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11/04/2009

La larme à l'oeil.

J'écrase une grosse larme sur ma joue : je suis cité pour la première fois (p 5) dans l'édition papier de Vendredi. Snif. Oh, il ne fallait pas...

C'est au sujet d'Hadopi et de l'absence de réflexion sur la rémunération des artistes dans ce projet de loi. J'ai fait un texte dont quelques lignes sont reprises. En fait, pour être juste, ce texte est le fruit d'une cogitation personnelle confrontée à la proposition Stallman-Muguet (mécénat global) relayée par Quitterie et à un titre assez provocant de Thierry Crouzet : "Hadopi ne fera pas manger les artistes", puis alimentée par l'écoute  assidue des travaux parlementaires sur Hadopi.

Comme beaucoup d'entre nous, j'estime que ce qui est crucial dans la question du téléchargement, légal ou non, c'est la rémunération des artistes. Au passage, je signale que les disputes sont telles sur les tripotages de statistiques par les sites d'info, que l'on peut légitimement se demander comment les artistes vont pouvoir formaliser en confiance leurs négo avec les diffuseurs sur Internet. Au passage aussi, je signale que je connais de vieux cinéastes qui ont travaillé voici quarante ou cinquante ans avec des producteurs indépendants dont les catalogues ont longtemps après atterri dans les portefeuilles des majors (Studiocanal p ex), et que ces vieux cinéastes ont toutes les peines du monde à se faire payer sur les éditions de DVD ou autres, ce qui fait que la pression mise sur les internautes par les majors touche à l'indécence. Et d'ailleurs, demandez à des artistes comme Anne Sylvestre ce qu'une major d'alors, Philips, a pu faire de sa carrière au milieu des années 1960, combien il lui a été difficile de retrouver une maison de disques et, très longtemps après, de récupérer les droits des chansons d'elle éditées par Philips.

Les majors ne sont pas des saints, c'est le moins que l'on puisse dire, et les violences morales, financières et juridiques qu'elles infligent aux artistes sont souvent scandaleuses.

D'ailleurs, c'est la raison (mutatis mutandis) pour laquelle Victor Hugo et Balzac ont créé la Société des Gens De Lettres (SGDL) dans les années 1830 : les éditeurs rasaient les auteurs gratis. Hugo et Balzac ont créé un syndicat des auteurs capable de renverser le rapport de forces entre les éditeurs et les auteurs, la SGDL. Contrairement à la SACD ou à la SACEM, la SGDL ne perçoit pas de droits pour le compte des auteurs, mais elle joue toujours ce rôle de représentation inspiré par le père Hugo et son pote Balzac.

La SACD et la SACEM sont à l'épicentre du séisme Hadopi : on dit que c'est Pascal Rogard, patron de la SACD, qui en a concçu le dispositif. Le syndicat de l'édition phonographique et la SACEM se sont joints à cette triste idée.

Leur approche est la transposition sur Internet des règles extérieures à l'Internet, utilisées pour la radio, la télé et les bals popu depuis des décennies. Ils oublient que le contexte technologique est radicalement différent et, au lieu de réfléchir vraiment à ce contexte, ils préfèrent le combattre. Autant vouloir arrêter la mer avec les mains.

Seulement voilà : pendant ce temps-là, la réflexion sur les modèles économiques d'Internet avance sans eux, et, ce qui est pire, sans les artistes.

La réalité future d'Internet dans ce domaine se construira sur Internet, avec ou sans ceux qui refusent d'y venir pour le moment.