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08/04/2007

Pourquoi Monte-Christo est-il mon Dumas préféré ?

Il y a des livres qui traînent sur une table pendant des années. "Le comte de Monte-Christo" m'a fait ça.
 
Il ne s'éloignait jamais, ne disparaissait pas tout à fait, ne s'ouvrait cependant pas, ne me faisait pas de l'oeil, mais il se posait toujours sur une pile ou sur une table.
 
Un soir, n'ayant rien d'autre sous la main, je l'ai ouvert.
 
"Fantomas" m'a fait le même coup.
 
Et je n'ai pas pu le refermer.
 
De l'attente du "Pharaon", ce bateau perdu qui évoque "Le marchand de Venise" de Shakespeare, jusqu'au départ du ténébreux comte de Monte-Christo vers l'Orient, des années plus tard, tout m'a emporté.
 
Comment ne pas s'émouvoir pour Mercedes ? Comment ne pas se lamenter avec le négociant modeste et honnête dont les espoirs s'envolent ? Comment ne pas s'indigner des procédés du procureur Noirtier dit de Villefort ?
 
L'action est sombre et amère, les personnages profondément humains, quelle que soit leur attitude, perfide ou chevaleresque, courageuse ou couarde, cupide ou généreuse, ils vivent car n'importe qui peut comprendre leurs qualités et leurs défauts.
 
Ils n'ont pas les débats de conscience de ceux de Victor Hugo ; ils ne sont pas contrastés comme Javert ou Phébus ou même Quasimodo. Ils sont dominés par un penchant et les actes qu'ils commettent dessinent a posteriori les contours de leur personnalité. Pas de problème cornélien, si cher à Hugo, chez Dumas : rien que la loi qui veut que l'on tombe toujours du côté où l'on penche. Plus de fatalité donc que de liberté.
 
Il n'y a que trois moments où la dimension morale soit interrogée : le premier quand le procureur de Villefort pourrait libérer Dantès et ne le fait pas après un léger (très léger) temps de réflexion ; le deuxième quand l'ancien ami de Dantès devenu aubergiste (son nom m'échappe au moment où j'écris) pourrait se contenter du diamant apporté par le faux abbé de la part de Monte-Christo (récompense de gestes d'humanité autrefois accordés par l'aubergiste au père de Dantès) et où sa femme le convainc qu'il faut au contraire le détrousser pour sortir des difficultés matérielles qui s'accumulent contre eux ; le troisième quand Mercedes devenue comtesse de Mortserf vient implorer la clémence pour son fils.
 
Trois doutes en mille pages de vilenies et de vengeances, c'est peu. Et pourtant, Monte-Christo n'est pas un roman manichéen. Comme toujours, la complexité, chez Dumas, s'immisce là où on ne l'attend pas, par le simple fait que les personnages sont humains et que leur humanité les rend fragiles devant la vengeance et la punition.
 
Et finalement, Monte-Christo ne savoure pas sa revanche. Il l'accomplit dans une idée de jugement qui est la vraie problématique morale du livre : justice immanente et vengeance ? Quel mélange.
 
Puis il s'éloigne, enfin deux fois libre.
 
Libre ? vraiment ? après toute cette vie gâchée ?
 
Comme "Le Cousin Pons" est le plus noir des Balzac, "Monte-Christo" est le plus noir et le plus pessimiste des Dumas. On croit déjà y lire les phrases désabusées du capitaine Némo, personnage central de Jules Verne, disciple de Dumas.
 
C'est la force du propos du livre, qui libère certaines des tensions que nous subissons devant les duretés de la vie. Un peu comme la BD et le film "V pour Vendetta". Les salauds ne l'emporteront pas en paradis. D'autant moins qu'il n'y a pas de paradis, d'ailleurs.

15:50 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : écriture, littérature, poésie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Moi j'avais un faible pour l'abbé Faria...

Écrit par : fuligineuse | 09/04/2007

Pour son côté martyr ?

Écrit par : Hervé Torchet | 10/04/2007

Les commentaires sont fermés.