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22/04/2008

Connaître Haïti suite et fin.

Haïti dispose de peu de ressources naturelles : des entreprises américaines ont longtemps extrait de la bauxite d'une montagne, mais cette exploitation est terminée depuis longtemps aussi. Le tourisme a connu un timide essor dans la deuxième moitié des années 1970, le Club Méditerranée s'est même fortement implanté, mais hélas, au début des années 1980, le SIDA est apparu aux États-Unis, projetant une mauvaise aura sur Haïti, puisque outre les homosexuels, les Haïtiens vivant aux États-Unis apparaissaient comme une population "à risque". Exit donc le tourisme. L'agriculture, elle, a subi le sort de toutes les productions de pays pauvres : une déstabilisation profonde. Une épidémie de peste porcine africaine, dans les années 1980, a achevé le travail de ruine fourni par le départ des touristes, car les porcs, qu'on ne nourrit pas et qui se nourrissent eux-mêmes (et qui ont par ailleurs l'avantage d'éliminer bien des déchets) constituaient la base de l'élevage. Quant à la production vivrière, celle du riz a été démolie totalement dans les années 1980, lorsque le riz importé des États-Unis, hypersubventionné, est arrivé sur le marché haïtien à un prix inférieur au coût de revient local.
 
Il reste cependant de très nombreux petits producteurs, ailleurs que dans les plaines et aux abords des villes. Il faut monter dans la montagne.
 
En 1804, après l'indépendance, les grandes exploitations agricoles ont été partagées et distribuées aux anciens esclaves. Chacun n'eut que quelques hectares (quelques carreaux) de terre, mais il eut son bien à lui. Progressivement, depuis ce temps, de grandes propriétés se sont reconstituées et les villes ont dévoré la plaine. En revanche, dans la montagne, les petits producteurs restent les rois. Ils font de tout : du café (qui a longtemps eu une très grande réputation et qui pousse là-bas comme n'importe quelle plante de jardin), des fruits et des légumes parfois délicieux.
 
On peut acheter, dans la rue, des avocats locaux, énormes, moelleux, ou des mangues, ou d'autres denrées. Mais c'est là haut que l'on verra le spectacle incroyable de certaines cultures.
 
Vers le haut des montagnes du sud, la terre est rouge et la pente absolument abrupte. Les paysans qui ont reçu ces terres-là dans la distribution générale, en 1804, ont dû faire la grimace. Mais ils se sont mis au travail et, depuis sans doute cette époque, on cultive à flanc de montagne en escalier. Des marches étroites, dessinées par des murets de pierres sèches, pouvant contenir un rang, au maximum deux, de légumes, souvent pas plus de vingt centimètres de large, des centaines de marches sur des dizaines de mètres de hauteur. Sur cette terre ocre rouge, il faut imaginer en particulier une espèce de petits poireaux tendres dont les feuilles ressemblent à une grande ciboulette. Parfois, une brise passe sur ces franges vertes qui ondulent en se découpant sur le cuivre du sol le long des lignes gris pâle des murets, sur des kilomètres de pentes inaccessibles que baignent à la fois le soleil et la brume, c'est d'une beauté suffocante et on pense à certains paysages chinois restitués par des peintures anciennes. Le temps s'est arrêté.
 
Sur les chemins, le long de ces champs qui n'en sont pas, la terre rouge est foulée parfois par de très petits boeufs qui ne mangent guère que l'herbe du bord de la route. Je n'ai jamais mangé de viande aussi bonne.
 
Il faut aussi goûter le cabri rissolé, un véritable confit, un délice. 
 
Mais hélas, ce n'est pas avec cela qu'on fera d'Haïti un pays prospère ou seulement vivable.
 
Car pour le moment, le seul gisement inépuisable du pays, ce sont ses bras, sa main d'oeuvre. il paraît que la population continue sa croissance à un rythme démentiel, qu'elle a dépassé les dix millions d'habitants.
 
Que peut-on faire ?
 
Le pays vit un peu de son agriculture, beaucoup de ses exportations de main d'oeuvre souvent clandestine et des invisibles que celle-ci lui envoie, de trafics en tous genres et un peu de la pingre charité mondiale.
 
Il y a cependant des produits phares comme le rhum, une certaine herbe dont le nom m'échappe et dont Haïti produit 40% de la consommation mondiale, le sucre de canne (qui n'est malheureusement pas en pénurie) et diverses autres denrées, peu de l'industrie.
 
Le commerce équitable semble avoir permis à la production de café de retrouver un peu de couleur et d'efficacité.
 
Lorsque je me trouvais en Haïti, en 2002, les banquiers s'intéressaient de très près au microcrédit, qui leur paraissait porteur de grande fécondité de développement et dont ils tiraient déjà leurs plus fortes marges de croissance. Mais j'ignore si cette tendance s'est confirmée.
 
La disette actuelle, provoquée par la hausse du prix des produits agricoles, réclame en tout cas des solutions à court terme.
 
Pour le long terme, il faut reconnaître que l'isolement de Cuba, île immédiatement voisine d'Haïti, est un handicap, car c'est vers Cuba que pourrait se tourner le plus naturellement le commerce de cabotage, bien plus que vers la République Dominicaine qu'on ne peut atteindre que par d'étroits chemins.
 
Peut-être les premiers changements à Cuba, perceptibles ces jours-ci, sont-ils donc porteurs d'espoir, non seulement pour Cuba, mais aussi pour Haïti... 

20:27 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : international, haïti | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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