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23/06/2007
Difficile naissance du MoDem.
La vieille UDF meurt dans la peine.
L'argent y manque. La campagne présidentielle a coûté plus que le remboursement de l'État, les locaux se désertifient.
Jeudi après-midi, rue de l'Université, le silence régnait. C'est jeudi. J'y suis. Il y règne.
On murmure des chiffres sur le trou béant des finances du parti. On constate le départ de salariés, comme Okan, l'un des veilleurs du site Bayrou.fr. On dit que la compression de personnel sera forte.
On croise cependant, ce jeudi, la bonhommie penchée de Marie-Amélie Marcq, l'experte ès médias des bayrouistes depuis plus de dix ans ; non loin d'elle (et dans la cour quand le temps le permet), la silhouette caractéristique et le front plissé d'Ophélie Rota, attentive devant son écran d'ordinateur.
Plus loin, on ne peut serrer la main de Stéphane Thérou, un survivant comme moi de l'équipe des jeunes centristes d'Éric Azière à la fin des années 1980, parce qu'on l'a déjà fait dans la rue devant le conservatoire municipal : il sortait bavarder avec un ami.
On trouve cependant le profil concentré de Stéphane Nicolas, directeur de services devenus fantomatiques, un jeune, grand, réservé mais solide. Il lève les yeux de sa page et montre sa préoccupation dans son sourire.
À côté de lui, la brune Karine a l'air fatigué. Une autre qui devrait être là passe désormais son temps à bavarder dans le vestibule.
Un peu plus loin, Pierre-Emmanuel Portheret, ex-secrétaire du groupe UDF de l'Assemblée nationale, lit un journal devant un écran d'ordinateur.
Tout au fond, affectant l'air serein tout en rangeant ses dossiers avec méthode, Éric Azière souffle : pour une fois dans l'année, il passe une après-midi sans que son téléphone sonne.
Il classe les fiches des candidats aux législatives et des résultats.
En quelques mots, il me donne quelques indications sur ce qu'il sait de la situation politique interne de l'UDF devenant MoDem.
Il me parle des Alsaciens, de Jacqueline Gourault. Il réfléchit. Je fais état de la réunion des sénateurs. On n'en connaît pas encore le résultat complet, mais on sait que quinze sur trente-deux ont voté une motion de synthèse exprimant leur identité de droite. Ces gens sont centristes depuis trente ans et, au bout de trente ans, découvrent qu'ils sont de droite.
Ah, pauvres Lecanuet, Poher, Abelin, Diligent et quelques autres, comme vous devez les plaindre, vos fils et vos frères perdus.
Que sera l'avenir du groupe centriste du sénat autour de Michel Mercier ? Pas encore d'info.
En refluant vers la sortie, le crâne plissé et chauve de Didier Nicolas, le veilleur des fichiers, se présente à moi, moins souriant que d'ordinaire. L'un de mes livres est posé sur son bureau. Il me le signale amicalement.
Je ne monte pas au deuxième étage : depuis que Quitterie n'y est plus, je n'en fais plus l'effort.
En repartant, dans la cour, Dominique Le Pennec lâche pour une fois sa cigarette et son téléphone et nous échangeons une chaleureuse poignée de mains.
Et les autres ? Où sont-ils ?
Où est la ruche extraordinaire de l'élection présidentielle ? Que reste-t-il du rêve ? Où ont-ils tous disparu ?
Voilà ce que j'ai vu et pensé jeudi. Deux ou trois jours plus tôt, il y avait un peu plus de monde, ou plutôt quelques-uns qui n'y étaient plus jeudi quand ceux de jeudi ne s'y trouvaient pas tous à ce moment-là.
Ils ont mérité leurs vacances. Pour ceux qui en prennent et qui reviendront en septembre après les Assises de la Démocratie.
Pour les autres, bon vent. Ne vous éloignez pas trop.
22:34 | Lien permanent | Commentaires (47) | Tags : politique, législatives, sarkozy, royal, bayrou, udf, mouvement démocrate |
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L'Europe engluée pour sept ans.
Pour son deuxième sommet institutionnel en quelques semaines (après celui du G8), la chancelière allemande Angela Merkel ne voulait pas d'échec. Il lui fallait couronner sa présidence tournante de l'Union europénne par un accord sur le mini-traité chargé de remplacer le défunt traité constitutionnel européen.
C'est fait.
Hélas.
De tout le dispositif, deux ou trois aspects seulement ont fait l'objet de longs commentaires, retenons-en deux : la répétition de la formule "concurrence loyale et non faussée" et la pondération des votes dans les instances intergouvernementales de l'Union.
Sur la "concurrence non faussée", j'avoue trouver le débat surréaliste. On trouve l'Europe trop libérale, alors qu'elle ne l'est pas assez. On fait reculer les formules qui prémunissent contre les favoritismes étatiques (donc contre la corruption) au motif qu'elles sont trop libérales, alors qu'elles ne le sont pas assez.
Il y a en effet deux problèmes en Europe, qui sont les deux extrémités du même bâton.
Le premier, c'est le libéralisme : il est érigé comme moteur de la construction. On ne l'oublie pas, pour l'inspirateur Monnet, les nations européennes ne se sont jamais fait la guerre pour autre chose que pour servir leurs intérêts ou ceux des castes économiques qui les dirigeaient.
Par conséquent, interpénétrer les marchés, les fusionner en un seul, faire des intérêts de plusieurs nations l'intérêt commun de plusieurs nations, tout cela était vertueux et prometteur de paix. Promesse tenue : l'ouverture du marché unique rend la paix inéluctable entre les Européens et il n'y aura pas de recul sur ce point.
Mais les mécanismes du libéralisme sont récupérés contre celui-ci par de grands groupes d'intérêts qui pèsent sur les institutions de l'Union comme sur celles des États membres ; détournement du lobbyisme à fin mercantile. Au lieu de combattre le libéralisme, il vaudrait donc mieux en réclamer plus, de façon à ce que les institutions de Bruxelles aient pour but prioritaire en ce domaine, une vraie "concurrence loyale et non faussée", c'est-à-dire où le petit ait autant de chance que le grand.
À l'autre extrémité du bâton, il y a en effet trop de libéralisme : il faut sauvegarder certaines activités monopolistiques comme services publics, c'est légitime.
Or sur ce point comme sur le premier, le mini-traité n'apporte pas grand chose.
En revanche, sur la pondération, il opère des modifications.
Seulement voilà : ces modifications ne seront opérationnelles qu'en 2012 et ... 2014, soit dans sept ans !
Depuis 2005 et l'échec des référendums, il aura donc fallu neuf ans pour sortir de l'impasse ! Neuf ans sans aucune intiative institutionnelle nouvelle.
Car on ne s'y trompe pas : en se fixant ce rythme de tortue asthmatique, l'Europe a pris acte d'une pause très profonde dans la dynamique de la construction européenne.
Dorénavant, tout est figé pour sept ans.
17:20 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : politique, sarkozy, royal, bayrou, udf, mouvement démocrate, modem |
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