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20/05/2015

Collège : Manuel Valls perd ses nerfs.

Comme pris de panique, le premier ministre a publié dans la nuit le décret décidant la réforme des collèges à partir de la rentrée 2016. Au soir d'une journée de grève et de défilés où les professeurs se montraient circonspects devant une réforme, une de plus, dont les effets s'annonçaient au moins ambigus, au pire néfastes, le premier ministre a jeté aux orties les promesses faites par sa ministre de l'Éducation Nationale, Mme Vallaud-Belkacem, qui avait annoncé que les professeurs seraient consultés sur la réforme.

Fi donc de la consultation. Voici les professeurs réduits à l'intelligence mesurée des soldats. Leur première vertu devient l'obéissance. Caporalisme. Antichambre possible du fascisme. C'est oublier que, contrairement au soldat, le premier rôle du professeur est de transmettre de l'intelligence. Il le fait d'autant mieux qu'elle irrigue toute la chaîne administrative d'éducation. Or l'intelligence est l'inverse de l'autorité. Elle a besoin de liberté.

Liberté pour les chefs d'établissements dans l'avenir. Peut-être. Cela résoudra-t-il tout ? Cela a-t-il amélioré la moyenne de nos universités ? Non. Cela améliorera-t-il la moyenne de nos collèges ? Non. Cela fera des bons chefs d'établissement des chefs de bons établissements, et donc, au lieu de l'égalité annoncée, cela créera de l'inégalité et, en fin de compte, on aura déplacé l'inégalité sans la réduire. Car par ailleurs, on aura ôté aux chefs d'établissements plusieurs instruments nécessaires aux objectifs qu'on leur fixe.

Pourquoi un tel geste d'autoritarisme ? L'autoritarisme est toujours un signe de faiblesse. Le fort n'a pas besoin d'user de son autorité : elle s'impose d'elle-même. Manuel Valls a dit comme le roi : "Nous voulons", mais ce roi est nu. Trouvant trop compliquée cette négociation avec les partenaires sociaux (que son gouvernement affiche de promouvoir par ailleurs), il a balayé le plateau de l'échiquier comme un vulgaire Fouché aux prises avec l'intelligence perfide d'un Talleyrand, oubliant que celui des deux qui gagne, à la fin, c'est Talleyrand. Comme l'a, paraît-il, dit Bonaparte, relayé par Camus, "il n'y a que deux forces au monde, le sabre et l'esprit ; à la longue, l'esprit l'emportera toujours sur le sabre". En voulant imposer le sabre à l'esprit, Valls a lui-même scellé son futur dans un sens qui ne lui plaira pas.

Par moments, ce petit homme a le regard fixe d'un fou enfermé dans une cage. Par moments, on devine qu'il a des rages terribles, de ces colères blanches qui marquent le débordement de caractère des vrais faibles aux prises avec la complexité de réalités qui les dépassent. Il y a de l'épileptique, chez Valls, et du Caligula. Demain, il nommera son cheval sénateur.

caligula.jpg

Il aime les États-Unis, il aime Israël, tout cela est bien et nous ne pouvons dire que "tant mieux". Mais il devrait d'abord, et avant tout, aimer la France, l'aimer plus que lui-même, peut-être plus que tout, car sa mission politique de conduire le vaisseau des administrations publiques dans l'océan turbulent de l'époque, jusqu'au milieu du typhon, puis jusqu'au-delà, nécessite non pas la foi dans lui-même, ni la foi dans une puissance étrangère, mais la foi dans le peuple, dans les créateurs, dans les entrepreneurs, dans les inventeurs, et dans les fonctionnaires, dans son bateau, dans cette lourde machine si difficile à manœuvrer, mais si forte si on sait lui parler, et si capable de métamorphoser l'invention en prouesse historique.

Au contraire, nous avons l'impression que sa passion des pouvoirs étrangers, son zèle à les servir avant tout, pousse inconsciemment M. Valls à démolir ce qui marche en France, comme il l'a déjà fait. C'est cela, cette impression, qui ne le quittera plus et qui lui collera à la peau. Désormais, c'est "Valls le casseur". Il dit "nous avons engagé la refondation de l'école". Il a seulement ouvert la fosse commune sans avoir l'excuse de devoir y gagner son pain comme le pauvre fossoyeur de Brassens.

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09/05/2015

"In medio stat virtus"

À propos du coup porté à l'enseignement du grec et du latin par le projet de réforme du collège porté par le gouvernement actuel, François Bayrou n'a pas manqué de citer l'une des maximes latines qui ont fait les beaux jours des humanités classiques depuis plusieurs siècles. Cette maxime, je l'ai mise en titre.

In, en latin, est traduit comme de l'anglais et de l'allemand par "dans" ou "en".

Medio est l'ablatif d'un mot neutre, medium. Nous connaissons en français le mot latin medium comme un spirite, un intermédiaire entre l'Au-Delà ou entre les forces invisibles et notre conscience raisonnée. C'est en somme une interface, un moyen de communication. Le pluriel nominatif, vocatif et accusatif de ce medium est media. Les media sont en effet aussi un moyen de communication. Ils nous sont parvenus ainsi via l'anglo-américain, qui connaît depuis longtemps les "mass-media", moyens de communication de masse. Dans les années 1980, nous avons adopté ces media dans le sens de moyen de communication puis, comme la barbarie et le barbarisme se tenaient déjà bras dessus-bras dessous parmi nos élites, on lui a mis un s final absurde, et nous écrivons "médias". Mais si medium est un moyen de communication, le mot latin medium ne va pas jusque-là, il signifie le milieu. On le trouve dans le nom de la Méditerranée, composée de medi- forme dérivée de medium, et de l'adjectif terraneum, lui-même issu de terra la terre. La Méditerranée est un mer entourée de terre, presque un lac, salé. Les Romains nommaient cette mer Mare Nostrum, Notre Mer, parce qu'elle était entièrement incluse dans l'empire romain. Medium est donc le milieu, "in medio" signifie "au milieu".

Stat, du verbe sto, stas, stare, première conjugaison si ma mémoire est bonne, est la troisième personne du singulier. Sto, stas, stat. Ce verbe stare se retrouve dans les mots français stable, constat, station, état, par exemple. On le traduit d'une façon classique par "se tenir".

Virtus est l'un des faux amis préférés des latinistes qui étudient en même temps la littérature française du Grand Siècle, qui l'a employé dans le même sens que le latin, cependant que le siècle des Lumières, qui suit le Grand Siècle, l'a utilisé plutôt dans un sens dérivé, celui que nous connaissons (plus que nous ne le pratiquons) aujourd'hui : la vertu. En latin, comme au XVIIe siècle, il signifie courage. Corneille, excellent latiniste. Racine, excellent latiniste ET excellent helléniste.

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La construction de la phrase latine autorise l'inversion de la forme ordinaire : le sujet suit le verbe. "In medio stat virtus" pourrait être réorganisé en "Virtus stat in medio", mais en plaçant in medio avant le verbe, l'auteur de la citation a tenu à insister sur cet "in medio". Il a donc voulu signifier non pas seulement "Le courage se situe au milieu", mais plus fort : "C'est au milieu que se situe le courage".

Au milieu de quoi ? Au moyen terme, à équidistance entre deux opinions trop tranchées. L'équilibre consiste à ne pas se laisser entraîner par une posture trop virulente. S'en tenir à la modération, faire preuve de tempérance, ne pas céder aux hurlements des foules symétriques. Choisir de pondérer, ne pas tomber dans l'excès, c'est le vrai courage. In medio stat virtus.

04/05/2015

#PJL renseignement, c'est non

Voici le code d'une bannière à placer sur votre site ou blog

<p style="text-align: center;"><a href="https://sous-surveillance.fr"><img style="border: 0;" src="https://wiki.laquadrature.net/images/1/14/Pjl_rens_button.png" alt="Non à la loi renseignement" title="Non à la loi renseignement"></a></p>

 

Si j'arrive à me rappeler où se trouve la page source du mien, je la placerai vite.

Tant que l'inacceptable n'a pas été ôté, le projet de loi Renseignement (ou Surveillance), c'est NON.

18:54 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : internet, surveillance, renseignement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/04/2015

L'acceptable et l'inacceptable dans le projet de loi renseignement

À la demande des services spéciaux français, le gouvernement a proposé au législateur de donner un cadre légal modernisé à l'activité de ces services spéciaux. Dans ce domaine comme dans tous les autres, les nouvelles technologies de l'information et de la communication bouleversent les méthodes d'action. Elles posent d'ailleurs une question qui ne s'était plus posée depuis l'établissement de la poste aux XVIIe et XVIIIe siècle : ne serait-il pas plus efficace pour prévenir les crimes et délits d'ouvrir tous les messages postés pour y déceler d'éventuels forfaits à venir ?

Or si la monarchie a pioché dans le courrier sans grande retenue, la Révolution Française (sauf sous la Terreur) a jugé au contraire que le secret de la correspondance était intimement lié aux droits de l'être humain qu'elle promulguait par ailleurs. Cette décision fut à peu près respectée par la suite, et la conquête des libertés individuelles s'accompagna d'un rôle croissant des juges pénaux dans l'ouverture éventuelle des courriers à fin de justice. L'article 66 de la Constitution de 1958 institue l'autorité judiciaire en "gardienne de la liberté individuelle", ce qui couronne cette évolution en soumettant l'ouverture du courrier, comme celle du domicile, à la décision d'un juge, mesure strictement individuelle.

Longtemps, les services secrets se sont affranchis de cette tutelle au nom de la Raison d'État. Mais la loi de 1991, qui encadra pour la première fois leur activité, ramena le juge sur le devant de la scène, en l'occurrence le juge spécialisé contre le terrorisme.

Malgré toute cette longue évolution, le projet de loi dit "projet de loi renseignement" tente un retour en arrière, s'abritant sous l'incompréhension générale qui accompagne l'actuelle révolution numérique. Exit le juge, retour de la décision administrative déjà appliquée à un quart des écoutes téléphoniques, alors même qu'en bonne logique, il serait sage de soumettre l'ensemble de ces écoutes à des décisions de justice. Il vaudrait mieux niveler le droit par le haut plutôt que par le bas. Cela étant, il est possible que l'activité particulière des services spéciaux nécessite absolument certaines émancipations. Dans ce cas précis, qui doit être strictement encadré, il faut laisser faire, à mon avis. Or je doute que cela concerne la totalité des actuelles écoutes administratives.

Donc étendre ce droit mal contrôlé au numérique et à l'ensemble de la population revient à une régression historique majeure. C'est cela qui est inacceptable, et d'ailleurs inconstitutionnel : le rôle insuffisant du magistrat, du juge judiciaire, qui doit partout jouer le rôle que la Constitution lui assigne. Quitte à former plus de juges spécialisés.

L'autre aspect inacceptable, ce sont les dispositifs qui ont été surnommés les "boîtes noires", des mouchards installés en parasites sur les hébergeurs de contenus. Les hébergeurs ont d'ailleurs protesté à juste titre contre ce vilain rôle qu'on leur fait jouer. Il faut se rappeler que le principe du secret de la correspondance a été décisif dans le succès de la Révolution industrielle, au même titre que la protection des brevets. Si la Révolution numérique ne bénéficie pas du même confort, elle échouera d'une manière ou d'une autre et tournera en eau de boudin.

Enfin, il serait particulièrement ironique que les États-Unis, qui se sont si fort targués d'avoir vaincu le totalitarisme soviétique, imposent à leurs alliés une surveillance de la population dont les dirigeants soviétiques, même dans leurs délires les plus fous, n'ont jamais osé rêver. Récapitulons donc : inacceptable que le rôle du juge dans la protection de la liberté individuelle ne soit pas respecté. Inacceptable la surveillance universelle qui fait de tous les citoyens des suspects.

Acceptables, en revanche, toutes les mesures individuelles prévues par le projet de loi, du moment qu'elles sont contrôlées par un juge. Chacun sait que c'est par le renseignement direct que l'on obtient les bons résultats. La surveillance universelle n'aboutit jamais qu'à des abus de pouvoirs et qu'à des instruments de domination politique comme le dispositif américain le démontre à l'envi. Faisons confiance au Conseil Constitutionnel pour veiller à nos libertés. 

12:22 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liberté individuelle, internet, la poste | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/04/2015

Trafics d'humains en Méditerranée

La multiplication des noyades de migrants en Méditerranée souligne l'impuissance des pays riches à décourager les pauvres de venir chercher l'Eldorado chez eux. Des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, jetés sur les mers par une cruauté ou l'autre, se trouvent chaque jour plus en danger que la veille. La cupidité des trafiquants et l'égoïsme des peuples européens versent ensuite des larmes de crocodile sur les morts de ces traversées tragiques.

barbaresques.jpgIl semble qu'une malédiction condamne la Méditerranée à porter depuis toujours des cargaisons humaines. Les Grecs, les Romains, les Arabes, et beaucoup d'autres, n'ont cessé d'acheminer sur elle leurs horribles frets humains d'esclaves. En principe, les naufragés d'aujourd'hui ne sont plus des esclaves, mais les otages de toutes sortes de mafias qui se servent de leur détresse et qui profitent d'eux pour passer aussi armes et drogues, parfois sous couvert de bigoterie. La férocité et les grands mots servent alors de méprisables paravents à des activités plus méprisables encore. Le brigandage rit de ce qu'il effarouche.

Autant le dire tout de suite : aucune politique d'immigration raisonnée, ni de quotas, ne viendra à bout de cette détresse. Les États-Unis ont tout cela depuis belle lurette, et cela ne les empêche pas de recevoir une immigration clandestine massive et d'ailleurs, disons-le, productive. Non, la seule solution consiste dans l'accélération du développement économique (déjà bien amorcé pour un nombre croissant de pays de l'Afrique subsaharienne) et surtout, dans des politiques de paix civile efficaces. Un Boko Haram, ce sont des dizaines de milliers de civils qui fuient. Nécessité fait loi.

09/04/2015

TV5 Monde : qui la Francophonie dérange-t-elle ?

La chaîne de télévision TV5 Monde vient d'être victime d'une cyberattaque d'une force inégalée. On peut évidemment noter qu'il s'agit encore une fois d'un instrument de propagation de la culture qui subit ainsi les foudres de terroristes. Or en l'occurrence, il ne s'agit pas de n'importe quel instrument, ni de n'importe quelle culture : TV5 Monde est l'outil médiatique commun le plus important de la Francophonie mondiale. Qui donc est ainsi gêné par la Francophonie ?

À en juger par le peu d'éclat donné par les autorités françaises à la semaine de la Francophonie, le mois dernier, on pourrait juger pourtant qu'il n'y a plus de match, et que la France a perdu toute ambition culturelle. Jamais un secrétaire de la Francophonie n'a été aussi absent de nos ondes que l'actuelle titulaire du poste, une dame haïtiano-québécoise pourtant fort sympathique à entendre. Tout semble joué, l'anglophonie d'internet, l'anglomanie de la Commission européenne de Bruxelles, semblent fossoyer sans résistance française le retentissement d'une langue qui n'est pas seulement un véhicule de langage, mais qui charrie avec elle les traditions de mille ans de pensée libre, laïque et cartésienne, et la puissance de l'idée républicaine et de ses trois mots-clefs : liberté, égalité, fraternité.

C'est donc sur une ambulance qui transporte un patient en coma dépassé qu'une main encore anonyme vient de tirer. Anonyme ? S'agit-il d'un salafiste irrité de la persistance d'une idée laïque par le moyen de la langue française au Maghreb ? S'agit-il d'un djihadiste irrité de la résistance du Sahara à l'arabisation que ses brigands déguisés en soldats de Dieu tentent d'y opérer, malgré son cortège de milliers d'années de traite des esclaves vers la Méditerranée ? S'agit-il des amis du criminel Kagamé dont les mains ruissellent encore du sang de centaines de milliers de ses compatriotes ? Certains doivent déjà le savoir.

Ce crime contre la pensée sera-t-il en tout cas l'occasion d'un sursaut de la Francophonie ? Espérons-le. D'un mal sort parfois un bien.

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07/04/2015

Jean Germain : la dépression d'un battu

La mort soudaine du sénateur et ex-maire de Tours, Jean Germain, retrouvé mort près de chez lui avec une lettre d'adieu, rappelle que la vie politique n'est pas une activité comme les autres. Germain avait été battu voici tout juste un an aux élections municipales à la suite des révélations de l'affaire dite des "mariages chinois". Ce peut être une occasion de relire le billet de l'Hérétique sur l'affaire du député Demange en 2008, qui a quelques points communs inattendus avec celle du sénateur Germain, même si ce dernier n'est jamais tombé au degré d'infamie du premier.

Moi qui n'ai jamais été ni maire, ni député, je peux témoigner de l'intense cruauté qui s'attache à la sortie non souhaitée d'un mandat politique qui occupe toute votre vie. Lorsque j'ai terminé mon mandat d'adjoint au maire du XVIe arrondissement de Paris, en 2001, n'ayant pas été réinvesti par mon parti, l'UDF, et subissant l'attaque locale du député Goasguen, je suis entré dans un véritable trou noir. Les dernières semaines avant le vote avaient été sauvages. La meute des jaloux qui souhaitaient mon poste dans mon parti hurlait partout "sortez les sortants", ce que je vivais comme une injustice, ayant choisi de rester dans l'UDF alors que tous les autres élus de cette famille politique dans cet arrondissement avaient opté pour le parti de Madelin, Démocratie Libérale. Il me semblait que l'on reconnaissait mal la fidélité, sans parler de la qualité de mon travail d'élu, qui n'a jamais reçu aucune critique, sauf l'incident du mariage d'Emmanuel Petit dont j'ai parlé ailleurs, et qui ne concernait que le microcosme de la mairie.

Lorsque l'on cesse ses fonctions sans l'avoir souhaité, on porte en soi un vide immense. Un deuil. Personne ne vous téléphone. Personne n'exprime la moindre compassion. C'est le noir le plus total.

Encore n'ai-je exercé ces fonctions que pendant six ans. Et finalement, je suis heureux d'avoir opté pour un autre chemin, fermement assis sur la résolution de n'être plus jamais candidat à une élection politique.

Dans le cas du sénateur Germain, cette sidérante viduité s'est accompagnée d'une autre sidération : celle de se voir accusé dans l'affaire dite des "mariages chinois". Il s'agissait de mariages fictifs organisés par un tour-opérateur chinois, avec la coopération d'une société française dirigée par une adjointe de Germain. Le mélange des genres entre public et commercial était total, peut-être bénéficiait-il à la ville de Tours, cela n'est pas certain, mais on comprend que la justice ait mis son nez dans l'affaire.o-JEAN-GERMAIN-facebook.jpg

À la foudre de la perte de la mairie s'est donc ajoutée celle de cette accusation dont il a senti le poids et la crédibilité. Je ne peux pas me prononcer sur l'éventualité de la condamnation de Germain. Il est innocent pour toujours, puisqu'il n'a jamais été condamné. Il a payé cher cette innocence perpétuelle. S'il y a une mafia chinoise à l'autre bout de la chaîne, on peut d'ailleurs s'interroger sur la réalité du suicide, mais c'est une autre histoire, car la réalité de la dépression était lisible sur les traits du sénateur Germain depuis sa chute municipale dans les rares interviews télévisées disponibles.

Que les partis politiques, ces meutes en quête de charogne, daignent un jour se regarder dans un miroir. Qu'une main se tende vers un battu, qu'il y ait toujours un vrai ami pour ceux qu'emporte une perdition intérieure, et ils auront retrouvé un peu de la dignité qui leur manque si fort, et ils auront recouvré un peu du droit de recevoir le suffrage du peuple.

06/04/2015

Religions et révolutions

En ce lendemain de la fête chrétienne de Pâques, et au surlendemain de la fête juive de Pessah, alors que la RATP s'enfonce dans un curieux débat à propos d'une affiche d'un concert du groupe de musique des Prêtres organisé pour le secours des chrétiens massacrés en Orient, il est utile de rappeler que les religions, qui sont globalement conçues comme un instrument de conservatisme, voire d'obscurantisme, ont pu jouer un rôle historique majeur en formalisant des révolutions historiques.

Le sacrifice d'Abraham, par exemple, illustre de la façon la plus explicite une révolution majeure de l'Histoire de l'humanité. Cette révolution n'a pas eu lieu partout en même temps, les civilisations ne l'ont pas toutes vécue en même temps, ni de la même manière. Il s'agit de l'abandon du sacrifice humain, pour passer au sacrifice animal. Cet abandon consacre la dignité ontologique de l'être humain qui, à ses propres yeux, cesse d'être un animal comme les autres.

L'histoire est connue : Abraham interroge ce qu'il croit être son dieu, ce dieu lui ordonne de sacrifier son fils. Abraham accepte. Alors le dieu, confiant dans son obéissance, lui indique qu'il n'a plus besoin du sacrifice humain et que, par substitution, il va désormais sacrifier un bélier. Ce bélier auquel le Christ, dans une prière fameuse, se substitue à son tour : "Je suis l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". C'est la deuxième révolution historique : l'abandon du sacrifice animal. Le rite de communion se substitue à celui du sacrifice.

On peut gloser sur les traces de sacrifice animal qui subsistent cependant dans le rite plus ou moins formel de l'agneau pascal, on peut surtout regretter que le judaïsme et l'islam, à travers leur exigence d'un abattage rituel, conservent encore d'autres traces de ce sacrifice archaïque. C'est que les révolutions historiques ne se font pas partout à la fois. Elles sont ici symbolisées plus qu'incarnées, et d'ailleurs, les religions monothéistes, celles que nous nommons les religions du Livre, ont plus souvent incarné le conservatisme que la nouveauté depuis l'entrée dans les temps modernes. C'est que le principe même du rituel, avec la fin des civilisations agraires, a perdu l'essentiel de son effet, donc de son sens.

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26/03/2015

UMP, PS, FN, c'est kifkif ?

Dimanche, les électeurs de France seront appelés à voter pour le second tour des élections départementales. On peut s'attendre à des records d'abstention. Pourtant, voter est un acte qui vient des tripes, un acte qui engage les viscères. Aimer ou détester un pouvoir politique fait partie de l'état naturel du citoyen. L'opacité de l'activité politique et les doutes multiples qui planent sur elle désamorcent le taux d'adrénaline que devrait produire le vote. De là sans doute la tentation de l'abstention.

Il faut dire aussi que lorsque l'on nous explique qu'un candidat qui appelle aux ratonnades, ou un candidat qui pense que le seul bon étranger est un étranger mort, eh bien, c'est la même chose qu'un candidat qui opère de mauvais choix économiques, sociaux et sociétaux, on ne donne pas non plus envie de voter, car cette idée est un pur scandale. C'est un danger extrême. Le fait que l'UMP ne soit pas capable de considérer qu'au minimum, les candidats qui appellent au meurtre doivent être battus coûte que coûte, ouvre devant la France un gouffre mortifère. Et lorsque Juppé estime qu'il a gagné contre Sarkozy, parce qu'il a obligé celui-ci à reconnaître que le MoDem peut faire partie de sa majorité de droite, j'ai envie de lui répondre qu'ils ont perdu tous les deux, et Juppé et Sarkozy, parce qu'ils n'ont pas su empêcher l'essentiel, et qu'ils n'ont pas su affirmer les valeurs les plus élémentaires de la démocratie, de la République et de l'humanisme.

Je sais bien que pour se défendre, la droite a raison de stigmatiser l'antisémitisme déguisé en antisionisme d'une partie des réseaux de la gauche ultra. Mais elle n'a pas été capable de sortir le nom d'un seul candidat du PS et de ses alliés présent au second tour qui ait personnellement lancé des appels au meurtre ou au lynchage. Tandis que ce que nous reprochons à des candidats d'extrême droite, ce sont leurs propres écrits publics. Le jour du vote, nous votons pour des candidats.

Il y a une faute morale dans le fait que l'UMP n'appelle pas à faire barrage au FN coûte que coûte. Il y a une faute historique pour l'UMP à ne pas faire barrage coûte que coûte à celles et ceux des candidats dont les propres déclarations ne conduisent qu'au meurtre de masse ou de détail.

C'est un débat que j'aurais avec Jean Ferrat aussi s'il était encore vivant s'il continuait à acclamer, parmi les grands noms de la France, celui de Robespierre ("Cet homme qui portait dans son nom son métier et son cœur", selon l'énorme expression de Victor Hugo dans "93", son métier, la robe, et son cœur, la pierre), car le rôle principal de Robespierre fut de guillotiner tous les autres révolutionnaires et son unique mérite l'incorruptibilité. Si le fait d'être incorruptible mène à faire guillotiner ses amis et des êtres aussi généreux et utiles que Desmoulins, on se demande s'il n'y a pas plus de mérite à se laisser corrompre, en fait. Heureusement, on peut être honnête sans dresser les poteaux de la Veuve sur la place de la Concorde. Mais on doit choisir ses références.

Donc pour ce second tour, ce que nous devons examiner, c'est le message personnel des candidats. Les appels au meurtre doivent être partout combattus coûte que coûte. S'il fallait voter pour un stalinien d'aujourd'hui (ils ne sont plus ceux d'hier) pour faire battre un FN qui a personnellement écrit qu'il faut descendre dans la rue pour y mener la chasse aux Arabes, je le ferais, j'irais jusque-là, qui serait la seule motivation de mon vote pour un stalinien, à condition bien entendu que le stalinien ne danse pas chaque soir dans la rue en chantant qu'il faut pendre tout le monde par les tripes à la porte des préfectures, cas où je ne voterais pas, mais où je déménagerais assez vite pour changer de circonscription, car se retrouver à avoir à choisir entre deux assassins en puissance, c'est déprimant.

On comprend que la gradation de la désapprobation inspirerait mon vote. Comme dit le vieil adage, au second tour, j'élimine. Il n'existe aucun cas où je voterais FN. On a vu le seul où je voterais stalinien. Je pourrais voter écolo, sauf pour quelques-uns qui sentent le soufre. Si j'habitais Notre-Dame des Landes, je ferais comme 36% des électeurs du premier tour, je voterais évidemment écolo, pour qu'y soit définitivement et officiellement abandonné le projet funeste d'aéroport. Je n'aurais aucun mal à voter UDI, j'ai beaucoup d'amis personnels dans cette famille politique. Et je reste encore plus proche de Bayrou et de ses amis du MoDem. Dans les face-à-face UMP-PS, j'essaierais de mettre de côté la politique nationale pour examiner d'abord les enjeux locaux.

La gestion des collectivités locales par le PS est en moyenne défectueuse. Cependant, il faut évaluer la crédibilité de l'UMP locale à faire mieux, ce qui n'est pas toujours gagné d'avance. Et parfois, à force d'entendre des UMP dire que FN et PS, c'est kifkif, on finit par trouver que certains UMP et le FN, c'est aussi kifkif, tandis que sur les sujets sociétaux, qui entrent en ligne de compte, le PS fait mieux que ces UMP simili FN. Dans ces affrontements locaux, j'appliquerais, si j'avais à voter en plusieurs endroits, la méthode résumée par Voltaire lorsqu'il décrivait le théâtre de Marivaux : "des œufs de mouche pesés dans des balances de toile d'araignée". Au microgramme près.

Il reste à dire un mot de la circonscription départementale où je vote. C'est un morceau du Finistère, département où le premier tour suggère un statu quo de majorité départementale à venir.  Il s'agit du "canton" de Plonéour-Lanvern. La situation n'y est pas facile pour les candidats qui représentent la droite. Je crois que ce binôme est fait de deux UDI, je ne les connais personnellement ni l'un ni l'autre. Je connais en revanche depuis longtemps le maire de Plonéour, Michel Canévet, depuis peu sénateur. J'avais même avec lui des relations plutôt cordiales. Mais son attitude et celle de certains de ses soutiens sont devenues étranges et ambiguës à mon endroit.

Ce binôme que je crois de centre droit a atteint le score de 35% au premier tour. En face, le total des voix des gauches atteint presque 35% aussi. Il y a eu un peu plus de 4% de régionalistes tendance "bonnets rouges" au premier tour et deux fois plus d'écolos. La gestion de l'écologie par le département a été plus que douteuse dans la dernière mandature, le choix d'installation de la centrale à gaz près de Brest est une aberration. Pour l'emporter, les centristes doivent donc trouver une alchimie d'âme bretonne et une vision agricole et environnementale aussi subtile que créative. Agriculteurs, bonnets rouges et écolos ont a priori beaucoup plus de divergences à aplanir que de conceptions communes, si bien que les amener sur le même vote est un exercice de synthèse stimulant. S'il y avait plus de temps pour y travailler, le sujet serait intéressant. Il ne reste plus que trois jours. Affaire à suivre.

08:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, bayrou, ump, ps, udi, fn, bretagne, finistère | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/03/2015

La culture, pour résister

L'attentat de Tunis, peu de temps après les destructions spectaculaires commises par le  soi-disant "État islamique" dans des musées irakiens, projette une ombre grimaçante sur le crétinisme militant revendiqué par l'ancien président Sarkozy et sur la décision qu'il a prise, seul, de détruire l'État libyen. Les armes jetées alors sur ses ordres au hasard du désert libyen ne sont pas étrangères à celles qui viennent de tuer au Bardo, à Tunis. Sa folie barbare produit dans cette affaire des conséquences d'une redoutable cohérence, un bain de sang et une estocade contre la culture.

En face, on attendrait une lueur élémentaire d'intelligence et de tact, le sens de la répartie et le bon choix des réponses. Espérons que les Tunisiens se sortiront de cette nouvelle épreuve, c'est un peuple résistant qui se construit un nouveau destin. Faisons-lui confiance. Le gouvernement français, en revanche, nous accable en ce moment précis.

Tout d'abord, cette sempiternelle et inutile réforme du collège, alors que c'est dans le primaire, avant le collège, que l'essentiel se joue, et qu'un élève qui sort du primaire sans maîtriser ni la langue française ni les fondamentaux du calcul perd la plupart de ses chances devant les étapes suivantes. Au fond, cette péripétie ne mérite qu'un haussement d'épaules, un de plus en attendant le sursaut. Seulement voilà que s'y cache la stupidité la plus malfaisante : l'affaiblissement, une fois de plus, des langues anciennes. Nos élèves sombrent, enfonçons-les. Tout cela au nom des intentions les plus mielleuses pour les pauvres petits choux. L'égalitarisme contre l'égalité, le nivellement par l'ignorance, la fabrication patiente et glaciale d'un peuple sans mémoire, sans culture, sans horizon, purement assujetti à la logique du nombre.

Ce peuple-là, forgé par des décennies d'école ratée, est capable de voter pour le Front National. Nous le voyons, ces jours-ci. Il ne réclame pas l'égalité, il veut de l'inégalité, toujours plus, et toujours plus pour lui, en particulier, car en votant ainsi, ce qu'il réclame, ce sont des privilèges, des privilèges pour lui, rien que pour lui, des passe-droit. Foin de la République, il n'en connaît ni les grandes dates ni les grands principes. Foin du bon sens, on ne lui a fourni que de la bouillie mentale en exemple, et des généreux sentiments qui ne l'ont mené nulle autre part que dans l'impasse. On l'a plongé dans le brouillard de l'ignorance, il y cherche non pas de la lumière, mais une meute à rejoindre pour s'y tailler un petit royaume chimérique, et pour emplir sa panse. L'égalitarisme contre l'égalité. Comme disait Victor Hugo, "Tous hurlent à la fois et font un bruit sinistre".

Oui, nous le voyons bien, l'ennemi est partout différent, mais il est partout le même. Les salafistes, le FN, c'est le même combat. Ce combat qui veut asservir l'esprit humain a forcément pour premier ennemi la culture. La culture qui éduque, qui donne de la distance sur l'événement, qui apprend à ne pas se laisser guider par la première émotion, mais que l'on est plus fort lorsque l'on est raisonnable, et plus perspicace lorsque l'on dispose de vocabulaire et de références. La culture qui exalte le beau, le beau qui n'est pas partout le même mais qui, partout, rend répugnants les bains de sang. La culture qui élève le cœur et qui fait de l'homme un citoyen, et du citoyen un artiste, un créateur, un bâtisseur de plus.

Il n'y a pas que les salafistes et le FN. Souvent, l'on est confronté à la logique fruste de responsables politiques exclusivement matérialistes. Pour eux aussi, la culture est a priori un ennemi. Les programmes archéologiques ralentissent les réalisations urbanistiques et réduisent la profitabilité des promotions immobilières. Tout ça sont des vieilleries, poussière sur poussière. Les artistes sont incontrôlables. Ce sont des Roms, au fond, des valetailles de romanichels, des traîne-patin et des crève-misère, un peu voleurs de poules, un peu rouges en leur for intérieur. Pas assez bourgeois, pas convenables, pas guidés par l'argent comme tout le monde. Suspects.

Dans les années 1970, la ville de Quimper, effrayée par les lendemains de 1968, refusa l'installation de l'université finistérienne sur son territoire. Négligeant pour une fois sa rivalité séculaire avec Brest, elle laissa ce dangereux foyer de sédition se créer dans cette autre ville. Aujourd'hui, quarante ans après, le bilan est désastreux et les matérialistes eux-même le comprennent. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc. Par exemple, les études historiques ont démontré qu'au XVIIe siècle, ce qui fit l'essor de Quimper, ce ne fut pas seulement son tribunal, mais son collège des jésuites, vers lequel des élèves affluaient par centaines venus d'un peu partout, et qu'il drainait vers elle. Dans une ville de 7000 habitants, 1000 élèves au collège (qui n'était pas alors obligatoire), cela faisait combien d'emplois ? Combien pour les nourrir ? Combien pour leur fournir des livres ? Et de l'encre ? Et des vêtements ? Et combien de ces élèves, ensuite, garderaient la nostalgie de cette ville où ils avaient grandi au monde ? Quel réseau d'influence formeraient-ils à son profit ? La culture d'aujourd'hui, ce sont les emplois de demain. En refusant l'université il y a quarante ans, Quimper a scellé pour une durée indéterminée, mais déjà bien entamée, son enlisement économique.

Mais revenons aux autres, aux salauds, à Sarkozy, à BHL, aux salafistes, au FN, à toute cette clique sanguinaire et cupide. Il n'y a pas à chercher beaucoup pour comprendre que leur ennemi, c'est la culture. N'importe qui a lu l'essentiel de Victor Hugo, de Balzac, l'Histoire des Girondins de Lamartine, l'Argent et la Curée de Zola, les Thibault de Martin du Gard, Vol de Nuit de Saint-Exupéry, l'Éducation européenne et la Promesse de l'Aube de Gary, le Livre de ma Mère d'Albert Cohen, la Peste de Camus, des poèmes de Césaire et la Tragédie du Roi Christophe, n'importe qui a vu la Règle du Jeu et la Grande Illusion de Renoir, les Mémoires d'un Tricheur de Guitry, la Belle et la Bête de Cocteau, Nuit et Brouillard de Resnais, le Président et Mille Milliards de Dollars de Verneuil, n'importe qui a cherché son chemin dans un tableau de Poussin ou de Manet, n'importe qui écoute de temps à autre un morceau de Mozart, sera imperméable à leurs foutaises et pourra leur réserver tout ce qu'ils méritent : un bras d'honneur.

Dans ce monde agité, fébrile, dangereux, nous n'avons donc rien de plus nécessaire à faire que de lire, de courir les musées, de hanter les cinémas et les théâtres. C'est cela qui est indispensable, ce superflu sans lequel nous ne sommes que de la chair à obscurantisme. Contre la puissance de l'argent, de la régression, de la haine, de l'oppression, notre arme, c'est la culture. Alors de grâce, Mme Vallaud-Belkacem, ne tendez pas à nos bourreaux le couteau pour nous égorger : rendez le latin-grec aux enfants de France. Rendez-leur l'éthique de la culture, de la culture pour résister.

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10/03/2015

Boute-feux, bains de sang et larmes de crocodile

L'immense majorité des humains, d'où qu'ils soient, ne veut que la paix et la concorde. Mais constamment, les boute-feux hurlent à la mort et réclament du sang, des pogroms et de la guerre. Dans les périodes de tension, des hommes et/ou femmes de bonne volonté tentent d'apaiser les esprits, mais il se trouve toujours un ahuri plus jusquauboutiste et plus boute-feu que les autres pour faire capoter les efforts de la sagesse et pour plonger le monde dans le bain de sang.

Le portrait entièrement à charge du roi François Ier, hier soir, sur la chaîne France 3, n'aurait pas mérité une seconde de commentaire autre qu'un mépris poli s'il n'avait illustré malgré lui ce ténébreux pouvoir des pousse-au-crime. Ce documentaire, qui a réussi à ne prononcer ni le nom de Léonard de Vinci, ni celui de Jacques Cartier, serait aussitôt retombé dans un oubli mérité s'il n'avait réussi, malgré lui il faut le répéter, à montrer comme l'engrenage de la haine est difficile à enrayer.

François Ier, homme de caractère heureux et solaire, ami des beaux-arts et doté d'un vrai goût, ce qui est aussi rare en politique qu'à la télévision française, vit monter la Réforme religieuse. Homme de conciliation et de faible sectarisme, il espéra jouer un rôle réconciliateur et, contre son ennemi Charles-Quint trop proche de l'Église de Rome, il s'aboucha avec des princes protestants, tout en soufflant le chaud et le froid sur les premiers protestants français.

Mal lui en prit : il reçut en pleine face l'affaire dite des Placards, des affiches incendiaires plus violentes que le plus violent des Charlie Hebdo, placardées un peu partout, notamment dans son propre château, et, dit-on, jusque sur la porte même de sa chambre. Ces affiches s'en prenaient en termes virulents au pape. Elles mirent François en difficulté, comme y sont souvent les modérés devant les outranciers. Il crut pouvoir manœuvrer mais dix ans plus tard, comme nous l'explique Ferrand avec moult détails évidemment affreux et intolérables, cet homme de compromis qui aimait les ouvertures audacieuses se résolut à l'impardonnable massacre qui fut le vrai point de départ des Guerres de Religion.

On aurait aimé une vraie réflexion sur l'affaire des Placards : qui sont ses auteurs ? quel est leur but ? Comprennent-ils qu'en défiant l'autorité royale jusque dans le palais même du roi, ils affaiblissent celui-ci alors même qu'il cherche (un peu à tâtons, disons-le) une solution de compromis pacifique ? Les boute-feux du départ n'ont-ils aucune part dans le massacre de l'arrivée ?

J'ai dénoncé pendant des années, vox clamans in deserto, les hurlements de ces boute-feux, les gesticulations de Bernard-Henri Lévy ont fini par éclabousser ses mains du sang de centaines de milliers de Libyens,  George W Bush devrait être traîné devant un Nuremberg et condamné à une prison perpétuelle. Tous ceux qui, au nom de quelque principe que ce soit, qui, en réalité, appellent au meurtre, méritent qu'on les fasse taire.

Il n'y a pas une France raciste aujourd'hui, pas plus qu'hier. Mais il y a la meute hideuse qui attire vers elle tous ceux que l'odeur du sang enivre, et qui, à leur tour, attirent vers eux toute la souffrance humaine, en quête de chimère, et toute la colère aveugle, en quête de boucs-émissaires. Daech, Boko Haram, ce sont de semblables fausses-couches de l'Histoire. De tous côtés, les loups hurlent à la mort, et les gens de bonne volonté tendent la main pour inviter à la paix. Au lieu de juger superficiellement et stupidement les personnages historiques, valorisons ce qu'ils ont offert d'exemple. Surtout si cela peut servir à la paix.

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25/02/2015

Dette et déflation sont liées

L'Europe s'enlise dans une inflation quasi-nulle et, ici ou là, des moments de déflation font craindre une bascule franche dans la déflation pure et simple. Aux États-Unis mêmes, la grande mollesse de l'inflation tempère les ardeurs de la Réserve Fédérale de remonter ses taux. Selon les derniers chiffres disponibles, le déficit budgétaire américain frôle encore les 5% du PIB, cependant que la croissance a dû plafonner autour de 2% en 2014. En France, nous en sommes à plus de 4% de déficit pour 0,x de croissance.

Que signifie cette différence entre déficit et croissance ? Elle signifie que, en 2014, les États Unis auront diminué la valeur de leur économie de presque 3%, la France de plus de 3,5%.

Or qu'est-ce que l'inflation mesurée à l'échelle macroéconomique d'un pays ? C'est l'augmentation de la valeur d'une production globalement mesurée, c'est le triomphe du produit sur la monnaie. Il faut de plus en plus de monnaie pour acheter le produit. Une augmentation de valeur. Or nous venons de dire que le différentiel (croissance - déficit des comptes publics) est une perte de valeur de l'économie. Cela signifie donc que le déficit budgétaire, chaque fois qu'il est plus fort que la croissance de l'économie en valeur, est une déflation.

600px-Assignat_de_15_sols.jpgC'est le triomphe de la monnaie sur le produit. Ce qui est recherché, c'est la monnaie, pas le produit. De là vient que nos économies sont en quasi-déflation : l'augmentation de la production en valeur y est plus que compensée par la destruction de valeur de l'économie par les pouvoirs publics, parce que ceux-ci cherchent avidement et désespérément de la monnaie pour financer leur activité.

Réduire la dette, c'est donc enrayer la déflation et remettre l'économie sur les rails. Hélas, ce n'est pas ce que nos autorités publiques font, ni en France, ni aux États-Unis. Pourtant, le risque d'implosion économique existe. Un jour, peut-être, faudra-t-il ouvrir des tribunaux pour juger ces dirigeants aveugles.

À moins ... à moins qu'un sursaut ne se produise. Espérons.

(Illustration : assignat, monnaie de la Ière République dont la valeur nominale s'effondra vite. Image prise sur Wikipedia).

 

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20/02/2015

DSK : complice de la saumure

Alors que l'on nous annonce de toutes parts une relaxe triomphale pour l'accusé Dominique Strauss-Kahn dans sa deuxième affaire hôtelière, celle du Carlton qui a succédé à celle du Sofitel, il faut avouer (et faute avouée est à moitié pardonnée) que ce mot triomphale qui, en grec signifierait triple nombril, laisse un goût amer.

Il ne s'agit nullement de juger ici le principe d'une vie sexuelle débridée, à un, à deux, à trois, à quatre ou à plus. Quoique. Brassens a chanté "Sitôt qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons", ce qui lui permettait de conclure qu'"au faisceau des phallus, on verra pas le mien". Non, sérieusement, du moment que l'affaire ne concerne que des adultes consentants, elle leur appartient. L'amertume est ailleurs.

Je pense d'abord à la France, qui a failli se retrouver avec ce qu'on ne peut plus nommer autrement qu'un pauvre type à sa tête, une espèce de faune dominé par des besoins charnels frénétiques qui, en réalité, le plongeaient forcément dans une sorte d'hystérie masculine. Un faune brutal, ne sachant pas entendre les désirs de ses partenaires et se livrant sans limite à ses propres penchants qui l'aveuglaient. Une brute qui réussissait à faire crier grâce et à arracher des larmes de souffrance à ces femmes si courageuses et si blasées et cuirassées que sont les prostituées de bas étage dont il faisait son ordinaire aux États-Unis comme en France.

Comment ? Lui ? Il ne savait pas que c'étaient des prostituées ? Mais que l'on relise ce qui s'écrivait partout, dans tous les journaux, au moment de l'affaire du Sofitel : à New-York, les prostituées ne voulaient plus se rendre à ses invitations. Et leurs "employeurs" ne voulaient plus les lui envoyer en mission, car elles revenaient trop abîmées. Abîmées par son sens de la fête, bien entendu. Pourquoi personne n'a-t-il rappelé ces faits ?

C'est peut-être que, finalement, nous avons eu pitié. Pitié, parce qu'il a paru pitoyable, ce grand homme si longtemps redouté. Il a fini par admettre que ses goûts dépassaient les limites de la rudesse ordinaire, et que cela pouvait ne pas plaire à tout le monde. Oui, nous avons eu l'impression que ses yeux s'ouvraient. Peut-être sortira-t-il de ce procès plus libre au sens psychanalytique qu'il n'y est entré. Peut-être y a-t-il exorcisé une ancienne douleur. Laquelle ?

Cet homme se pensant si viril aimait-il être marié à une femme si riche qu'elle pouvait lui offrir dix fois chacune des choses les plus folles qu'il ait osé imaginer ? A-t-il subi l'humiliation de se sentir inférieur à elle par le pouvoir et même (on n'en serait pas surpris) par l'intelligence ? Se vengeait-il sur ces autres femmes, en les dominant pour oublier qu'il n'était pas le plus fort chez lui ? Peu importe, finalement. On pense cependant aussi à Anne Sinclair, qui aurait tant aimé être celle qui ferait élire le premier président juif de France. Il y a dans tout cela les ressorts de la tragédie qui l'a emporté sur eux.

L'amertume vient aussi de cette impression qui ne nous quittera plus de sitôt que la justice, en France, n'est pas l'instrument neutre, indépendant et impartial que nous aimerions qu'elle fût. Plusieurs mois avant l'affaire du Sofitel, des courriels anonymes circulaient qui appâtaient sur le goût de DSK pour les partouzes, occasions pour lesquelles il lui arrivait de louer des péniches sur la Seine, et auxquelles on voyait souvent participer des filles trop jeunes, voire beaucoup trop jeunes.

Quelqu'un préparait l'opinion à la chute qui guettait l'homme du FMI. Il le pressentait lui-même, ce qui ne l'empêcha pas de tomber au Sofitel dans le piège qu'on lui tendait. Mais ce piège l'écartait d'un autre, celui du Carlton. D'une affaire crapoteuse et minable à l'autre, il se laissait balloter dans les prétoires par une main (ou plutôt deux mains séparées) qui instrumentalisaient la justice à des fins politiciennes. L'affaire du Carlton, au milieu de la campagne présidentielle de 2012, eût été une tornade qui eût emporté sans rémission la candidature de DSK dans la géhenne. Une curieuse main providentielle a sauvé la France d'un second mandat sarkozyste en multipliant sur le fragile DSK les tempêtes judiciaires. Strauss-Kahn fut en quelque sorte, et à son corps pour une fois défendant, le bouc-émissaire, la victime sacrificielle, non pas de l'élection de François Hollande, mais de l'interruption de la dérive politique profonde qu'imposait le sarkozysme buissonnier à notre pays. Il y a là évidemment un tiroir secret dans notre amertume.

Donc s'il fut un bouc-émissaire, une victime sacrificielle, on pourrait considérer qu'il a assez payé, au propre comme au figuré. Non, je ne crois pas, cependant, que nous en soyons là. Dans ce procès, comme d'habitude, les lampistes trinquent et les politiques s'en sortent. On a pourtant lu qu'il y avait bel et bien eu viol, encore une fois, de la part de DSK. Et, comme je l'ai dit plus haut, sa posture du "je ne savais pas qu'elles étaient prostituées" ne tient pas une seule seconde. D'ailleurs, dans le monde de l'échangisme, les prostituées sont (si j'ose dire) du "matériel" courant.

Oui, les politiques, les puissants, ceux qui se connaissent de près, qui se rencontrent, qui s'envoient des émissaires, qui dînent dans les mêmes restaurants et servent dans les mêmes corps, tous ceux-là s'en sortent, toujours, ils troquent une victoire dans un procès contre une victoire dans un autre, une relaxe ici, un renvoi en cour d'appel là, et tout le monde est content. Tout le monde ? Non, car nous, qui ne sommes pas de ces gens de si haut, nous pleurons l'indépendance encore perdue de notre pouvoir judiciaire qui nous semble partout éclater. Éclater en sanglots.

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09/02/2015

Le FN, notre pulsion mortifère

Une bulle historique éclate. C'est la bulle de la dette. Depuis quarante ans, nous avons feint de croire qu'il y avait seulement une crise, puis des crises, après lesquelles tout rentrerait dans l'ordre. Depuis quarante ans, nos sociétés se mentent.

Lorsqu'en 1973 se termina le cycle des Trente Glorieuses, lorsque les matières premières cessèrent pour toujours de représenter une quantité négligeable de la Valeur Ajoutée que nous produisions, nous aurions dû réagir avec l'esprit du marché, en répercutant intégralement cette réalité. De cette façon, nous aurions purgé ce que la hausse brutale du prix de l'énergie avait d'excessif et nous aurions engagé nos systèmes économiques dans des cercles vertueux de croissance raisonnable.

Hélas, pour des raisons politiques liées à la guerre froide, mais aussi par illusion ou par paresse, nous avons préféré le doux mensonge de "la crise", état provisoire. En fait, nous avons enclenché des mécanismes historiques dont la réalité se dévoile jour après jour, tous basés sur la fiction (alors que le marché a besoin de comportements rationnels et non faussés pour fonctionner) et sur des inégalités croissantes.

Le principe de l'inégalité est de constituer un centre et des périphéries. Le centre est un sommet, une concentration, une focalisation, une cristallisation, et les périphéries sont les inverses de tout cela. Pour en faire une synthèse rapide, en France, nous avons deux types de périphéries, qui se regardent en chiens de faïence : les "quartiers", ce qu'autrefois on nommait avec crainte les "faubourgs", d'un côté et, de l'autre, les campagnes, les petites localités. La distance n'est pas la même, mais dans un cas comme dans l'autre, on vit à mille lieues des instances de pouvoir, comme dans une autre dimension.

Éloigné de la puissance publique, on y subit aussi l'érosion du service public. L'inégalité se matérialise là de sa façon la plus directe : quand on a de l'argent et que l'on vit au centre-ville, on a l'autorité publique à portée de la main, des écoles efficaces comme s'il en pleuvait, des réseaux économiques, sociaux, culturels, tous les moyens de se passionner, mais si l'on vit dans une périphérie proche ou lointaine, on est considéré avec condescendance, commisération, sarcasme ou dédain, et l'on ramasse les miettes que l'on est généreusement autorisé à grappiller.

J'ai lu ce soir parmi les commentaires du vote qui a eu lieu hier dans le Doubs : "Le FN joint les exaspérés et les désespérés". Jolie formule. Si je voulais la pousser au bout, j'ajouterais que pour les désespérés, le FN est l'arme d'une pulsion suicidaire, tandis que pour les exaspérés, il est l'arme d'une pulsion meurtrière. Pour les premiers, la haine de soi, pour les seconds, la haine tout court.

48796.jpg

La bulle qui éclate est une correction très lourde des comptes économiques, sociaux, humains, et cela se fait à l'échelle d'une planète désormais interconnectée et mondialisée. La correction signifie un retour très désagréable à la réalité. Le réflexe défensif est naturel, et la pulsion mortifère logique. Il faut savoir y résister, mais les marchands de peur, d'illusion, de révolution sanguinaire, de religion rétrograde, sont tous là qui hurlent à la mort comme des loups ravagés par la gale de la haine. Il est urgent de croire au sursaut.

(Tableau de Pieter Claez, 1597-1661)

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07/02/2015

"Les imbéciles qui sont nés quelque part"

En prononçant le mot "Apartheid", le premier ministre Valls a commis une grave faute contre la République. Il a sous-entendu un système de ségrégation ethnique. Le but qu'il visait devrait faire honte à ceux de ses amis qui se pensent humanistes : il s'agit d'ethniciser la Société française en empruntant le toboggan fatal - et sans retour - des statistiques dites "ethniques". S'il n'y a pas de crime contre l'humanité, il y a bien un crime contre l'humanisme.

À chaque fois que ces sujets reviennent sur le tapis (et ils y sont fâcheusement revenus à une accablante nuée de reprises depuis une dizaine d'années au moins), je repense à ma chère grand-mère, Diane. Elle était née au Pérou d'un père belge et d'une mère britannique en 1903, elle avait passé toute son adolescence au Japon de 1913 à 1921, elle s'était mariée en Chine en 1926 avec un Français. Elle avait été baptisée catholique, ses deux parents l'étaient aussi, mais les parents de sa mère avaient été élevés dans la religion juive avant de se convertir à l'anglicanisme. Dans quelle case ethnique serait-elle entrée ?

Mois-de-juin1.jpgVigny, lui, a écrit : "On est toujours du pays de son enfance". Quelle case ethnique résulte de cet aphorisme ? C'est beau, de se sentir breton, corse, basque, berrichon, kabyle, berbère, loubavitch, sépharade, lapon, galicien, tonkinois, masaï, mais si cela devient une prison, si cela devient obligatoire, c'est épouvantable. L'embrigadement dans la sombre troupe (selon l'expression de Brassens) des "imbéciles qui sont nés quelque part", très peu pour moi. Crosse en l'air !

Notre particularité historique, à nous citoyens de la République Française, est justement que cette république ne se définit que comme une assemblée des citoyens et si chacun est invité à s'adonner à ses goûts intellectuels, philosophiques et culturels comme il l'entend, la république ne connaît rien de ces activités annexes. Elle ne connaît que les citoyens dans l'exercice de leur citoyenneté, si bien qu'il me semble qu'il serait judicieux de débattre moins de ce qui n'entre pas dans la citoyenneté (par exemple l'origine ethnique) et plus de ce qui en fait partie. En somme, soyons constructifs.

(L'enluminure qui illustre cet article est issue des Très Riches Heures du duc de Berry, un duc qui, comme son nom ne l'indique pas, n'était pas très berrichon).

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04/02/2015

Faut-il construire des mosquées sur fonds publics ?

Dimanche dernier, le ministre des Finances Michel Sapin était l'invité de Maïtena Biraben dans l'émission Le Supplément sur la chaîne Canal Plus. Au milieu des questions qui lui étaient posées, M. Sapin indiqua que les églises catholiques et certaines synagogues étant construites au moment de l'adoption de la loi de Séparation des Églises et de l'État, les musulmans se trouvaient brimés puisque les mosquées ne l'étaient pas, et qu'il avait donc fallu faire avec les moyens du bord pour financer la construction de mosquées. Par cette petite phrase, l'ami intime du président Hollande a confirmé ce que plusieurs accusateurs affirmaient depuis déjà des mois : des élus, notamment socialistes, ont troqué des permis de construire et des financements de mosquées contre le vote bloqué des fidèles de ces édifices de culte.

M. Sapin ne s'en offusquait pas, mais nous avons le droit, et même le devoir, de nous en indigner : ce faisant, par ce troc, les élus concernés ont établi un lien entre citoyenneté et religion. Or ce lien est la seule et ineffaçable infraction concevable à la loi de 1905. Des élus qui, par ailleurs, prônent la laïcité s'appuient sur la confessionnalisation d'un vote collectif. Contredisant Victor Hugo, ils disent : à la conscience, je préfère la consigne et, qui plus est, la consigne d'un corbeau.

C'est cela qui n'est pas - et qui ne peut pas être - acceptable dans la République française, pas plus que le financement de crèches confessionnelles Loubavitch par la Ville de Paris, pas plus que les contorsions de bien des élus pour faire plaisir aux derniers catholiques (ou protestants) de leurs paroisses, à l'exception bien entendu des départements de l'Alsace-Moselle, encore sous régime concordataire.

Il n'est pas acceptable que des élus troquent des lignes budgétaires contre des voix. Le vote confessionnel musulman semble d'ailleurs le dernier à fonctionner encore. Cela, au profit d'élus dont la plupart sont socialistes. Il mue un clientélisme ordinaire en faute majeure contre la loi de 1905. Les élus en question devraient répondre de leurs actes devant les tribunaux, si cela ne dépendait que de moi.

Pourquoi fait-on cela ainsi ? Officiellement, c'est pour ne pas ouvrir de guerres civiles. Officieusement, c'est pour profiter de la manne électorale. On l'a bien compris. Mais par ce procédé en catimini, on joue avec le feu, et l'on pourrait se brûler prochainement.

Il est cependant un point sur lequel on peut tomber d'accord avec M. Sapin et ses séides : oui, il y a une injustice à combler, il faudrait trouver le financement public d'un nombre suffisant de mosquées. Une loi suffirait à le permettre comme elle le fit en 1920 pour la Grande Mosquée de Paris. Dans un contexte d'asphyxie budgétaire, cette perspective paraît terrifiante, mais il faudra s'y résoudre. Financer les mosquées sur fonds publics a l'avantage de donner à l'État un droit de regard sur le respect des principes républicains par les cultes, et cet avantage n'échappe à personne. C'est à l'État, et non aux collectivités locales, que devrait échoir ce financement public des mosquées.

Cela permettrait de mettre un terme au scandaleux clientélisme antirépublicain auquel se livrent paraît-il ces élus, et d'afficher les réalités avec courage. Cela déplairait évidemment aux excités. Mais il y aurait moins de perversité dans cette nouvelle situation que dans l'actuelle où l'on sent bien le jeu avec le feu, que nous constations dans la stigmatisation de l'ancien pouvoir, et que nous reconnaissons dans les jeux ambigus de l'actuel.

Cette ambiguïté fait d'ailleurs que le PS ne mérite pas que l'on vote pour lui dimanche dans le Doubs. Et cependant, il faut bien empêcher l'adversaire d'être élu. Alors, sans double-jeu, disons que si nous habitions là, nous voterions PS pour éliminer l'autre, mais ajoutons que le PS nous doit une contrepartie. Je ne veux pas dire par là que les militants du PS doivent se précipiter pour acheter mes livres (même si je suis content quand il s'en vend beaucoup), mais qu'il faut que le PS (et ceux qui l'imitent) nous prouve(nt) qu'il est prêt à s'amender. Faute de quoi, il se précipitera de lui-même dans l'abîme, et peut-être nous tous avec.

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02/02/2015

L'Europe a besoin d'austérité

Il devrait y avoir des tribunaux pour juger et punir les responsables politiques grecs et non grecs qui ont imposé la rétraction du système de sécurité sociale grecque jusqu'à un point qui n'a pas d'autre nom que l'ignominie et que le crime. Ces responsables sont évidemment des financiers rapaces et des politiciens européens et américains arrogants. Quand on sait le poids des États-Unis sur le FMI, on a le droit de trouver qu'Obama, ce soir, en appelant à cesser de pressurer les Grecs, versait des larmes de crocodile. Larmes de crocodile aussi de la part des dirigeants allemands qui ont appelé les Grecs à vendre leurs îles, pour s'alarmer dès que le port du Pirée a été vendu ... à des Chinois.

MinerveLa suspension de la privatisation du Pirée donne donc à penser que le vrai vainqueur de l'élection grecque se trouve à Washington, ennemi feutré de la Chine, à moins qu'il ne soit à Moscou : on a tout entendu cette semaine sur l'obédience du parti Syriza et de son allié, le petit parti souverainiste dissident de la Nouvelle Démocratie.

Il y a un point commun entre tous les vainqueurs supposés de l'élection grecque : tous sont adversaires de la construction européenne. Les Chinois sont contre parce que l'Europe unie est la vraie première puissance commerciale du monde, les USA sont contre parce qu'ils ne veulent voir qu'une seule tête, la leur, et qu'ils n'aiment de constructions politiques que celles dont ils sont le chef discrétionnaire. Les Russes, enfin, sont contre parce qu'ils estiment que l'Europe a entrepris d'empiéter sur leur pré carré historique, dont on ne sait plus trop s'il se limite à l'est de l'Ukraine ou s'il est susceptible de s'étendre jusqu'aux frontières de l'ancien pacte de Varsovie.

Les Grecs ont donc voté contre l'Europe. Non. Ils ont voté contre la troïka, qui incluait trop d'instances non européennes. En ce sens, qui est l'exclusion du FMI des affaires internes de l'Europe, les Grecs ont eu raison.

Les Grecs ont voté contre l'austérité. Oui et non. Oui, car la situation sociale atteignait l'insupportable et nous aurions dû protester plus fort devant les privations sanitaires imposées au peuple de Grèce. Mais nous sommes empêchés de le faire parce que nous savons qu'il y a, en Grèce même, des systèmes mafieux qui parasitent l'État et qui organisent l'enrichissement de quelques-uns au détriment de tous, et en particulier au détriment des contribuables des autres pays européens, la Grèce se trouvant depuis longtemps sous perfusion européenne.

Ce que nous voudrions, c'est que les Grecs commencent par faire le ménage chez eux. Et de ce point de vue-là, les événements récents ne sont qu'à moitié rassurants. Certes, Syriza a annoncé vouloir purger les administrations des connexions mafieuses qui s'y épanouissent. Mais on attend les premières décisions réelles dans ce domaine et l'attribution du portefeuille de la Défense à M. Kamennos est inquiétante.

Il semble en fait que le nouveau pouvoir grec ne soit pas assez puissant chez lui pour pouvoir assumer les purges nécessaires.

Ce sont ces mêmes purges que nos pays plus riches nécessitent. Nous avons besoin que soient mis au pas tous les profiteurs, légaux ou illégaux, petits ou grands, dont la voracité anémiante mène nos pouvoirs publics tout droit vers l'embolie finale. Quand nous aurons pris la mesure de ce que cela signifie, alors, nous serons tous d'accord, gens de bonne volonté et de bonne foi, pour affirmer que oui, l'Europe a besoin d'austérité.

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27/01/2015

À toi, Marie-Anne, qui sauvas un juif

Le jour de la commémoration de la libération des camps de la mort nazis, je n'ai pas envie de reparler de mon grand-père, Édouard Torchet, résistant dans le réseau Libération Vengeur dès 1940, réseau qui se fondit dans Ceux de la Libération au bout d'un an ou deux, je n'ai pas envie non plus d'évoquer mon autre grand-père, Jean Chauvel, qui, dans la clandestinité, condamné à mort par contumace par les occupants allemands, dirigea le groupe d'études des Affaires Étrangères qui préparait l'après-guerre. Non, il me semble qu'il faut parler de quelqu'un qui a fait plus directement pour sauver un juif : Marie-Anne.

marie-anne brassaï.jpeg

La photo que je reproduis ici a été prise par le célèbre photographe Brassaï. Voici pourquoi.

Marie-Anne, née Derrien, fille d'un haut fonctionnaire du Second Empire reconverti dans l'industrie, naquit dans le Finistère, sans doute à Pont-l'Abbé, en 1877. Elle venait après sa sœur aînée, qui était la mère de Jean Chauvel cité plus haut, et après leur frère Marcel, croix de guerre 14-18 et maire de Loctudy (Finistère). Elle avait seize ans lorsque ses parents moururent, quelques mois l'un après l'autre. Vers la vingtaine, elle épousa l'un des représentants d'une famille qui construisait des voitures automobiles, l'industriel Pierre Delaunay-Belleville. Elle lui donna quatre enfants : Yves et Yvonne, Jacques et Jacqueline. Au choix des prénoms, on mesure le caractère déjà fantasque de cette jeune mère.

Après ces quatre couches en huit ans, il apparut vite qu'elle n'était guère douée pour la vie bourgeoise. Quelques années plus tard, elle se sépara de son époux qui lui laissa les biens fonciers achetés ensemble, un confort suffisant. Livrée à elle-même, elle s'abandonna aux talents artistiques qui étaient sa vraie vocation comme ils furent celle de son frère cadet Georges.

Mélomane comme toute sa famille, mais réellement douée pour le piano, Marie-Anne se fit pianiste. Après l'Armistice de 1918, elle partit en tournée dans toute l'Europe, en Roumanie en particulier. C'est là, au cours d'une tournée, qu'elle découvrit le futur Brassaï. Elle lui conseilla de venir à Paris. Il vint. Elle l'hébergea et, pour lui donner quelque chose à faire, le chargea de remuer l'épais désordre qu'elle entretenait chez elle. Il déménagea son fourbi. Elle le surnomma "Fourbi".

À cette époque, à Paris, elle fut l'un des piliers de la Coupole. Elle y passait ses journées au milieu de l'effervescence exceptionnelle que cette brasserie devenue mythique connaissait à cette époque.

Elle n'eut pas que des bonheurs : dans ces années 1920, elle perdit trois de ses quatre enfants, qui moururent dans des accidents d'avion ou de voiture. Sa dernière fille survivante, Jacqueline, se maria en 1929, mais perdit son mari six mois à peine après la naissance de leur fils unique. Quelques années plus tard, Jacqueline se remaria au général Pechkoff, fils probable du poète russe Gorki, et diplomate français.

Lorsque l'armée française s'effondra, en 1940, Marie-Anne vivait en bourgeoise excentrique dans le XVIe arrondissement de Paris. Elle se fournissait régulièrement chez un épicier oriental de quartier, un juif russe. L'employé de ce juif russe tranchait le saumon fumé comme personne. Il obtenait des tranches fines comme du papier à cigarette, le sommet du raffinement. On le connaissait (et je l'ai connu quarante ans plus tard) sous le nom de "Monsieur Victor". Monsieur Victor était juif, lui aussi.

Marie-Anne, qui avait voyagé en Europe et qui savait ce qui s'y passait, prit Monsieur Victor chez elle, tout au fond de son appartement qui, je crois, se situait rue de la Pompe, près de l'école Gerson. Elle cacha Monsieur Victor dans une pièce du fond de son appartement pendant toute la guerre, sans hésiter. Elle le sauva.

Je ne suis pas sûr que ses voisins aient aimé apprendre ces faits à la Libération, car elle quitta la rue de la Pompe dans les mois qui suivirent la Libération, pour s'installer à Montmartre dans un atelier perché en haut d'un invraisemblable colimaçon escarpé et bancal. Elle se fit évidemment remarquer, car il fallut faire des trous dans les murs pour faire passer son piano qui ne la quittait jamais.

Un soir de 1946, elle mit du lait sur le feu puis, fatiguée, s'allongea un moment. Le lait déborda, éteignit le feu, le gaz se répandit, et elle ne se réveilla jamais. La mort de cette extraordinaire personne fut aussi surréaliste que les instants les plus forts de sa vie : le cercueil ne passait pas dans le colimaçon, le tragique tournait au grotesque. Il fallut mettre la caisse debout pour lui faire descendre l'étage crucial, et je passe sur certains détails macabres. Car le plus terrible suivit. Il y avait une fête foraine en bas de Montmartre, près de chez elle. Le corbillard n'avait pu se garer que de l'autre côté des manèges et des boutiques à frites. Le cortège funèbre traversa la foule, les rires, les lumières, les flammes, à la manière de ces enterrements de pacotille qu'elle avait vus cent fois à Montparnasse et au Quartier Latin, dans les années 1920, à la manière d'un bal des Gad'z'Arts. Mais là, aucune femme nue ne se dressa subitement du cercueil en jouant de la trompette.

Je crois que Marie-Anne est enterrée à Loctudy, dans sa tombe familiale, près de son père et de ses enfants. Elle n'a pas sauvé des millions de juifs, mais au moins elle en a sauvé un. Il en aurait fallu près de six millions comme elle.

08:03 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : juif, résistance, brassaï, pechkoff, gorki | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/01/2015

Étranges doubles jeux diplomatiques

Sur le papier, tout est simple. En apparence, tout est clair. En réalité, la diplomatie se joue dans les couloirs, elle s'y est toujours jouée, et avec l'évolution des démocraties, elle se joue de plus en plus en amont des urnes. En politique et en démocratie, c'est souvent celui qui a le plus d'argent qui gagne, et il y a deux catégories de puissances financières qui peuvent s'acheter des candidats : les mastodontes économiques et les États. Les liens supposés avoir uni Sarkozy à feu Khadhafi résument ce que j'entends par là.

Au Proche Orient, la diplomatie française plonge depuis la chute de Saddam Hussein. L'Irak était devenu notre principal allié occulte au Moyen Orient depuis 1970. La Compagnie Française des Pétroles (CFP devenue Total) contrôlait en 1970 la majorité du pétrole extrait dans ce pays. Mais Saddam, arrivé au pouvoir à la fin des années 1970, se montra l'adversaire le plus résolu et le plus dangereux d'Israël, ce qui fragilisait cette diplomatie occulte, qui resta protégée pendant de longues années par la tragédie négligée qu'a été la guerre Irak-Iran.

Après la fin de ce conflit, il devint vite difficile d'empêcher le chef de l'Irak de s'enfoncer dans l'impasse de la répression, et encore plus de l'empêcher de tomber dans le panneau que lui tendaient les États-Unis. La suite est connue, ce fut la première guerre du Golfe, où les Occidentaux, financés par les pétromonarchies, renversèrent un régime laïque pour le remplacer par ... par rien, en fait.

Le président Chirac, qui arriva ensuite, donna justice aux survivants de la Shoah en reconnaissant le rôle de la machine d'État dans la Déportation, mais il n'était pas un ami d'Israël. Il fut au bord de la guerre avec ce pays en raison des affaires libanaises. Son allié dans la région se nommait Hariri, un milliardaire musulman sunnite et libano-séoudien dont les connexions ont reçu peu de publicité jusqu'ici. Puisque Chirac piochait chez les Séoudiens, Sarkozy alla se servir chez les rivaux de ceux-ci, au Qatar, et c'est là que commence le plus troublant des doubles jeux diplomatiques récents, d'autant plus troublant qu'il perdure.

Sur le papier, tout est simple : Israël a un ennemi principal : le Hamas, mouvement palestinien minoritaire en Palestine entière, mais majoritaire dans la Bande de Gaza. Or le Hamas est financé grandement par le Qatar. Donc le Qatar est le principal ennemi d'Israël ? Heu, non, en fait. Car la droite israélienne appuie un responsable politique français, l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, et celui-ci est réputé l'allié et le conseiller le plus intime de l'émir du Qatar. Résumons donc : officiellement, la droite israélienne voue une haine acharnée au Hamas, mais en réalité elle soutient un homme politique qui inspire le Qatar.

On connaît le vieux principe : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Logique flagrante. Or là, pas du tout : les amis de mes amis sont mes amis, mais les ennemis de mes amis le sont aussi, comme d'ailleurs les amis de mes ennemis. Ce n'est plus de la diplomatie secrète, c'est de la duplicité, poussée à un point qu'elle ne peut que révolter. Et il faut bien se poser la question la plus dérangeante : si la droite israélienne est l'alliée du Qatar, quel est le prix de cette alliance ? Et enfin, plus crument : la droite de M. Netanyahou est-elle financée par le fleuve de pétrodollars de l'émir du Qatar ? Si cela était, on comprend le poids de "Bibi" Netanyahou sur son pays. En démocratie, celui qui gagne est presque toujours celui qui a le plus d'argent. Mais qu'il prenne garde : tôt ou tard, la justice reprend son droit.

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23/01/2015

Quimper, ville d'exil

Quimper est le chef-lieu du Finistère depuis 1790. C'est une ville moyenne, environ 60000 habitants, très ancrée dans son arrière-pays. Là commence la version sud du "bout du monde", c'est-à-dire les deux caps de l'extrémité sud-ouest de la Bretagne : le Cap Caval et le Cap Sizun, entre lesquels s'étend l'immense et splendide Baie des Trépassés.

Le mot Quimper signifie, en langue bretonne, "confluent, pêcherie". Il y avait jadis à Quimper trois grands moulins sur l'Odet, le petit fleuve qui arrose la ville, et sur le Teir qui s'y jette : le moulin de l'abbaye-prieuré de Locmaria, le moulin du duc de Bretagne, et enfin celui de l'évêque de Cornouaille, Quimper fut pendant mille ans au moins la capitale de l'ancien diocèse de Cornouaille. Chacun de ces moulins était posé sur une retenue d'eau, l'Odet devenait un chapelet d'étangs à écluses.

Du temps des ducs de Bretagne, le grand diocèse de Cornouaille était le plus pauvre des neuf bretons (Cornouaille, Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, Vannes, Saint-Malo, Dol, Rennes et Nantes). La ville eut son heure de gloire au XIe siècle, mais cessa vite d'abriter une instance importante du pouvoir politique. Cependant, dans la Bretagne libre, celle des ducs, la ville tirait son épingle du jeu. À partir de 1600, après la période incertaine du XVIe siècle, Quimper se découvrit ville du bout du monde, loin de tout, à l'écart des grandes routes maritimes, et surtout à l'extrême périphérie du territoire qui recevait la considération du pouvoir parisien.

À Paris, on avait une idée si élevée de Quimper.... qu'on y exilait les personnages mal vus du roi ou de son entourage. Je l'ai constaté en écrivant mon dernier livre, la biographie de Guy Autret de Missirien, Quimper était tenu pour un tel "trou" qu'on y voyait la terre d'exil idéale. On y exila le jésuite Nicolas Caussin, confesseur disgracié du roi Louis XIII. On y exila aussi Duhamel, le janséniste trublion qui s'en alla ensuite à Bellême.

Voltaire exprima plus tard son mépris pour cette Basse-Bretagne qui avait donné le jour à son ennemi préféré : Élie Fréron.

Il n'y eut qu'une brève embellie, grâce à Augustin Le Goazre de Kervélégan, premier vrai politicien quimpérois, qui sut faire jouer ses hauts réseaux versaillais et parisiens pour obtenir que le chef-lieu du Finistère fût placé dans sa chère ville.

Tout ceci paraîtrait anecdotique et doit faire sourire mes amis parisiens qui me lisent, mais un fait récent vient de renforcer l'impression de mépris que les Quimpérois ont lorsqu'ils envisagent la façon dont Paris les considère. Depuis le 6 janvier, la ligne aérienne Paris-Quimper est dotée d'un avion ... à hélices. Mermoz, relève-toi, ils sont devenus fous. Bientôt, on la dotera d'un biplan, et puis, pourquoi pas, d'un planeur, ou d'un avion à pédales.

Malgré ce camouflet, la ligne reste, et de loin, la plus chère de France. Il est plus onéreux et désormais plus lent de voler de Paris à Quimper que de Paris à Barcelone, qui est pourtant plus de deux fois plus loin. Avec cela, bien entendu, comme les quotas de pêche se réduisent comme peau de chagrin, et comme l'agriculture productiviste est en pleine crise, on dit : "développez le tourisme".

Imbéciles. Avec des avions à pédales, on va évidemment le développer, le tourisme.

De toute évidence, à Paris, tout le monde s'en fout, de ce "trou" de Quimper, loin de tout, loin des caméras, loin des paillettes, loin de l'argent, loin de soi. Fi donc !

Et puis évidemment, on songe au grotesque projet de Notre-Dame des Landes, et alors, on comprend : comme les Cornouaillais sont extrêmement opposés à cet projet de "grand aéroport" qui menace à terme l'existence même de l'aéroport quimpérois, eh bien, le lobby aéronautique tape sur ce point faible qu'est Quimper-Pluguffan. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Signalons la manifeste et suspecte inertie des politiques devant ce scandale. Ils le paieront.

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