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07/08/2007

En relisant « La curée » de Zola.

On pourrait croire, en ce lendemain de décès de l’ancien archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger, que la curée soit le féminin du curé. Bien sûr, il n’en est rien.

La curée (Zola omet de le préciser) est l’instant de la chasse où l’on éventre (découd) le cerf et où les chiens se régalent de viscères chauds.

Le cerf de Zola, on s’en doute, c’est la France, doublement incarnée par Paris et par une jeune femme, Renée Béraud-Duchatel, violée, puis mariée par convenance à celui des Rougon qui se nomme Saccard (le même que celui de « L’argent »). Celui-ci ne se sert d’elle que pour de folles et malhonnêtes spéculations.

Délaissée par lui, elle finit par coucher avec son fils du premier lit, le fuyant Maxime, à peine plus jeune qu’elle.

Le double tableau de ce roman (le deuxième de la série) montre à la fois le Paris du second empire, livré à toutes les manœuvres par l’invraisemblable charcutage par lequel le régime transforme la ville de Quasimodo en une cité moderne et bourgeoise (mouvement d’ailleurs bien amorcé sous la monarchie de Juillet), et l’emballement licencieux de la haute société dont le Paris de la Belle Époque sera encore l’écho.
   
La corruption des élites est, selon l’idée de Zola, double elle aussi : par l’argent et par le vice.

En vérité, le naturalisme de Zola se veut un plaidoyer implacable contre ce qu’il considère comme un dévoiement, fécond peut-être, mais meurtrier et spoliateur. On est parfois gêné par l’abus qu’il fait du mot « vice », qui paraît lui donner un peu de fébrilité, plutôt malsaine ; la description littéraire pourrait ressembler ici au miroir des fantasmes.

Mais les mécanismes de détournement d’autorité et de fonds publics, qu’il décrit, sont parfaitement rendus et méritent qu’on les examine à la loupe, car rien n’y manque. Ce roman écrit en 1871 est d’une extrême actualité.

Enfin, impossible de ne pas relever quelques précoces (voire anticipatrices) tendances psychanalytiques dans la manière qu’a Zola de traiter la psychologie de son personnage principal : Renée. Orpheline de mère, dominée par l’image du père lointain et juge (jugissime), violée par un homme mûr et marié, tombant dans l’inceste, regrettant son enfance avec divers symboles qui s’y attachent, on peut vraiment dire que, si elle avait fait un stage chez Freud, elle n’aurait pas perdu son temps. Mais Freud a une quinzaine d’années quand le roman paraît.

On a donc de bonnes raisons de relire ce Zola-là malgré ses réminiscences lourdes de Balzac et sa tentation d’emboîter le pas au pâle Goncourt.

18:03 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, politique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

"Pâle Goncourt" ? C'est un peu sévère ...

Écrit par : Ledru-Rollin 2007 | 07/08/2007

Hervé,
il doit y avoir près de trente ans que je l'ai lu, tu viens de me donner l'envie de le relire. D'ici à ce que je me retape les 20 volumes des Rougon-Macquart, il n'y a pas loin ;-)

Écrit par : Michel Hinard | 07/08/2007

Mais oui Michel, ça vaut la peine.
Commencer par le premier tome "La fortune des Rougon" puis "La conquête de Plassans" qui annonce tous les thèmes et montre les racines familiales.
"La fortune des Rougon" commence par une extraordinaire description d'un ancien cimetière où la mort et la vie s'entrmêlent : très symbolique comme incipit.

Écrit par : Rosa | 08/08/2007

Le Saccarkozy ?

Écrit par : Nef | 09/08/2007

C'est vrai que c'est d'actualité.

Je viens de terminer un livre de Jean RASPAIL "LE PRESIDENT", dans lequel j'ai trouvé quelques phrases dignes de notre époque.

Ainsi, il précise:
"cette classe politique française qui pardonne aux fripouilles et préfère les girouettes aux hommes de coeur parce qu'au moins, toutes opinions confondues, on reste entre complices".

Cela me fait penser à vingt cinq députés NC qui ont retourné leurs vestes et baissé leurs pantalons entre les deux tours de la présidentielle.

Bonne lecture.

Écrit par : Guillaume A | 09/08/2007

@Rosa,

Je les ai déjà tous lu au moins une fois, et pour certains, deux fois. Mais effectivement Hervé m'a redonné l'envie de lire la Curée et certainement une bonne partie de la série. Je pense que je mettrais la tête de Sarkozy sur celle d'Eugène Rougon ;-)

Écrit par : Michel Hinard | 11/08/2007

@ Ledru-R

Je trouve Goncourt, les Goncourt, fade et plat, mais c'est mon opinion. Comme disait le célèbre M. Prudhomme, haute figure bourgeoise cocasse et littéraire du XIXe siècle, "c'est mon opinion et je la partage".

@ Nef

Don Sarkozzi, en route pour Corleone, se transforme en Aristide Sakarkozy, excellent.

@ Rosa

Curieusement, je commence toujours à relire Zola par "l'argent", malgré ses relents antisémites. Je trouve que c'est le plus grand. Puis je replonge vers les racines, "la curée" qui est le plus significatif, "la fortune des Rougon" et tous les autres. "Le ventre de Paris" est le moins Rougon-Macquart mais relate des choses extraordinaires sur le Paris du XIXe siècle.

@ Guillaume A

Les 25 se sont déculottés et prendront une déculottée au prochain tour.

@ Michel H

La tête de Sarkozy sur celle de Rougon ? Comme un bonnet ? ;-)

Écrit par : Hervé Torchet | 11/08/2007

Michel, je vois mal Rougon avec la tête de Sarko...En revanche Saccard, oui...
D'ailleurs pour moi Sarko serait plus un personnage de Balzac que de Zola car chez Zola les personnages ont tous gardé de la terre de province à leurs chaussures...Ce qui n'est pas le cas de Sarko, très parisien lui....

Écrit par : Rosa | 18/08/2007

Les commentaires sont fermés.