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02/05/2012

L'impossible choix (vivement Bayrou)

Puisqu'on me l'a demandé récemment, voici en lien l'article où j'ai annoncé dans les colonnes mêmes de ce blog que si le centre ne parvenait pas à hisser ses valeurs dans les sommets électoraux, cela aboutirait nécessairement à porter l'extrême droite à des niveaux inégalés. Le lien est ici.

Il se trouve que le titre de cet article que je n'ose pas qualifier de prophétique est "le centre courtisé par des tartuffes". Je viens de regarder le débat entre MM. Hollande et Sarkozy en vue du second tour de la présidentielle, dimanche, et sans me porter à réitérer ce titre cinglant, il faut reconnaître que j'en sors avec la même frustration qu'à l'époque de cet article.

Car s'il ne fait aucun doute que la ligne ultradroitière de Nicolas Sarkozy ne peut pas justifier mon vote pour lui, François Hollande ne m'a pas paru avoir une position morale assez courageuse sur la question de l'immigration et de l'intégration, son projet économique est extrêmement fragile, car il exclut tellement de secteurs dépensiers des économies budgétaires qu'il n'y reste presque plus que la défense nationale, où des économies trop lourdes et trop concentrées porteraient un lourd préjudice aux missions de nos armées, et qu'enfin, je retrouve dans son style la ferme impuissance de l'énarchie dont les erreurs (certes moindres que celles du pouvoir sarkozyste) portent une lourde responsabilité dans l'océan de dette et d'inefficacité publique qui nous submerge.

J'ai bien aimé que Hollande ose inscrire la lutte contre la corruption dans son clip de campagne, j'aime bien qu'il prône l'indépendance de la justice, il y a des points sur lesquels la balance penche incontestablement dans son sens. Mais il manque de courage dans les dossiers économiques, où les mêmes instances mondiales qui ont conduit l'économie mondiale devant le gouffre qui la menace prônent la poursuite des erreurs qui nous ont menés là. Il devrait avoir le courage d'y résister. Il sacrifie d'ailleurs au camp dépensier qui s'identifie avec la gauche du PS et au-delà encore plus à gauche.

Sa promesse de revenir à un budget primaire en équilibre en 2017, si elle est conforme aux engagements internationaux de la France et d'ailleurs aux exigences des instances européennes, est très en deçà de ce que la situation réclame. Pour être efficaces, les mesures économiques doivent être massives et rapides. La rigueur qui s'éternise dévitalise le pays et le démoralise. Mais on ne peut pas ignorer que la voie du désendettement et des économies de dépenses publiques est explicitement citée dans ce qu'il a dit ce soir, avec 50 milliards d'économies, le même montant que Bayrou.

Souhaitons que son engagement de travailler à la reconstruction de la production française soit sincère et suivi d'effet.

Quant à Sarkozy, il ne fait aucun doute que son programme économique est, sur le papier, meilleur que celui de son adversaire. Mais est-il crédible dans ses promesses, lui qui n'a tenu aucune de celles qu'il avait faites pour l'équilibre des finances publiques entre les deux tours en 2007 ? Enfin, ses valeurs éthiques ne le discréditent-elles pas de toutes façons ?

Voilà, pour moi, le choix reste difficile. Comment donner blanc-seing à l'un ou à l'autre ? J'avoue que je ne voudrais pas me trouver en ce moment dans les bottes de François Bayrou, qui a à faire un choix décisif. Décisif plus sans doute pour sa famille politique que pour la France, car je crois que les jeux sont faits pour dimanche. Mais je crois sa famille politique, la mienne, cruciale pour endiguer la montée des extrêmes, en particulier de l'extrême droite. J'attends donc avec anxiété le choix qu'il fera et que le conseil national du Mouvement Démocrate fera autour de lui. L'heure est si grave et l'avenir si incertain et dangereux que, pour une fois, je me conformerai à la position que Bayrou prendra sans la discuter, avec le seul espoir que le centre trouve une expression nouvelle à l'Assemblée, et peut-être au-delà si la crise que nous envisageons se déchaîne à un point tel qu'il justifie le recours à la rigueur morale et au sens historique de François Bayrou.

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Commentaires

J'ai l'impression qu'avoir lu ce billet, c'est mieux que si j'avais pu voir le débat. Bravo-merci !

Et moi aussi, "j'ai bien aimé que Hollande ose inscrire la lutte contre la corruption dans son clip de campagne". Et j'ai été écoeuré de voir, aussitôt après, celui de Sarkozy entièrement consacré à la lutte contre… Hollande.

Différence de niveau entre présidentiel, eh oui, et roquet.

Écrit par : FrédéricLN | 03/05/2012

Ton billet du 19 octobre 2010, Hervé, était visionnaire en effet !!! De ce fait il est tout à fait légitime de revendiquer un titre aussi "prophétique" que "le centre courtisé par des tartuffes"...

Mon dieu que j'aime certaines de tes expressions si imagées ou tes associations de mots ! La "ferme impuissance"... voilà un oxymore qui résume bien ce que sera le combat contre l'extrême droite avec le seul programme de la gauche.

Parce qu'il y a un terme que personne n'emploie (sauf Bayrou !) pour désigner la politique actuelle : "interlope"...
Personnellement c'est le mot qui me vient automatiquement à l'esprit lorsque je pense à Sarko. Je te trouve donc, FLN, bien indulgent de ne lui avoir décerné que ce gentillet titre de "roquet". (En tout cas je suis fière d'avoir des amis tels que vous.)

Moi aussi je pense suivre les arguments de François Bayrou mais pour le moment ce serait plutôt le vote blanc. En tout cas pas Sarko.

Écrit par : Françoise Boulanger | 03/05/2012

"Entre bonnet blanc et blanc bonnet, je pense que je voterai blanc" disais-je il y a quelque temps histoire de faire un joli mot. Je vais hélas trancher, comme en 2007, en m'opposant à l'abuseur de pouvoir, mais avec crainte et à reculons. J'ai cependant l'affreux sentiment que cela ne changera rien, les 2 candidats étant finalement de vrais conservateurs (du système en place).

Écrit par : CedricA | 03/05/2012

Quel abuseur de pouvoir Cédric, le sortant ou le futur?

Écrit par : Martine | 03/05/2012

Les commentaires sont fermés.