04/09/2013

Syrie : pourquoi je ne suis toujours pas convaincu

La campagne de promotion de l'intervention américaine en Syrie a atteint aujourd'hui un paroxysme en France : la venue du président allemand à Oradour-sur-Glane, hors de toute logique calendaire et commémorative, a fait des victimes de la division SS "Das reich" les otages d'un forfait désormais annoncé. Le président Hollande n'a pas manqué, avec d'épaisses allusions oratoires, de lier l'événement vieux de près de soixante dix ans avec l'intervention où il se laisse entraîner en Syrie. De ce fait, il a permis de comprendre pourquoi M. Désir avait employé le mot 'munichois" la semaine dernière. Tout ceci n'est qu'un plan com ample, à l'américaine, qu'il faut décorer aujourd'hui du seul adjectif qui lui convienne : dégueulasse.

Comprenons-le bien : nous sommes revenus en 2003. Les Américains ont décidé de se débarrasser d'un régime qu'ils sentent enfin à leur portée. Pour cela, ils invoquent les "armes de destruction massive". Seule différence : en 2003, on ne disait pas que Saddam utilisait des armes de destruction massive, mais qu'il en détenait, fait suffisant pour l'envoyer à la guillotine de l'Histoire. Dix ans plus tard, on accuse Assad d'avoir utilisé les siennes. Dans un cas comme dans l'autre, on ne dispose d'aucune preuve, sinon, comme cela a été remarqué aujourd'hui, Cameron aurait présenté ces preuves à son parlement, et le "document de synthèse du renseignement" français (rédigé par qui ? pour qui ? avec quelle dose d'interprétation personnelle ?) ne se contenterait pas de déductions évasives. L'objectif réel est le même qu'en 2003 : faire tomber le régime. Et pourtant, comme en Libye sous Sarkozy, on affirme qu'on s'en tiendra à une action limitée dans le temps et dans le contenu. On voit ce qu'il faut donc penser des engagements de modération pris aussi bien par Hollande que par Obama. Chiffons de papier.

Or si nul ne peut nier que le régime d'Assad soit encore plus odieux que celui de Saddam (notamment dans la rubrique tortionnaire et terroriste), nul ne peut oublier non plus qu'en définitive, la garden-party de George W. Bush en Irak a tué un million d'Irakiens, soit un sur huit, un bilan effroyable qui aurait porté le bilan de la Première Guerre Mondiale à cinq millions de morts si la même proportion nous avait été appliquée. Les Irakiens ont acquis une liberté qui leur a coûté d'autant plus cher que, depuis leur "libération", leur pays s'enfonce dans une guerre civile chronique et meurtrière.

Cet argument suffirait à me faire douter du bien-fondé d'une intervention américaine (avec supplétifs français) en Syrie. Le mal dont ce pays souffre est atroce, mais le remède qu'on lui propose est encore pire que le mal.

D'autant plus que les dizaines de milliers de morts dans les représailles post-révolutionnaires libyennes et les incendies de dizaines d'églises coptes en Egypte montrent quelles seront les victimes premières d'un changement de régime : toutes les minorités. Et nous, France, depuis l'empire ottoman, nous sommes supposés les protéger, ces chrétiens d'Orient. Seulement voilà, la gauche est au pouvoir, la vraie, la gauche sectaire, avec Ayrault, et ces gens, qui se disent cathos de gauche, traduisent gauche d'une façon étrange, vu de l'extérieur, et ils traduisent catho en rouvrant le Colisée et en lâchant les lions.

Enfin, l'argument le plus décisif pour refuser cet engagement militaire en Syrie est tout simple : si l'usage d'armes chimiques est un crime contre l'humanité, qu'attend-on pour traduire devant des tribunaux les dizaines de milliers d'Américains qui ont répandu l'"agent orange" sur le Vietnam ? Non, on ne le fera pas, et l'on sait pourquoi : c'est parce que les Etats-Unis sont puissants. Le principal crime d'Assad, de ce fait, ce ne sont pas ses horribles prisons, ni sa police politique, mais c'est qu'il est faible. L'opération projetée en Syrie n'est pas une affaire de justice, c'est l'application de la loi du plus fort, voilà tout, le principe léonin.

Alors, il faut qu'on le dise : nous aimons l'Amérique, c'est un beau pays, qui a accompli de grandes choses, mais ce que nous ne pourrons jamais accepter d'elle, c'est son esprit de domination. Et depuis 1958, la France, fidèle à la liberté conquise par son peuple en 1789 contre cet esprit de domination du faible par le fort, est (était) le pays qui, tout en manifestant aussi sa fidélité à l'alliance, refusait de s'incliner devant les oukases de la domination. Avec la transformation de Hollande en carpette réduite à attendre le décret du Congrès américain, nous pouvons constater la fin de cette Ve république, avec une grande tristesse. Après l'épisode de la résistance sur l'exception culturelle, Obama semble goûter là une revanche sadique. En tout cas, il révèle la vérité : le président Hollande est désormais un pantin méprisable. De profundis. Dies irae.

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Commentaires

Je ne voudrais pas être désobligeant, mais vous même n'auriez vous pas par hasard traité Nicolas Sarkozy de "caniche de Bush" ?
Assertion absolument dénuée de tout fondement.
N'auriez vous pas poussé de hauts cris lorsque Nicolas Sarkozy a mis fin à l'hypocrisie de la non participation de la France dans l'OTAN et donné des leçons de gaullisme à la terre entière ?
Bin là vous en avez un de caniche, un vrai.
Le caniche Flanby, même pas capable de faire autre chose que d'attendre la décision d'un parlement étranger avant de rentrer à la niche ou de mordiller les mollets d'Assad ce salopard.
On n'a jamais vu ça...
Mais ça vous l'avez voulu, vous avez voté pour Flanby par haine paranoïaque de la personnalité et même du physique de Nicolas Sarkozy.
J'étais personnellement dubitatif sur tel ou tel aspect de la personnalité de NS mais de là à aider à mettre à la tête de la France un personnage de la dimension d'un Hollande, dont tout le monde connaissait les limites, l’hypocrisie, la lâcheté, le goût des calculs politiciens de bas étage, il y a une marge que VOUS avez franchie...
Ce salopard va nous entraîner dans une guerre folle.
Vous l'avez voulu.
Vous l'avez.
Alors de grâce assumez comme un grand garçon et arrêtez de nous infliger vos remords.
Il fallait y réfléchir avant, ne pas faire des calculs de politicards de bas étage à la Bayrou et écoutez ce que les propres amis de ce président (si tant est qu'on puisse lui donner ce nom) vous disaient à son propos.

Écrit par : Jihème | 05/09/2013

Tout à fait d'accord avec Hervé pour regretter que François Hollande se mette sur la ligne de Nicolas Sarkozy en Libye, prêt à tirer dans le tas en infraction avec le droit international, simplement pour… obtenir quoi déjà ? Ça n'est pas clair du tout. J'entendais un passage du discours de M. Ayrault devant l'Assemblée hier, tout à fait désolant : il demandait "quelle crédibilité" nous aurions si nous n'y allions pas, etc. : on n'entre pas en guerre pour le plaisir de la crédibilité, mais pour gagner une guerre contre des ennemis. Les réponses de l'opposition, notamment MM. Jacob et Borloo, étaient d'un meilleur niveau, toujours d'après les passages que j'en ai vus.

Cependant… nous assistons de façon presque certaine à un crime contre l'humanité commis par le régime Assad, du moins, par un bon nombre de personnes à un très haut niveau de commandement dans le régime Assad.

L'objectif doit être de le faire cesser, ou d'en empêcher la réitération (car les coupables, quels que soient leurs noms, sont encore en fonctions, ont encore d'immenses stocks d'armes chimiques, et n'ont aucunement regretté leur opération ni même annoncé qu'elle serait la dernière), d'en arrêter les suspects et de les juger.

Bien sûr, il faut attendre que les éléments soient établis par la mission de l'ONU, puisqu'elle a été lancée à cet effet ; ça doit être pour réagir plus efficacement, plus collectivement, en anticipant mieux les conséquences à long terme de cette réaction internationale.

Mais il serait tragique, pour les Syriens et pour l'humanité, que la responsabilité de protéger les civils, établie par le Sommet mondial des Nations Unies en 2005, s'avère lettre morte. Cf. le dossier du Secrétariat général des Nations Unies sur ce sujet (et sur le cas syrien) http://www.un.org/fr/preventgenocide/rwanda/pdf/responsablility.pdf

Écrit par : FrédéricLN | 05/09/2013

@ Frédéric

Mais protéger les civils, ce n'est pas forcément attaquer Assad, les 100000 morts civils libyens consécutifs au renversement de Khadhafi et le million de morts consécutifs à l'intervention en Irak de 2003 (chiffre qui circule couramment, jusque dans Marianne de cette semaine) pèsent-ils moins lourd que 281 morts au gaz sarin dont on n'est même pas sûr qu'il ne s'agisse pas d'une manipulation de mercenaires ou des multiples barbouzes qui sillonnent le terrain en ce moment ?

Écrit par : hervé Torchet | 05/09/2013

@ Frédéric

Enfin, si l'usage d'armes chimiques est un crime contre l'humanité (donc imprescriptible), qu'attend-on pour juger les dizaines de milliers d'Américains qui s'en sont servis au Vietnam. Tu vois bien qu'il s'agit d'un prétexte.

Écrit par : Hervé Torchet | 05/09/2013

@ Hervé sur ton premier commentaire = bien entendu, que protéger les civils, ce n'est pas forcément attaquer Assad ! Mais protéger les civils, ce n'est certainement pas ignorer ou mépriser les éléments de preuve qui s'accumulent sur ce qu'ils subissent ; ce n'est certainement pas disperser l'attention en évoquant les mille tragédies de l'Histoire ; ni dissuader le civisme en criant par principe à la manipulation.

C'est au contraire concentrer l'attention de la communauté internationale sur cette tragédie là, qui se passe en ce moment sous nos yeux, pour que les principaux acteurs ayant une influence sur les massacreurs, fassent ce qu'ils peuvent pour les arrêter.

C'est à peu près, d'ailleurs, ce que François Bayrou dit depuis deux ans et demi que cette crise syrienne a commencé. Je suis tout à fait d'accord avec lui quand il a sonné l'alarme contre le risque d'une entrée en guerre précipitée, sans en peser les conséquences ; dans ces cas là il faut faire barrage sans nuances, sinon on n'est pas entendu.

Mais maintenant que la diplomatie mondiale a repris, c'est important qu'elle se concentre sur le seul but qui compte : arrêter les massacres, ouvrir la voie à la paix.

Écrit par : FrédéricLN | 05/09/2013

Quelles preuves Frédéric? Hum, à l'heure des apprentis reporters, ne suis pas certaine, dslée d'avoir eu l' occasion de voir certains envers du décor. J'aimerai bien que l'on m'apporte des preuves irréfutables, avant d'aller guerroyer à tout va. Pasque voyez, je me souviens très bien de la première guerre du golfe, quand vous dormiez sur vos deux oreilles chez vous j'étais réquisitionnée en Egypte.

Écrit par : Martine | 06/09/2013

@Frédéric,
Vous m'amuseriez si le thème n'était pas sérieux, je ne vois absolument pas en quoi vos derniers propos recoupent ceux de FBayrou. Vous essayez de jouer les sophistes! Grand-bien vous fasse, j'espère que le jeu en vaut la chandelle!

Écrit par : Martine | 06/09/2013

@Fred,
Je n'ai absolument rien compris à votre dernier billet, je crois que vous vous répondez à vous-meme: la syntaxe, le vocabulaire et le rythme me paraissent si identiques^^^.
Bonne nuit!

Écrit par : Martine | 08/09/2013

@ Martine 06/09/2013 : avec un peu de recul, chacun appréciera !

@ Martine 08/09/2013 : vous croyez à tort ; j'en déduis que "Martine" n'est pas le pseudo d'un(e) de mes ami(e)s-facebook. Ainsi, même le faux peut instruire ;-)

Écrit par : FrédéricLN | 08/10/2013

M'enfin pauvre garcon, tous les MoDem qui suivent un peu savent que ne suis ni sur fesse de bouc, ni sur le "birdy" etc...Je l'ai toujours dit, j'ai toujours été claire à ce sujet depuis xxxxa années, donc votre commentaire tardif (un mois plus tard) n'a absolument aucune raison d'etre.
Sinon, voui avec le recul, chacun peut apprécier so far...

Écrit par : Martine | 09/10/2013

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