci avec leur financement : 1 million pour l'aménagement de salles de classes pour remplacer les Algéco, 0,5 million pour la part commune de la crèche, 0,5 million pour la médiathèque (évaluation sur la base d'une médiathèque d'une commune voisine), 0,5 million pour la réhabilitation du centre nautique. S'y ajoute la cantine à rénover pour une somme que j'ignore. Disons que l'ensemble de la part investissement s'élève à environ 2,5 millions, somme exactement comparable au principal poste de l'actuelle municipalité : 2,4 millions dépensés pour la construction du gymnase disproportionné évoqué dans mon précédent article.

Il est vrai que le financement de tous ces projets sera très serré, étant donné en particulier la volonté de cette liste de réduire la part commune des impôts locaux. Le gymnase a été financé de la façon suivante : 0,2 million de subvention publique, 1,2 million d'emprunt à 4,58% (un taux qui me paraît élevé) et 1 million puisé dans les fonds propres. Le prix de cet investissement a été d'assécher la trésorerie de la commune, ce qui ne peut qu'occasionner des difficultés (lesquelles sont connues, puisque la commune s'est, par la suite, retrouvée incapable d'autre investissement de quelconque envergure. La construction du gymnas, passée en force, a donc bien été une erreur, d'autant plus que si le montant global de la dette communale a été gelé en Euros courants (et donc légèrement réduit en Euros constants), les impôts locaux ont, eux, grimpé d'une façon très supérieure à la moyenne de ce type de communes. Donc le principal investissement a vidé les caisses, paralysé l'investissement et vidé les poches des contribuables locaux. On ne peut pas appeler cela un succès, et il me semble que les partisans de la municipalité actuelle feraient mieux de se taire plutôt que d'accuser leur adversaire de ce qui provient de leurs propres erreurs. En droit latin, on dit "Nemo auditur turpitudinem suam allegans" ("Nul n'est entendu s'il invoque sa propre turpitude"). Il reste que la situation financière de la commune est mauvaise et que, de ce fait, les investissements prévus par M. Yvé et son équipe suscitent forcément l'interrogation.

C'est là que le fait que M. Yvé ait lui-même été actif dans une grande entreprise joue. La présentation qu'il donne du projet de sa liste est plus proche d'un acteur socio-professionnel que d'un vieux routard des milieux politiques ou syndicaux. Il y a là une respiration dont nos collectivités locales en général et Combrit-Sainte-Marine en particulier, ont un grand besoin. Quoi qu'il en soit, faisons crédit à une équipe qui a réfléchi aux moyens de renégocier la dette communale et de faire des économies pour dégager des marges de manœuvre.

Maintenant, reparlons de ce gymnase. J'ai été en charge des sports dans mon arrondissement de Paris, le XVIe, pendant six ans, on ne me fera donc, j'espère, pas le reproche de ne pas aimer les sportifs. J'aime les sportifs quand ils ne ruinent pas le reste de la société, j'aime les sportifs quand ils sont raisonnables. J'ai entendu ce soir un personnage se réclamant des sportifs combritois et clamant "On ne pouvait tout de même pas avoir un hangar, comme à L'Île-Tudy". L'Île-Tudy est une commune voisine, plus petite et moins peuplée que Combrit. Le ton était celui du caprice. Il me semble qu'il appartient au maire de faire comprendre aux désirs des intérêts particuliers qu'ils doivent tenir compte de l'intérêt général. Le gymnase de Combrit, financé par les Combritois seulement, n'avait aucune raison d'atteindre ni une telle envergure, ni un tel luxe. Je passe sur les malfaçons dont il est, paraît-il, affligé. Il pouvait, sans ressembler à un hangar, être adéquat à une commune de 3800 habitants semi-rurale.

Je dois dire que je pense aussi que le terrain de football qui le voisine est un mauvais choix pour l'avenir. Dans un pays aussi humide que la Bretagne, un terrain en herbe est trop fragile et, même bien drainé, ne doit pas pouvoir être utilisé plus de quelques heures par semaine dans de bonnes conditions, tandis qu'un revêtement synthétique (j'en connais d'excellents) fournirait une qualité sportive équivalente et une utilisation quasi-illimitée, qui permettrait d'anticiper sur le développement futur de la commune, que l'on prévoit autour de 10% pour les six prochaines années, et plus ensuite.

On a aussi tenté de faire croire que les assistantes maternelles étaient inquiètes de la création d'une crèche au bourg de Combrit qui pût leur faire concurrence. Mais ces professionnelles savent que le marché est assez grand pour tout le monde.

On a enfin critiqué le projet de déplacement du ponton de l'entreprise de construction et d'entretien de bateaux qui anime une partie du port de plaisance. Critique d'abord sur un site que l'on abîmerait, cela ne tient pas, critique sur des insectes rares, cela il faudra le voir, mais ces critiques n'enlèvent rien au projet qui a l'avantage de libérer des places de l'appontement, et donc d'augmenter l'activité du port. Peut-être les insectes auront-ils raison de ce projet, mais jusqu'à preuve du contraire, il est le seul à ouvrir de nouvelles possibilités au port, même si, apparemment, j'ai surestimé cet impact dans un premier temps.

Les autres critiques adressées à M. Yvé ont été sur tel ou tel détail de son projet, critiques en général sans fondement, car il est solide et équilibré. Il est d'ailleurs évident que lorsque j'ai qualifié de vœux pieux, dans mon précédent article, l'idée, commune aux deux listes, d'attirer des entreprises et de développer l'activité économique de la commune, avoir un maire issu du monde de l'entreprise donne à la liste "Combrit-Sainte-Marine Avenir" un plus évident et une crédibilité manifestement supérieure à celle de son adversaire.

J'ai noté aussi que M. Yvé a repris certaines propositions de l'autre liste, qui ne manquera pas d'en faire autant avec les siennes, sans la crédibilité qu'il leur donne.

Une petite centaine de personnes assistaient à cette réunion si j'ai bien compté. Dans quinze jours, on vote, il n'y aura qu'un tour. Mon choix de vote n'a pas changé.

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03/03/2014

Municipales de Combrit-Sainte-Marine : les programmes

Dans moins de trois semaines maintenant aura lieu le premier tour des élections municipales. Dans la commune de Combrit-Sainte-Marine, en Bretagne, dans le Finistère, près de Pont-l'Abbé (son chef-lieu de canton historique) et de Bénodet, il devrait être le seul tour, ce 23 mars, car il n'y a, apparemment, que deux listes. Voici une présentation de la commune et des programmes de ces deux listes.

J'ai publié récemment un ouvrage de 156 pages sur l'ancienne paroisse de Combrit, au Moyen Âge, qui englobait, outre Combrit-Sainte-Marine, l'actuelle commune de L'ïle-Tudy et une partie de celle de Pont-l'Abbé, le quartier dit de Lambour. c'était, au Moyen Âge, une paroisse semi-rurale importante dans la Cornouaille d'alors, un haut-lieu depuis au moins l'époque gauloise, tourné vers la pêche et vers l'exportation, mais aussi un grenier à blé, fertile, et riche en eau douce autant qu'en rivage maritime.

Réduite depuis la Révolution de Lambour puis de L'ïle-Tudy, La commune s'est longtemps appelée Combrit seulement, mais la revendication de sa seconde agglomération qui est aussi son port, Sainte-Marine, a abouti voici je crois cinq ans, à, ce que le nom de la commune devienne Comnbrit-Sainte-Marine.

Cette commune comptait environ 2500 habitants voici une quarantaine d'années, elle atteint les 3800, et au moins dix mille l'été, car elle jouit d'une grande plage de sable blanc très courue des vacanciers. Son territoire couvre environ 2500 hectares, jadis entièrement agricole, mais il n'y a plus que quatre ou cinq exploitations, dont une bio, et nombre de terres agricoles sont transformées en lotissement ces dernières années. À Sainte-Marine, le terrain à bâtir viabilisé vaut environ 300 Euros du mètre carré, 100 autour du bourg central, un peu moins dans ce que l'on nomme le Haut-Combrit, qui est l'axe Quimper-Pont-l'Abbé.

Outre le port de plaisance et une agriculture encore présente, l'essentiel des activités tourne autour du tourisme, de l'aide aux personnes âgées, des écoles (presque moitié-moitié public-privé), des résidences de la grande banlieue de Quimper dont l'aura se rapproche à travers des lotissements sociaux réalisés par l'OPAC, il y a une zone artisanale encore modeste, pas d'industrie, et quelques marins-pêcheurs qui témoignent d'une activité autrefois très dynamique.

La municipalité actuelle, de gauche stricte, a été élue en 2008 à la faveur d'une triangulaire, alors que la commune est depuis longtemps considérée comme ayant une sociologie plutôt de droite. Le maire sortant, Jean-Claude Dupré, qui a une bonne image personnelle, et qui a longtemps été proviseur du lycée de Pont-l'Abbé, ne se représente pas. Le maire précédent, Gérard Cariou, qui avait rendu sa carte de l'UMP avant les élections de 2008, n'est pas candidat non plus.

La situation financière de la commune ne lui ouvre pas d'énormes possibilités d'investissement, avec un endettement de 3,5 millions d'Euros, qui nécessite des annuités supérieures à 400000 Euros (capital + intérêts).

La liste de la municipalité sortante s'intitule "Ensemble pour Combrit-Sainte-Marine", la liste adverse "Combrit-Sainte-Marine-Avenir". Disons tout de suite que l'imagination n'est pas le fait marquant de ces deux dénominations, dont la nuance sémantique est faible. Les sous-titres sont "Une équipe, un bilan, un projet" pour "Ensemble" et "Une force de proposition, des compétences, une ambition" pour "Avenir". Si l'on cherche des parallèles, on trouve équipe-compétences, bilan-ambition, projet-proposition. le mot "ambition" est un marqueur de droite, et l'on peut discerner une nuance entre une équipe plus collective et des compétences dont chacune est individuelle. L'une des deux listes ("Avenir") est donc plus à droite que l'autre, ce qui est conhérent puisque l'autre s'est toujours réclamée de la gauche. Proposition est aussi un mot plus modeste et moins global que projet, ce qui contrebalance la différence entre bilan et ambition. Il ne s'agit donc pas d'une liste de droite dure, mais se réclamant des "valeurs sociales du centre et de la droite", conforme à son lien avec la liste de droite "Rassembler pour agir" emmenée à Pont-l'Abbé par l'ancien maire RPR-UMP Thierry Mavic et avec la liste de l'UDI-Alliance centriste Michel Canévet maire sortant de Plonéour-Lanvern, autre pôle important dans cette partie du Finistère. Cette mise en réseau est symétrique de celle de la gauche, qui avoue ses liens avec la municipalité actuelle de Pont-l'Abbé et avec l'assemblée départementale, dominée par le PS depuis la quasi-disparition de l'identité centriste locale (hommage en passant à Alphonse Arzel, qui vient de s'éteindre et qui fut longtemps président centriste du Conseil général). Aux cantonales de 2011, le candidat du MoDem, seul centriste en piste, a légèrement dépassé les 5% au premier tour dans cette commune, où le second s'est joué à 50,01%/49,9%.

D'ailleurs, une étude minutieuse de la composition des listes prouve que, si la liste de gauche n'est que de gauche, l'autre rassemble un peu plus et est en situation de toucher une partie de l'électorat de gauche, outre ceux du centre et de la droite dont elle se réclame.

Les programmes sont en grande partie semblables. Ils sont guidés soit par des contingences, soit par des programmes supra-communaux, notamment les choix départementaux ou les investissements de l'OPAC de Quimper.

Parmi ces points communs, la rénovation du centre nautique (apprentissage de la voile), qui est en passe de perdre son agrément et réclame donc une intervention d'urgence estimée à 500000 Euros. Parmi les points communs également, la construction d'un nouveau bâtiment de l'école élémentaire, dont plusieurs classes travaillent actuellement sous des Algéco qui prennent l'eau. L'actuelle municipalité, pourtant conduite par des enseignants, s'était engagée à cette construction en 2008 déjà, mais a préféré bâtir un énorme gymnase dont la taille paraît un peu disproportionnée pour cette commune qui compte légèrement plus de 300 enfants d'âge scolaire, ainsi qu'un nouveau terrain de football pour le "Mondial pupille" organisé par la commune voisine nommée Plomelin. La construction des nouvelles classes prendra sans doute un million entier. On voit qu'à 1,5 million de dépenses contraintes, la marge de manœuvre pour innover est faible. Il est vrai que l'école sera probablement subventionnée.

Autres points communs, les lieux communs sur "le développement" du port de plaisance, de l'économie touristique, de l'éducation des enfants, "favoriser l'installation d'entreprises", le maintien à domicile des personnes âgées, tout cela sous forme de vœux plus ou moins pieux.

Il y a aussi des différences d'état d'esprit, la liste "Avenir" veut baisser les impôts, par exemple, ce à quoi elle s'engage dès son premier exercice. Mais on a le droit de considérer que ces différences d'affichage relèvent plutôt du slogan que d'autre chose, car la situation financière de la commune et l'étendue des projets affichés par les deux listes ne me paraissent pas compatibles avec une baisse d'impôt, au mieux une stabilisation avec la liste la plus à droite, au pire une aggravation avec la liste la plus à gauche.

Il y a aussi de réelles différences entre les deux programmes.

Première différence, la construction d'une crèche, prévue par "Avenir", qui analyse que les jeunes couples avec enfants continuent à s'installer à Combrit-Sainte-Marine (dont la qualité de vie est connue), cependant que les possibilités d'accueil actuelles sont saturées. Il s'agirait donc d'un relais où serait organisée une véritable maison de la petite enfance, en relais des gardes privées, ce qui me paraît bien. La commune dispose d'un terrain tout à fait ad hoc. Sur ce point, il faut le dire, l'autre liste est, pour le moment, muette. Le coût pour la commune serait de 0,7 million d'Euros, 0,5 million provenant de subventions extérieures.

Autre différence, la liste de gauche veut créer une "garderie" pour les enfants des écoles publique et privée et elle fait une mention très vague et non financée "créer un centre de loisirs", cependant que la liste de droite veut développer un partenariat avec une colonie de vacances privée existante qui serait beaucoup plus efficace, moins compliqué et beaucoup moins onéreux que la situation actuelle, où les enfants, pour les centres aérés, sont dispersés dans un rayon de plus de dix kilomètres. Cette installation, déjà existante, et qui ne sert que l'été pour le moment, ne nécessiterait pas de construction nouvelle et recevrait aussi bien le périscolaire que ce qui relève du "centre aéré". Autre avantage, elle se situe tout près des installations sportives de la commune, ce qui créerait un vrai pôle et une synergie évidente.

Grande différence enfin, la création d'une médiathèque, voulue par la liste la plus à droite, dont le coût s'élève à 1 million, et dont le financement est hélas mal assuré pour le moment, si bien qu'il faut la maintenir en pointillé.

Autre différence encore dans l'autre sens, la municipalité actuelle a montré une propension spectaculaire pour les travaux publics, en particulier pour équiper cette commune, encore moyenne, et pas encore absorbée par la banlieue de Quimper qui la guette, d'interminables trottoirs, tous surmontés de lampadaires aussi onéreux qu'inutiles dans des rues dont les habitants ne circulent jamais à pied la nuit.

Pour le port de Sainte-Marine, la liste de rassemblement a imaginé une solution de développement très innovante, il faut savoir que la petite agglomération de Sainte-Marine, dans la commune, est, pour le développement commun, un axe très fort, le port de plaisance en particulier. Par ailleurs, le maintien d'une vie permanente dans ce bourg nécessite une réflexion et une action précises, il n'y a que vingt enfants scolarisés et les parents d'élèves se battent pour garder une classe. La solution de "Combrit-Sainte-Marine-Avenir", en élargissant l'utilisation du port, me paraît aller dans ce sens.

Et cette considération, ajoutée à son projet culturel et patrimonial, plus précis et plus ambitieux que celui de la municipalité actuelle, font que j'ai l'intention de voter pour "Combrit-Sainte-Marine Avenir", tout en reconnaissant que la municipalité actuelle n'a pas démérité en tout, il y a du bon dans son bilan, mais elle a laissé l'école publique du bourg à l'abandon, elle a inutilement multiplié les trottoirs et les lampadaires, elle a fait des choix d'urbanisme qui ne m'ont pas tous convaincu, loin de là, et son bilan en matière culturelle me paraît plus faible que cela devrait être. Je ne voterai donc pas pour M. Bonfils (74 ans) bien qu'il ait des attaches ardennaises comme moi, et plutôt pour M. Yvé (64 ans).

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24/02/2014

NDDL : ce sera toujours non

Ce samedi 22 février a vu une manifestation d'une ampleur immense contre le projet funeste connu sous le nom de "Notre-Dame-des-Landes", Il s'agit d'un méga-aéroport promu, à l'origine, par un membre de cabinet ministériel qui, conflit d'intérêts évident, a ensuite pantouflé dans le groupe privé où il le pilote depuis, qui s'appelle aujourd'hui Vinci. Rappelons que, dans les années 1990, à l'époque où ce projet, plus ancien, est ressorti des cartons (sous le gouvernement Jospin), les deux principaux dirigeants de ce qui deviendrait Vinci n'étaient autres que Jean-Marie Messier et Antoine Zacharias, qui ont tous deux été condamnés par la justice pénale en 2011 pour leur gestion du groupe. Cela fait beaucoup de soupçons de tripatouillage d'argent public accumulés sur cette affaire. Rappelons que Vinci ne vit que d'argent public et que c'est cette même entreprise qui a acquis dans les conditions les plus suspectes la plupart des sociétés d'autoroutes lorsqu'elles ont été privatisées.

Donc une affaire qui pue l'argent sale de bout en bout.

Or ce n'est pas tout. L'aéroport et son emprise de dizaines d'hectares de bureaux et de commerces, et de parkings, et d'accès routiers, couvre encore 1650 hectares. Ces hectares, jusqu'ici, sont notre bien le plus précieux : notre meilleure terre agricole. Or nous savons que ces excellentes terres fertiles seront de plus en plus précieuses avec le temps et qu'il faut donc les ménager. Les ménager, cela reviendrait à développer les aéroports existants au lieu d'en créer un ex nihilo.

Car dans un rayon de moins de cent kilomètres autour de Notre-Dame-des-Landes, il y a plusieurs aéroports existants, tous sous-utilisés : Angers n'est utilisé qu'à 10 % à peine, Rennes à 50 %, je n'ai pas les chiffres de La Baule, mais ils ne sont pas bons non plus. Il est donc évident que l'alternative se pose ainsi : si l'on fait NDDL, les aéroports faibles disparaîtront à son profit. Or il n'y a pas qu'Angers, Nantes et Rennes, mais aussi Saint-Malo, Saint-Brieuc, Lannion, Morlaix, Brest, Quimper, Lorient, Vannes, et j'en passe. NDDL est en fait synonyme de concentration de l'activité en Haute-Bretagne et de désertification de la Bretagne centrale et occidentale. C'est ce qui le rend inacceptable et insusceptible d'améliorations.

L'alternative consiste à développer les aéroports existants et la Ligne à Grande Vitesse, c'est un bon choix.

Ici, dans le Finistère, où je me trouve en ce moment, le projet d'Ayrault est surnommé l'Ayraultport et est extrêmement décrié. Face à la puissance des lobbies en action et à la lourdeur de la machine de l'État que rien n'arrête même (voire surtout) quand la prévarication est à l'œuvre, la résistance de la ZAD n'a pas toujours un visage sympathique, mais entre 600000 Euros dévastés à Nantes et 600 millions d'Euros et 2000 ha de terre agricole, et des centaines, voire des milliers, d'emplois locaux perdus dans les villes moyennes bretonnes, qui est le plus à blâmer, et qui est le plus à remercier ?

En tout cas, sur NDDL, la seule réponse qui vaille est non, il n'y a rien à négocier, la seule solution est le retrait pur et simple.

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01/12/2013

Les bonnets rouges à Carhaix

Belle journée pour la Bretagne et pour la France à Carhaix. Visiblement, l'invitation lancée par le maire de la ville au président de la république a piqué le premier ministre au vif, et M. Ayrault de croit obligé de dégainer son pacte pour la Bretagne dès mercredi 4, histoire d"éviter que le président ne le devance en se rendant à Carhaix.

Revenons à l'essentiel : ce qui a mobilisé, aujourd'hui, c'est 1) l'écotaxe, disons pour faire plus simple le maintien de la gratuité historique des routes en Bretagne, 2) la volonté de pouvoir travailler et vivre au pays, 3) le rattachement de la Loire-Atlantique à sa région historique, la Bretagne. J'ai vu aussi des gens du monde hippique très inquiets. Et puis, bien entendu, toute la communauté bretonne qui souhaite que la région dispose de plus de latitudes juridiques, économiques, culturelles et autres. Je synthétiserais volontiers cette aspiration et d'autres qui concernent les regroupements de communes dont il est question en ce moment, du beau mot de subsidiarité.

Même le Père Noël est contre l'écotaxe !

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10/11/2013

Comprendre les Bretons

Il ne s'agit pas ici de s'en prendre au président Hollande, ni à sa rivalité avec son premier ministre. Que le président crée un rival à celui-ci en la personne de M. Valls et qu'il soutienne le plus faible des deux selon les principes les plus élémentaires de tactique, sans d'ailleurs avoir l'intention de le soutenir au-delà de l'utilité d'affaiblissement de son rival, tout cela est de la politique à la petite semaine, sans grand intérêt. Il ne s'agit pas non plus de s'en prendre à la visite paniquée du ministre Le Foll dont les effectifs administratifs ne cessent d'augmenter au même rythme que ses administrés agricoles dégringolent. Moins il y a d'agriculteurs, plus il y a de fonctionnaires pour les administrer, sans crainte du ridicule. Non, tout cela, c'est sans importance.

Il y a, en France, un sentiment d'insularité qui monte. L'abandon progressif de la politique d'aménagement du territoire devrait avoir la décentralisation pour relais, d'autant plus qu'en vingt ans, la fonction publique territoriale a gonflé d'un million de salariés. Or il n'en est rien. Les territoires sont livrés à eux-mêmes, au mieux à l'arbitraire de roitelets assis sur des réseaux plus ou moins clientélistes, plus ou moins mafieux, au pire à personne, au vent qui passe, à l'humeur de la météo, au caprice de l'actualité. Sans doute se prépare-t-il une sorte de 6 février 1934 remixé dans de nombreuses régions de l'est français peu habitué à cet abandon.

Dans l'ouest, qui a si fort voté socialiste depuis plus de dix ans, les choses sont différentes. En Bretagne, elles renvoient même à une sorte de fatalité historique. Du temps de ses ducs, le duché a été extrêmement prospère. Sa population représentait 10% du royaume de France, ce qui ferait 6,5 millions d'habitants au lieu de 4 (pour la Bretagne historique) aujourd'hui. Les autorités ducales veillaient à la prospérité et au développement de chaque portion du territoire breton. Avec l'entrée dans le patrimoine de la couronne de France, la province de Bretagne est devenue un territoire périphérique, dont on se méfiait plutôt. Il est inutile de rappeler ici ce que fut le camp de Conlie.

Dans les années 1960, on jugea la région bretonne (amputée entretemps de sa plus grande ville, Nantes, par rétorsion du maréchal Pétain contre les Bretons trop présents à Londres) arriérée. On lui fit des routes à quatre voies et on soutint les initiatives locales de Gourvennec et de quelques autres juloded coopératifs. Tout ceci serait allé mieux et plus vite s'il n'avait pas fallu attendre le bon vouloir de Paris.

La gratuité des quatre-voies était particulièrement réclamée, d'autant plus qu'elle correspond aux franchises routières historiques contenues dans le traité de mariage d'Anne de Bretagne et du roi de France Louis XII. Elles sont logiques, car la Bretagne est matériellement enclavée et son impression d'enclavement va croissant. D'abord, à cause du funeste projet d'aéroport dit de Notre-Dame des Landes, l'une des idées les plus stupides qui ait germé dans l'esprit de nos responsables depuis longtemps, et qui suinte si fort que l'on a du mal à ne pas prononcer le mot de prévarication.

Les petits aérodromes bretons, qui maillent le territoire savent que leur existence est menacée par la naissance du mastodonte dont chacun a compris que la rentabilité à court/moyen terme est plus qu'improbable et qu'il faudra bien renflouer au détriment des autres. Cet ayraultport, comme disent les Bretons, a pour résultat d'accentuer la concentration économique vers l'est de la Bretagne et d'en dépouiller l'ouest. C'est un instrument de désertification humaine. Au passage, comme il vise à créer une ville nouvelle, je note que l'argument utilisé contre l'extension de l'aéroport actuel en zone urbaine est totalement fallacieux.

Outre l'aéroport, il y a le déclin du modèle agro-alimentaire bâti dans les années 1960-70. Où sont passées les marques locales de charcuterie ? Il reste heureusement Hénaff, qui mène en ce moment une politique de développement très hardie, mais on voit bien que la filière agro-alimentaire est minée par des "dents creuses" qui la fragilisent. Et la pêche ne vaut guère mieux. On admet encore assez mal l'idée de la surpêche, Lorient a perdu 90% de son trafic dans les années 1990, les ports bigoudens résistent un peu mieux, mais il paraît que l'on veut leur retirer leur dernière criée, ce qui est totalement absurde et présage une financiarisation accrue du secteur.

Enfin, comme ultime recours, on leur propose un modèle touristique qui ne tient aucun compte de la météo très capricieuse de la pointe bretonne. Il y a donc, chez les Bretons, l'impression très forte d'une incompréhension publique. Et l'écotaxe les renvoie à leur statut péninsulaire et périphérique, à quoi ils ne peuvent rien. 

Ah, et j'oubliais le fait qu'un tiers des exploitations agricoles a disparu en peu d'années. Les agriculteurs se sentent stigmatisés d'une façon injuste, car la mission sociale qui leur est donnée, celle de nourrir la population, ils la remplissent avec les instruments de leur époque, bons et mauvais, ceux de la concurrence.

Que faut-il faire, en Bretagne ? Il faut d'abord des investissements privés, et je crois que les Bretons sont capables de se mobiliser pour cela. Il faut aussi, là comme ailleurs, laisser un peu la bride sur le cou aux artisans qui n'en peuvent plus de contraintes administratives et fiscales. Je connais des cas de ceux à qui l'on refuse l'étalement d'un redressement consécutif à une erreur de déclaration d'heures de travail. Ces clémences élémentaires font totalement défaut et, pour les administrations, il semble que les artisans restent un ennemi à abattre. Il faut aussi cesser de stigmatiser l'agriculture intensive, qui fait des pieds et des mains pour s'améliorer, et l'aider au contraire à faire face aux nouvelles concurrences, en particulier allemande et brésilienne. Il faut aussi aider hardiment au développement de l'agriculture paysanne et aux cycles courts, qui sont en grande harmonie avec le principe d'un développement touristique. Il faut enfin moderniser le désenclavement de la Bretagne, non pas en construisant un stupide aéroport géant à ses portes, mais en y améliorant les communications en tenant compte de la péninsularité et de la périphéricité de cette région, ainsi que de ses privilèges historiques.

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02/11/2013

La Bretagne et ses "bonnets rouges"

Il est assez curieux que le motif immédiat de la révolte bretonne actuelle soit l'écotaxe. Cet impôt, tel qu'il est organisé, ressuscite les fermiers généraux en concédant la collecte de  l'impôt au privé. On est donc en fait plutôt dans une situation 1789 que dans une situation 1675, mais de toutes façons, comparaison n'est pas raison. Voici quelques mots de cette "révolte des bonnets rouges" sous Louis XIV.

Il s'agissait de la création d'un taxe dite "du papier timbré". Dorénavant, les instruments juridiques devraient être passés sur un papier spécial, comportant un chiffre officiel. Cepapier, bien entendu, est un monopole d'État, et donc, pour passer devant un notaire, il faut désormais payer non seulement le notaire, l'insinuation de l'acte, la délivrance d'un extrait par le greffe compétent, mais aussi, et d'abord, payer un papier assez onéreux.

Or on instrumente beaucoup, en Bretagne, au XVIIe siècle, et en particulier dans les milieux populaires. On y trouve un moyen de sécurité juridique et un moyen de résister au pouvoir, que celui-ci soit royal ou seigneurial. C'est à l'envers la même logique qui fera brûler les titres féodaux en 1792.

Les Bretons se soulèvent aussitôt contre cette nouvelle taxe, une de trop. Les privilèges historiques de la province devraient prémunir la population contre ces innovations, ils ne l'ont pas fait. Parmi ces privilèges, rappelons-le, les franchises routières et l'absence de gabelle, l'impôt traditionnel et lourd sur le sel.

C'est en Pays bigouden que la révolte fiscale est la plus vive. Certains ultras en profitent pour créer une petite république paysanne. Mais la répression menée par le représentant du roi, le duc de Chaulnes, est terrible, on pend des paysans jusque sur les arbres des bords des chemins. Le tandem Ayrault-Hollande ira-t-il jusque-là ? Il est vrai qu'avec Ayrault, maire de Nantes qui voulait ignorer que sa ville fût historiquement bretonne, on peut s'attendre à tout.

Mais quoi qu'il arrive cet après-midi, la solution du problème breton sera pendante. Le modèle agroalimentaire bâti dans les années 1960-70 est épuisé, il faut en trouver un autre, qui fasse sans doute la part belle au produit et au producteur. Il faut cesser de nourrir les poulets avec des tourteaux de soja transgénique, par exemple. Et j'avoue que le souvenir que j'ai d'avoir vu les cochons (une demi-douzaine) quitter leur porcherie pour manger des châtaignes ou des glands tombés de l'arbre, des petites prunes noires pendant aux branches, cela me manque un peu.

Doux croit avoir trouvé sa solution dans un investisseur lointain, mais il est plus probable que, comme dans les années 1960, la solution monte du terrain.

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18/10/2013

Léonarda : la loi doit être appliquée avec clémence

Chacun aujourd'hui connaît le prénom de cette jeune fille qui vient d'être expulsée de France vers le Kosovo avec sa famille, et chacun a un avis, chacun avec sa nuance, chacun sans exception, même si l'on n'a pas accès à tout le dossier, si bien que des bribes d'information plus ou moins vérifiées viennent relancer l'émotion, l'indignation, ou au contraire la fermeté, selon que l'on croie que le père ait été violent envers sa famille, ou que cette famille puisse disposer ou non d'un passeport italien, donc européen, ou que l'on songe aux enfants deux fois victimes. Drame des errants plus ou moins apatrides qui ne rencontrent partout que la haine et le rejet.

Ces apatrides avaient trouvé en France un secours, leurs enfants allaient à l'école, ils se dirigeaient vers une vie certes confrontée à toutes les difficultés que les humbles ont dans notre pays ces temps-ci, mais avec les mêmes chances que n'importe qui. Ils sortaient enfin la tête de l'eau. Devant ces circonstances, un juge eût peut-être adopté la clémence. Il eût peut-être relu Victor Hugo. Mais un juge intervient-il encore dans ces procédures inhumaines où une administration aveugle applique une loi sans réfléchir ?

Oui, la loi est faite pour être appliquée. Elle est parfois sévère, mais c'est la loi. Dura lex, sed lex. Cependant, il est de tradition, dans notre pays, que la loi soit appliquée avec discernement. Il est un pays comparable au nôtre où elle ne l'es pas, ce sont les États-Unis, où le glaive de la loi s'abat avec une sévérité frénétique. Dans ce pays, on tue dix fois plus qu'en France par armes à feu. Dans ce pays, 1% de la population est en prison, alors qu'en France c'est un pour mille, soit exactement dix fois plus là-bas qu'ici en termes de proportion. Quelle est donc la loi la plus efficace, celle qui rugit et qui punit, ou celle qui discerne dans le crime et dans le châtiment ?

Je sais bien qu'une partie de notre population est en état avancé d'exaspération. Le député qui marche, jean Lassalle, rencontre partout une population désespérée et hostile au pouvoir politique, hostile à l'étranger quelle qu'en soit la forme, prête à voter pour le Front National. Il est vrai qu'il a traversé la France de l'est, celle qui, depuis des années, vote deux fois plus FN que l'autre, celle de l'ouest. Quand il viendra à l'ouest, il constatera que les gens y sont exaspérés, certes, mais c'est encore bien plus contre les gabegies politiques et bien moins contre les boucs émissaires.

Et finalement, lorsque l'on écoute les politiques vitupérer contre les prétendus "roms" et se réjouir que l'on dépense l'argent du contribuable (à hauteur de 400 millions) pour renvoyer ces "roms" dans un hypothétique chez eux, on se dit qu'ils sont bien commodes, ces boucs émissaires "roms", car ils détournent l'attention des médias de l'immense gabegie des élus cramponnés à leur fromage. Ils font oublier que les sénateurs de presque toutes obédiences ne veulent pas lâcher leur juteux cumul des mandats, que les députés prient en silence pour que la loi qui les en prive ne s'applique finalement pas, et que les systèmes parfois mafieux qui gouvernent nos colletivités locales dérobent bien plus dans notre porte-monnaie que tous les voleurs de poules du monde.

Alors c'est facile, de jeter le peuple, ce "peuple sévère" dont parlait Victor Hugo, contre les trop faibles "roms", toujours premiers à payer pour les turpitudes des autres. Mais que les vrais coupables prennent garde, car il y a une justice au-dessus des autres justices, et celle-là, lorsque son pouvoir de clémence s'épuise, elle est terrible. Alors, Messieurs les politiques, qui ne cessez de réclamer la clémence pour vous-mêmes, commencez donc par la pratiquer vous-mêmes. Et progressez. Sinon, tremblez.

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15/10/2013

Le livre numérique toujours entravé par les DRM

Dans le domaine francophone, le livre numérique peine à se développer, même si ses perspectives restent positives (Hachette estime qu'en littérature, le numérique pèse 7 à 8% en France, et devrait atteindre 15% l'an prochain). Son utilité pour la diversité de l'édition, et l'appui qu'il offre aux auteurs et aux lecteurs dans un contexte économique difficile pour l'édition traditionnelle, devraient lui offrir des horizons bien plus souriants. Certes, le lecteur francophone reste attaché au livre objet, mais le prix du livre numérique est souvent très attrayant. Alors ? Alors, et si c'était tout simplement le principe des DRM et donc de la nature du livre numérique, qui gênait le lecteur ? À méditer.

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30/09/2013

Jadis, le pays qui admirait le plus la France était la Roumanie

Pour Manuel Valls, les semi-nomades qualifiés improprement de "roms" qui construisent des bidonvilles en marge de nos grandes agglomérations ne veulent pas, dans leur grande majorité, s' "intégrer" dans notre pays. Pis encore, non seulement ils ne le veulent pas, mais ils ne le peuvent pas, du fait de l'extrême et insurmontable différence qui sépare leur culture de la nôtre. M. Valls emploie donc exactement les mêmes arguments, et dans les mêmes termes, que ceux que Jean-Marie Le Pen utilisait pour expliquer que ni les Maliens, ni les Algériens, ni quiconque d'étranger en fait ne pourrait s'intégrer à la communauté nationale voici une trentaine d'années, comme si les Maliens, les Algériens, et leurs fils devenus français n'avaient pas infligé le plus abrupt démenti aux insanités lepénistes.

L'homme prisonnier de son substrat culturel, on aurait envie d'en faire un sujet de réflexion philosophique, en fait. Seulement voilà, il s'agit de vies d'hommes, de femmes, d'enfants, de gens qui ont si peu envie de s'intégrer qu'ils inscrivent leurs enfants à l'école, école dont M. Valls les retire manu militari au motif, selon ses soutiens, que "leur vie est en Roumanie", "comme c'est l'opinion du président roumain lui-même". On est heureux de connaître l'opinion du président roumain, mais quid de l'opinion des personnes directement concernées ? Comme disait Coluche, "circulez, y'a rien à voir". La liberté de circulation et d'établissement dans l'Union Européenne ? Oh mais non, cela peut s'appliquer aux Allemands, plus difficilement aux hordes de plombiers polonais qui affûtent leurs clefs anglaises en vue d'envahir nos salles de bain (ah non, zut, ça on nous le promettait en 2005 au moment du TCE, mais on ne l'a pas vu), mais fi, des Roumains... des Roumains (il lève les yeux au ciel)... des Roumains (il prend l'air navré), enfin, des Roumains, vous n'y pensez pas. Les Roumains, cela va où leur président le dit. 

L'amoncellement d'immondices argumentaires qu'on ose nous servir en cette occasion est si nauséabond que j'ai du mal à finir cet article. Oui, je sais, il y a des filières mafieuses qui exploitent les prétendus "roms". Il y en a d'autres qui s'épanouissent à l'intérieur du PS et on ne les reconduit pas à la frontière, que je sache (on devrait). Oui, je sais, on ne peut pas laisser les bidonvilles pourrir les périphéries de nos villes. C'est vrai, il faut trouver des solutions, et certaines municipalités s'y emploient. Je note au passage la schizophrénie d'un homme pour lequel j'ai de l'estime, le maire de Lyon qui, d'un côté, fait beaucoup pour intégrer les "roms" et, de l'autre, signe un texte de soutien de Valls. Oui, je sais, Hollande reprend la méthode de gouvernement de Jospin, qui consistait à laisser coexister des opinions divergentes voire incompatibles dans son équipe gouvernementale, c'est vrai, il fait comme il veut, Hollande, ce n'est pas comme si cette méthode n'avait pas mené Jospin au 21 avril. Oui, je sais, Jospin, il ne sait pas faire autrement. En 1997, il a pris le pouvoir en s'appuyant sur les triangulaires du FN. Alors, il essaie de recommencer pour les municipales de 2014. C'est vrai qu'il n'y a pas eu, entretemps, le 21 avril 2002.

Jadis, il y a quelques décennies, en Roumanie, la bonne société communiquait en français. Très bien. On cultivait notre belle langue avec d'autant plus de facilité que le roumain, langue latine, est très proche du français, presque encore plus que l'italien. Ah merde, c'est vrai, ce n'est pas possible, ça, cette référence historique, puisque Valls a dit que leur culture les empêche de s'intégrer. Jadis, Bucarest était surnommé "le Paris" du Danube ou des Carpates, je ne sais plus. Mais ça, tout ça, c'était avant.

Voici plus de trois ans, Nicolas Sarkozy prononça à Grenoble un discours qui fit rimer Grenoble avec ignoble. Et maintenant, il y a Valls, une valse funèbre.

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28/09/2013

La fin du système de Sèvres et Trianon ?

Le président Hollande a été le premier à serrer la main tendue par le nouveau président iranien Rohani. Il a bien fait. Dans l"affaire syrienne, la France cesse de jouer les mouches du coche des États-Unis pour reprendre une initiative forte. Tant mieux. De ce fait, il apparaît de plus en plus évident que la présence de l'Iran à la table des négociations sur l'avenir de la Syrie est inévitable et que les États-Unis et leurs alliés devront s'y résoudre. C'est qu'en fait, lors de cette conférence, dont la perspective, encore floue, approche, ce qui sera en jeu, c'est bien plus que la Syrie : c'est tout un équilibre régional dans une partie du monde profondément déstabilisée.

Le Proche et Moyen Orient a été dessiné par les négociations qui ont abouti aux traités de Sèvres et Trianon en 1921. Il s'agissait de solder la fin de l'empire ottoman. Le Royaume-Uni y était chargé de mener à l'indépendance ce qui est devenu l'Irak, la Jordanie, Israël et la Palestine. La France, de son côté, recevait mandat d'organiser la ou les structures étatiques de la Syrie et du Liban. Pendant la guerre de 1914-18, les Alliés franco-anglais s'étaien appuyés (grâce à l'entremise du célèbre Lawrence d'Arabie) sur les chefs de la péninsule arabique, qui devaient devenir la clef de leur grille de lecture de cette région. Près de cent ans plus tard, il apparaît que tout ce système (préparé par les accord Sykes-Picot) est à bout de souffle et qu'il convient de rasseoir tout le monde à une vaste table pour dessiner une nouvelle architecture régionale.

Cela, une nouvelle conférence le fera. Il semble qu'elle doive rassembler tous les ennemis d'hier, l'Iran, le pouvoir syrien actuel, ses opposants les plus modérés, les Libanais, les Turcs, Israël, les Palestiniens, les puissances du Golfe, la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Au passage, une promesse non tenue de Sèvres et Trianon devra être enfin honorée : celle d'un État souverain pour les Kurdes. Toutes les minorités devront être protégées et la France devra y veiller. La résolution qui prévoit le recours automatique à la force contre le régime syrien est une arme à double tranchant. Espérons qu'elle porte enfin les fruits de cette grande négociation de paix. La guerre de 14 a près de cent ans, cette conférence statuera probablement pour le prochain siècle.

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17/09/2013

Le triomphe des rentiers

Je ne connais pas Thomas Piketty, économiste de gauche dont j'avais jusqu'ici enregistré surtout les dévoiements personnels, qui vient de faire paraître un ouvrage dont ce que j'ai lu ou entendu m'a rappelé un article que j'ai posté ici même en janvier 2012 sous le même titre, et que l'on pourra relire ici.

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04/09/2013

Syrie : pourquoi je ne suis toujours pas convaincu

La campagne de promotion de l'intervention américaine en Syrie a atteint aujourd'hui un paroxysme en France : la venue du président allemand à Oradour-sur-Glane, hors de toute logique calendaire et commémorative, a fait des victimes de la division SS "Das reich" les otages d'un forfait désormais annoncé. Le président Hollande n'a pas manqué, avec d'épaisses allusions oratoires, de lier l'événement vieux de près de soixante dix ans avec l'intervention où il se laisse entraîner en Syrie. De ce fait, il a permis de comprendre pourquoi M. Désir avait employé le mot 'munichois" la semaine dernière. Tout ceci n'est qu'un plan com ample, à l'américaine, qu'il faut décorer aujourd'hui du seul adjectif qui lui convienne : dégueulasse.

Comprenons-le bien : nous sommes revenus en 2003. Les Américains ont décidé de se débarrasser d'un régime qu'ils sentent enfin à leur portée. Pour cela, ils invoquent les "armes de destruction massive". Seule différence : en 2003, on ne disait pas que Saddam utilisait des armes de destruction massive, mais qu'il en détenait, fait suffisant pour l'envoyer à la guillotine de l'Histoire. Dix ans plus tard, on accuse Assad d'avoir utilisé les siennes. Dans un cas comme dans l'autre, on ne dispose d'aucune preuve, sinon, comme cela a été remarqué aujourd'hui, Cameron aurait présenté ces preuves à son parlement, et le "document de synthèse du renseignement" français (rédigé par qui ? pour qui ? avec quelle dose d'interprétation personnelle ?) ne se contenterait pas de déductions évasives. L'objectif réel est le même qu'en 2003 : faire tomber le régime. Et pourtant, comme en Libye sous Sarkozy, on affirme qu'on s'en tiendra à une action limitée dans le temps et dans le contenu. On voit ce qu'il faut donc penser des engagements de modération pris aussi bien par Hollande que par Obama. Chiffons de papier.

Or si nul ne peut nier que le régime d'Assad soit encore plus odieux que celui de Saddam (notamment dans la rubrique tortionnaire et terroriste), nul ne peut oublier non plus qu'en définitive, la garden-party de George W. Bush en Irak a tué un million d'Irakiens, soit un sur huit, un bilan effroyable qui aurait porté le bilan de la Première Guerre Mondiale à cinq millions de morts si la même proportion nous avait été appliquée. Les Irakiens ont acquis une liberté qui leur a coûté d'autant plus cher que, depuis leur "libération", leur pays s'enfonce dans une guerre civile chronique et meurtrière.

Cet argument suffirait à me faire douter du bien-fondé d'une intervention américaine (avec supplétifs français) en Syrie. Le mal dont ce pays souffre est atroce, mais le remède qu'on lui propose est encore pire que le mal.

D'autant plus que les dizaines de milliers de morts dans les représailles post-révolutionnaires libyennes et les incendies de dizaines d'églises coptes en Egypte montrent quelles seront les victimes premières d'un changement de régime : toutes les minorités. Et nous, France, depuis l'empire ottoman, nous sommes supposés les protéger, ces chrétiens d'Orient. Seulement voilà, la gauche est au pouvoir, la vraie, la gauche sectaire, avec Ayrault, et ces gens, qui se disent cathos de gauche, traduisent gauche d'une façon étrange, vu de l'extérieur, et ils traduisent catho en rouvrant le Colisée et en lâchant les lions.

Enfin, l'argument le plus décisif pour refuser cet engagement militaire en Syrie est tout simple : si l'usage d'armes chimiques est un crime contre l'humanité, qu'attend-on pour traduire devant des tribunaux les dizaines de milliers d'Américains qui ont répandu l'"agent orange" sur le Vietnam ? Non, on ne le fera pas, et l'on sait pourquoi : c'est parce que les Etats-Unis sont puissants. Le principal crime d'Assad, de ce fait, ce ne sont pas ses horribles prisons, ni sa police politique, mais c'est qu'il est faible. L'opération projetée en Syrie n'est pas une affaire de justice, c'est l'application de la loi du plus fort, voilà tout, le principe léonin.

Alors, il faut qu'on le dise : nous aimons l'Amérique, c'est un beau pays, qui a accompli de grandes choses, mais ce que nous ne pourrons jamais accepter d'elle, c'est son esprit de domination. Et depuis 1958, la France, fidèle à la liberté conquise par son peuple en 1789 contre cet esprit de domination du faible par le fort, est (était) le pays qui, tout en manifestant aussi sa fidélité à l'alliance, refusait de s'incliner devant les oukases de la domination. Avec la transformation de Hollande en carpette réduite à attendre le décret du Congrès américain, nous pouvons constater la fin de cette Ve république, avec une grande tristesse. Après l'épisode de la résistance sur l'exception culturelle, Obama semble goûter là une revanche sadique. En tout cas, il révèle la vérité : le président Hollande est désormais un pantin méprisable. De profundis. Dies irae.

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28/08/2013

Le hideux casse-tête syrien et l'impérialisme anglo-saxon

On nous annonce les bombardements prochains d'objectifs dits "ciblés" en Syrie pour punir le régime de M. Assad. Comme contre l'Irak en 2003, le Royaume-Uni et les Etats-Unis décident seuls l'opération sans se soucier de la légalité internationale incarnée par l'ONU, mais à l'inverse de 2003, la France, tête baissée, honteuse, amenuisée, emboite le pas de ses deux alliés.

Le prétexte de cette opération punitive ? M. Assad aurait utilisé des armes chimiques contre sa population. Fait aussi peu prouvé que l'était la détention des "armes de destruction massive" par l'Irak en 2003. Prétexte, donc, comme souvent dans les guerres les plus criminelles. 

Prétexte d'autant plus qu'il y a parfaite absurdité dans cet argument de l'arme chimique. Enfin, voyons, si M. Assad dépeçait chacun des habitants de son pays à l'arme blanche, tout irait pour le mieux, on n'y verrait aucun mal. Mais du moment qu'un gaz mortel a flotté, là, là, bien sûr, il faut intervenir. Prétexte ! Lâche prétexte ! Abject prétexte ! qui prend en otage une population martyrisée et qui, repu de son sang, servira à lui imposer douze ans de famine et de torture collective comme cela fut imposé à l'Irak avant le coup de grâce de 2003. 

A qui les Britanniques et les Américains feront-ils croire une seule seconde qu'ils se soucient de la population syrienne ? A personne ! Cela ne fera pas une seconde de doute. Les martyrs syriens seront doublement martyrs, de leur odieux régime, certes, mais aussi de l'arrogance impérialiste des Anglo-Saxons.

Ce qui se prépare n'a qu'un nom : la félonie, il n'a qu'un but : la forfaiture, il n'a qu'un moteur : l'illusion. Quand on songe que l'on ose invoquer la légalité internationale qui réprime l'usage d'armes chimiques pour bombarder Damas, alors que ceux mêmes qui l'invoquent s'apprêtent à ce bombardement en s'arrogeant sans texte ni le plus petit commencement de légalité le droit de rendre cette justice dont ils sont à la fois juges et parties, et où rien n'est prouvé, on mesure à quelle dose de cynisme répugnant les deux grandes puissances anglo-saxonnes en sont parvenues.

Les Etats-Unis ont-ils donc tant respecté eux-mêmes ces textes lorsqu'ils balayaient le Vietnam avec l'agent orange ? Et à quel texte de loi correspondait et correspond Guantanamo ? Et les "grandes oreilles" de la NSA, cela correspond à la légalité internationale ? Non, cela correspond au principe léonin, le plus abject de la réalité humaine, celui qui, à force de gesticulations, finira par perdre les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Allons, vite, sans plus attendre, que Hollande congédie Fabius, et qu'il le remplace par Villepin.

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03/08/2013

Budgets entre dérive et impasse

Lire que le FMI conseille à l'Espagne de réduire son chômage revient à peu près à imaginer que la méchante reine de Blanche Neige lui conseillerait d'éviter les pommes pendant quelque temps. Verra-t-on, un jour, les Bourses saluer les embauches massives des grandes entreprises cotées chez elles au lieu de leurs sempiternels plans "sociaux" de licenciements boursiiers ? On finirait presque par le croire.

Il y à cette incongruité une raison profonde : c'est que le FMI ne croit plus à l'austérité. Car celle-ci ne produit que des effets douloureux à court terme, des effets de moins en moins bien supportés par les peuples. Le FMI, en fait, verrait bien l'ensemble des pays emboiter le pas des Etats-Unis qui continue leur course folle vers le gouffre en jetant les milliers de milliards par les fenêtres. Avons-nous donc, tous ensemble, passé le point de non retour ? Est-il trop tard pour ramener nos comptes mublics à la riason ? Je ne le crois pas. Mais il est vrai qu'effacer vingt ou trente ans de croissance artificielle aboutit à une correction très vive de la production et que, quand nos démocraties consistent en un menseonge collectif sur des lendemains qui chantent perpétuellement, la vérité n'est pas toujours facile à accepter.

Il reste qu'en France, la dernière décision annoncée ne peut que soulever l'indignation : amputer nos forces armées d'encore 34000 hommes et femmes, dont environ 11000 combattants, cela ressemble à une énième tentative de réduire l'envergure de la France, envergure qui n'est pas une donnée neutre, mais qui dépend entièrement de ce que nous entendons faire de notre pays. L'abandon est le fruit d'une volonté, non pas des circonstances. Réduire notre armée d'encore 34000 hommes et femmes, cela signifierait que l'on réduirait la masse d'ensemble des fonctionnaires de près de 700000 hommes et femmes d'ici 2019, compte tenu de la proportion que représente la fonction militaire dans la fonction publique en général. 700000 d'ici 2019, plus de cent mille par an. Où voit-on que la majorité actuelle emprunte ce chemin pour d'autres administrations que la Défense Nationale ? Il y a donc un choix, celui de faire payer à nos armées l'incurie de nos dirigeants actuels et passés, et de faire de la France un passé, ce qui est intolérable.

Il est vrai que nous avons besoin de drones et d'A400, et même que nous devrions bâtir un second porte-avions nucléaire, car n'en avoir qu'un revient à n'en avoir aucun, puisqu'il ne peut être tout le temps à la mer, mais faut-il rappeler que des solutions budgétaires existent ? Lisons par exemple le livre d'Agnès Verdier Molinié, qui estime à 60 milliards les économies que procureraient la fin de certains doublons administratifs, ce sans amputer le moins du monde les missions régaliennes ni sociales de l'Etat. Oui, mais, il faudait qu'il y ait en ce domaine ce qui s'exprime si facilement et si heureusement dans des cas essentiels mais restreints comme le maïs Monsanto ou le choc de simplification, et que l'on voudrait voir se généraliser dans l'action de la majorité : une volonté.

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18/07/2013

"Il n'y a que les petits hommes qui craignent les petits écrits"

L'histoire qui m'arrive ces temps-ci est l'une des plus ridicules qui puissent être.

La fonction assez souple de spécialiste de la noblesse bretonne (et en particulier cornouaillaise) du Moyen Âge m'a laissé jusqu'ici assez éloigné de l'acrimonie des vivants (c'est d'ailleurs l'une des qualités, de mon point de vue, du travail sur le matériel médiéval, que mes ouailles sur parchemin sont mortes depuis assez longtemps pour me foutre la paix). Seulement voilà, devenir l'arbitre des vérités historiques peut ne pas rester sans inconvénients quand je me trouve confronté aux boursouflures des vanités que la réalité documentaire oblige à dégonfler aussitôt.

C'est évidemment comme tel arbitre que l'on a eu l'idée, dans l'été 2012, de me convier à une excursion des "Vieilles Maisons françaises" (un réseau marqué à droite) dans mon périmètre géographique de compétence. L'invitation étant faite par des gens qui me sont sympathiques, je m'y suis rendu, j'y ai critiqué avec le plus de délicatesse possible les billevesées enfilées par divers châtelains de la veille, si bien que j'ai réussi à me sortir de cette journée sans m'être créé d'ennemi nouveau, un cheptel dont je me passe. On me fit même invitation de rejoindre cette auguste assemblée de têtes blanches où se mêlent les amateurs de vieilles pierres et les promoteurs de vieilles lunes, dont le rôle pour la préservation des monuments n'est pas négligeable, soit dit en passant. 

Dans la foulée, le patron d'un petit magazine local ("Manoirs de Cornouaille", du bon bricolage penchant légèrement à gauche), le vétéran local Jakez Cornou (coauteur de la meilleure synthèse, jusqu'ici, sur l'Histoire du Pays Bigouden), s'adressa à moi pour solliciter un article pour un numéro de sa revue. Bien entendu, c'était pour le roi de Prusse, mais entre passionnés de la même matière, l'Histoire, on se rend service sans poser de question (cette revue rémunère un salarié). Mon article traîna, Cornou me relança, puis son collaborateur après lui. Je finis par me fendre d'un texte dont je laisse les lecteurs de la revue évaluer la qualité, qui traitait du principal manoir de mon port d'attache breton, Combrit (Finistère). 

Cet article retraçait l'ascension d'une petite seigneurie qui produisit à la fin du Moyen Âge une lignée modeste dont une branche cadette, bouturée hors de Bretagne, finit par se voir décorée du titre de duc, ayant produit l'un des grands ministres de Mazarin. Puis cette seigneurie, dénommée le Cosquer, de quenouille en quenouille, aboutit à l'une des plus fortes personnalités bretonnes du XVIIIe siècle, Jehan-François Euzenou de Kersalaün, bras droit du patron du parlement de Bretagne, La Chalotais, puni comme lui par Louis XV et récompensé comme lui par Louis XVI avant de mourir sous Napoléon.

Ensuite, cette terre (pas confisquée par la Révolution) fut vendue deux fois, la deuxième au comte de Palikao, fugace et dernier premier ministre de Napoléon III. La fille de Palikao porta cette terre, concluais-je, dans les mains d'une branche de la "prestigieuse maison de Mortemart", ce qui ne me paraissait pas insultant pour qualifier ses actuels propriétaires.

Or voici que ceux-ci, à la parution du journal en question, prétendent de plus en plus publiquement que je ne les ai pas consultés avant de rédiger cet article dont ils sont furieux, parce qu'il foule aux pieds tous les principes légaux et civils (voire civiques). Or il se trouve que, les connaissant bien, et depuis longtemps, je leur ai indiqué plusieurs fois, devant témoins, que je préparais cet article, et que je leur ai proposé de le leur faire lire avant publication, ce qu'ils ont refusé, développant une curiosité très faible pour les matières historiques, même celles qui les concernent. Donc ils mentent. Et non seulement ils mentent, mais ils n'ont même jamais eu le courage de me dire leur affaire en face, répandant leur étrange venin derrière mon dos. Quant à savoir ce qu'ils reprochent à mon texte, je n'ai pas trouvé jusqu'ici quiconque (même de leur camp) capable de me l'expliquer.

Notez que si j'avais voulu persifler dans cet article, j'en avais le sujet, le père du propriétaire s'étant promené assez longtemps revêtu d'un titre de marquis auquel il n'avait pas droit selon les lois propres aux hiérarchies nobiliaires. Quant à la famille de son épouse, elle se prévaut d'un titre comtal sans titre, si j'en crois l'armorial breton de référence, celui de Pol Potier de Courcy, pourtant leur proche cousin. D'ailleurs, un autre de leurs proches cousins, Guy Autret de Missirien, pionnier de la généalogie nobiliaire cornouaillaise, écrivait vers 1640 que cette famille était de petite noblesse, et récemment enrichie par de judicieux mariages. J'arrête là avant de devenir désagréable.

Je préfère conclure comme Beaumarchais : "Je leur dirais qu'il n'y a que les petits hommes qui craignent les petits écrits" mais si j'étais tenté d'ajouter la suite ("et que sans la liberté de blâmer, il n'y a pas d'éloge flatteur"), j'attendrais que l'on me démontrât qu'il y eût blâme dans mon texte pour daigner en souligner la part d'éloges. Enfin, selon le vieil adage populaire, "il n'y a que la vérité qui blesse", ce qui semble être à la fois la seule explication et la seule moralité de l'affaire.

Que cette curieuse anecdote extrêmement énigmatique vous donne matière à cogiter dans la canicule sur vos plages !

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01/07/2013

Ecoutes : au moins, les choses sont claires

La révélation que les Etats-Unis espionnent des services diplomatiques officiels de leurs principaux alliés et les services administratifs de l'Union Européenne est un coup de tonnerre aux yeux des peuples de l'Occident. L'absence de dénégation de ce fait donne crédit aux assertions qui émanent de M. Snowden, un agent désormais dissident des USA. Pire encore, en expliquant que "tous les Etats prennent des mesures pour garantir leur sécurité", le secrétaire d'Etat John Kerry a très explicitement indiqué que les principaux alliés officiels de son pays ne sont pas seulement des rivaux potentiels, mais des ennemis potentiels (capables de menacer sa sécurité, accusation très grave), alors même qu'une alliance très étroite (l'OTAN) unit ces pays depuis plus de soixante ans, et qu'il n'existe aucun soupçon sérieux que la guerre puisse éclater entre les pays européens et les Etats-Unis à horizon envisageable, même en rêve.

La position des Etats-Unis clarifie donc leur état d'esprit général : les Etats-Unis ne font confiance à personne, à aucun autre Etat, même à ceux dont on pouvait croire que les liens avec eux étaient les plus étroits, comme le Royaume-Uni, voire l'Allemagne. Désormais, les choses sont claires : l'Europe est libre. Elle ne subit aucun chantage affectif, elle peut (et doit) ne compter que sur elle-même. Encore faut-il qu'elle soit équilibrée en elle-même et qu'elle tienne compte de tous les intérêts de ses Etats membres. Il faut le dire, il en est un peu de notre faute, à nous Français, car voici bien longtemps qu'à force de radiner sur notre contribution aux budgets européens, nous avons laissé la clef de la maison européenne à l'Allemagne, ce qui ne pouvait rester sans effet négatif pour nos intérêts propres en définitive. Rééquilibrer l'Europe, et en faire une organisation mutualiste, sans puissance dominante, capable de défendre nos intérêts communs, certes, mais aussi nos intérêts séparés en faisant en sorte qu'ils ne se contredisent pas, cela dépend donc principalement de nous.

Enfin, il faudra bien remettre à plat et en chantier la défense européenne, car il ne peut être question de se placer sous le bouclier d'un Etat pour lequel nous sommes des ennemis potentiels, je crois que cela tombe sous le sens. Cela signifiera des efforts budgétaires évidents (avec en contrepartie un développement de nos capacités de production dans ce domaine, donc des emplois). Je ne pense pas qu'une centralisation supplémentaire de la défense européenne y soit nécessaire, mais au contraire une meilleure articulation des différentes armées nationales, en lien avec la clarification des missions de l'Union Européenne dans l'esprit mutualiste commun et séparé que j'ai dit plus haut. Enfin, les Etats-unis doivent fermer des bases militaires supplémentaires en Europe.

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23/05/2013

Fiorasso, démission !

Voici quelque temps, j'ai rendu compte des manœuvres douteuses entreprises par Mme Fiorasso, ministre de l'enseignement supérieur (je ne me fais pas à l'idée que son poste ne soit pas subordonné à celui de l'éducation nationale), contre la direction de Sciences Po. Parmi les griefs qui circulaient alors contre cet établissement figurait la stratégie de feu Descoing consistant à internationaliser et décentraliser en même temps les cursus des étudiants. L'équipe dirigeante expliquait que cette stratégie avait attiré de nombreux étudiants étrangers, des quatre coins du monde, en France. Elle s'était faite au prix (élevé) du développement de nombreux cours en langue anglaise (mais aussi plus intéressant de filières bilingues français-anglais, français-allemand et français-espagnol) et d'une augmentation très sensible des frais d'inscription demandés aux étudiants. Apparemment, Mme Fiorasso espère étendre la réussite de Sciences Po à l'ensemble de l'enseignement supérieur public, ce qui est stupide, disons à l'ensemble de l'enseignement supérieur public dans les domaines du commerce et de la science, ce qui est mi-illusoire, mi-scandaleux. Voyons pourquoi.

Rappelons d'abord qu'il appartient à nos pouvoirs publics de défendre notre langue au même titre que le territoire national ou que nos intérêts à l'étranger. Cet objectif est de même nature. Rappelons aussi que tous les défauts de l'ex-président Chirac n'ont pas empêché qu'il défende notre culture et notre langue bec et ongles, ce dont l'Histoire le créditera, car ni son adversaire Jospin, ni son successeur et adversaire Sarkozy n'en ont fait autant, convaincus l'un comme l'autre qu'il n'est de salut qu'à Washington, ce qui se nomme en termes exacts de la haute trahison. Rappelons enfin qu'en élisant François Hollande, nous avons espéré envoyer à l'Elysée un président qui aime la France autant que les Français.

Venons-en aux espérances de Mme Fiorasso. Sciences Po a développé le nombre de ses étudiants en s'inscrivant dans un réseau très dense et mondial d'établissements d'enseignement supérieur d'excellence, en y apportant sa forte expertise dans les sciences sociales. Il est évident que les universités françaises ne pourront ramasser que les restes des réseaux déjà constitués, et qu'elles le feront selon un équilibre coût-avantage déplorable. Sciences Po a construit son succès autour de cursus mondialisés articulés autour de la langue anglaise, superposés, juxtaposés et entremêlés aux cursus proprement hexagonaux. Dans le cas des universités, on voit que la superposition de nouvelle filières aux actuelles poserait des problèmes logistiques dont, faute d'une pensée centrale organisatrice, et compte tenu du nombre très grand de nos établissements publics, on ne peut attendre qu'un énorme gaspillage d'argent public pour une rentabilité culturelle faible. Il a donc germé dans l'esprit baroque de Mme Fiorasso cette chose étrange : un miroir aux alouettes. Un miroir qui a l'inconvénient premier de pousser nos institutions à renoncer à la promotion de la langue française. C'est là la part scandaleuse.

On peut comprendre que les filières commerciales veuillent améliorer le niveau des étudiants francophones en pratique de l'anglais. Pourquoi pas ? Sauf que d'ici peu, nous aurons des machines de traduction instantanée qui rendront obsolète la pratique des langues étrangères, même de l'anglais, pour tous les niveaux élémentaires de l'activité commerciale. C'est déjà le cas dans un certain nombre de domaines. On comprend moins bien encore l'ardeur des scientifiques à sacrifier sur l'autel de l'anglais. Ils disent que leurs publications n'existent que si elles sont faites en anglais. Les scientifiques sont donc bien en retard sur le reste du monde ! Car dorénavant, avec les réseaux sociaux, on apprend tout en temps réel. Le vrai vecteur de la publicité d'une découverte, ce n'est plus "Nature", mais Twitter par exemple. Il suffirait d'une veille organisée diffusant les découvertes libellées en français vers les scientifiques des autres langues et le tour serait joué sans écraser la diversité linguistique qui garantit la diversité des modes de pensée. Il ne resterait qu'à compenser l'unique utilité d'une langue dominante (l'interopérabilité conceptuelle), ce qui ne doit pas être si sorcier que cela, et le tour serait joué.

Donc NON, Mme Fiorasso, il ne peut être question de vous laisser massacrer nos universités pour vos mirages. En revanche, oui, il est acceptable d'aider les étudiants francophones de nos universités à pratiquer mieux les langues étrangères si cela leur donne meilleure confiance en eux. Et pourquoi ne pas bâtir de nouvelles filières mondialisées en langue française en s'appuyant sur l'ensemble des pays francophones au lieu de raisonner toujours selon une dialectique hexagone-monde globalisé parlant globish ? Ils désespèrent de nous, paraît-il. Rendons-leur le moral. Je sais bien que le traître Sarkozy a introduit des intérêts américains anglophones dans les réseaux maçonniques qui sous-tendent la francophonie africaine, mais rien n'est définitif, aucune bataille n''est perdue tant qu'on ne l'a pas décidé.

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21/05/2013

Ayons les meilleures universités et "ils" viendront

En France, quand on veut s'accommoder les juges, on dit du mal des policiers (et réciproquement), quand on veut s'accommoder les policiers, on dit du mal des gendarmes (et réciproquement), quand on veut s'accommoder le monde universitaire, on dit du mal des grandes écoles. C'est comme ça. Cette méthode bébête, infantile et conflictuelle, qui ne vaut pas mieux que les bagarres puériles PSG-OM ou Parisiens-banlieusards, a été employée hier par le déplorable ministre de l'Education nationale (nationale...) Peillon pour justifier son projet d'autoriser les universités à dispenser une partie de leurs cours en anglais, de façon à rester dans le coup de la concurrence du monde globalisé et à attirer ainsi des étudiants de pays émergents. Tout ceci se fait alors qu'on a déshabillé les alliances françaises depuis des années, droite comme gauche, et qu'on ne cesse de rogner les crédits du Quai d'Orsay pour la promotion de notre langue et de notre culture à l'étranger. Cela s'appelle gabegie.

Et cela fait penser à ces petits maires de communes moyennes qui, pour une question de standing, veulent avoir "leur" piscine, "leur" médiathèque, etc. "Vous comprenez, nous ne serions pas à égalité avec les autres". Au nom de ces clochemerles (qui ont souvent les marchands de la balayeuse municipale de Topaze pour âme), on jette l'argent des petites gens par pleins paniers et par les fenêtres. Ici, il ne s'agit guère d'argent (quoique : il va falloir former et/ou importer de nouveaux enseignants si l'on veut dispenser un enseignement de qualité), mais de quelque chose qui est plus précieux que l'argent : l'âme d'un peuple. Les Bretons, les Basques, les Occitans, les Corses, le savent bien : ce qui caractérise un peuple, c'est sa langue. C'est donc notre langue que l'infâme M. Peillon jette par les fenêtres. Finalement, le gouvernement Ayrault verse dans le même fossé de l'Anti-France que celui de M. Jospin.

Eh bien non, nos universités ne doivent pas avoir pour objectif de figurer sur le classement de Changhaï, ni sur celui d'Honolulu ou de la planète Mars. Elles doivent avoir pour but de former bien nos étudiants. Et sur ce point, il y a beaucoup à dire et à redire. Notre éducation nationale plonge dans tous les classements, la qualité de ses résultats ne cesse de se dégrader, et des étudiants viendraient dans nos universités juste parce que soudain, on y dispenserait des cours en anglais ? Qui peut croire à cette farce pathétique ? Disons-le tout net : même de ce point de vue, l'introduction de l'anglais est un emplâtre sur une jambe de bois. Cela ne sert à rien, à rien d'autre qu'à flatter l'égo de quelques universitaires aveuglés et amollis. Qu'ils aient plus d'ambition pour leurs établissements, au lieu de se laisser coloniser par une mentalité défaitiste.

Oui, qu'ils les remontent, leurs universités. Si elles sont les meilleures, on se battra pour y venir, des quatre coins du monde, même si on y parle latin ou grec ancien. Et s'il y a de l'argent à dépenser, au lieu d'encourager l'enseignement de l'anglais, utilisons-le pour améliorer le sort de nos universités. Qui sait ? Elles pourraient redevenir bonnes et jouer ainsi le rôle pour lequel nous dépensons des paquets de milliards chaque année. En attendant, il faut le dire et le répéter, la mesure préconisée par M. Peillon n'est pas seulement stupide, elle est comme tout le reste de sa politique : une illusion. Et enfin, et par dessus tout, elle est inacceptable.

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12/05/2013

Guaino et la séparation des pouvoirs

Montesquieu, auteur de la théorie de la séparation des pouvoirs, en écrivit cette synthèse : "Pour que l'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir". On peut d'ailleurs noter que ce principe tirait son origine d'un régime très efficace, la République romaine, dans l'Antiquité, où l'on nommait à la fois deux consuls pour diriger le pays, les deux disposant exactement des mêmes pouvoirs, chacun se trouvant donc en mesure de stopper les abus de l'autre. Ce régime, qui s'intercala entre deux tyrannies (la royauté et l'empire), dura plusieurs siècles. On le voit, la séparation des pouvoirs a donc un but précis : empêcher les abus de pouvoir. Elle est donc la clef de l'état de droit, et l'un des rouages essentiels, primordiaux, du fonctionnement de la démocratie, notamment contre l'arbitraire et contre la corruption.

Ce principe de séparation des pouvoirs est à l'origine de l'immunité parlementaire, les membres du parlement devant être protégés des pressions qui seraient exercées sur eux personnellement, parce qu'ils sont membres d'une institution, d'un pouvoir, le législatif, qui peut se trouver en conflit avec l'institution judiciaire. Pour l'exécutif, la question n'a été posée qu'assez rarement. Elle l'a été sous la Révolution, en particulier pour le roi Louis XVI, mais par la suite, les gouvernements ont été composés en général de parlementaires, bénéficiant de l'immunité, ce qui constituait d'ailleurs une infraction au principe de séparation. C'est qu'après la Révolution, l'exécutif a été en général trop fort ou trop faible. Evidemment, la question s'est posée de nouveau pour le président de la république sous la Ve république, et l'on a vu un régime de protection instauré sous la présidence de Jacques Chirac, qui a été jugé depuis excessif, et qu'un consensus pourrait aboutir à réformer. Quant aux ministres, ils ne sont plus membres du parlement et, de ce fait, on leur a créé un régime juridictionnel, la Haute Cour, dont l'efficacité se prouve très progressivement.

Le cas de M. Sarkozy dans l'affaire Bettencourt illustre l'une des difficultés de l'application de la séparation des pouvoirs, celle qui concerne les actes commis avant leur accès à l'Elysée par les anciens présidents de la république. On en a vu l'effet dans la condamnation de Jacques Chirac, longtemps après les faits qui lui étaient reprochés. Il est à noter que jamais M. Chirac ni ses proches n'ont contesté qu'il puisse être attrait devant les tribunaux pour ces faits anciens, même si beaucoup ont regretté les lenteurs de la justice, lenteurs qu'ils avaient eux-mêmes organisées... Dans le cas de M. Sarkozy, la nouveauté est de considérer que la justice n'ait aucun droit de le mettre en examen, qu'il y ait forcément un abus de pouvoir, une sorte de lèse-majesté.

Lèse-majesté, voilà qui renvoie à l'Ancien Régime, dont il faut rappeler qu'il eut certes ses qualités, mais qu'il était une tyrannie. L'initiative du député Guaino (auteur de l'apostrophe adressée au juge qu'elle considère coupable) serait d'ailleurs une infraction suffisamment grave au principe d'indépendance de la justice (qui est la condition sine qua non de la séparation des pouvoirs) si elle n'était pas relayée par une bonne centaine de députés de son parti politique. Il y a là véritablement une forfaiture. Ces parlementaires devraient se voir déchus sans tarder de leur mandat. Et d'ailleurs, il est grand temps que la Constitution organise vraiment un "pouvoir judiciaire", qu'elle sépare plus clairement aussi l'exécutif du législatif, et qu'enfin notre république fonctionne pleinement.

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