Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2007-11-09 | Page d'accueil | 2007-11-12 »

11/11/2007

Je serai candidat à quelque chose dans le MoDem.

Une nouvelle fois, j'incite vivement ceux de mes lecteurs qui se sentent concernés par le MoDem à signer la pétition des adhérents actifs.

On a vu comme la première mouture du projet de statuts avait soulevé des clameurs d'inquiétude ou de colère. J'ai dit aussi que les initiatives de Génération Démocrate avaient permis à François Bayrou de desserrer la pression des plus conservateurs de ses alliés. J'ai dit aussi ce que je pensais de ces concessions qu'il fait ou qu'il fera. En vérité, ce dont il a besoin, ce dont la démocratie a besoin, c'est de clarté et d'engagement, deux qualités dont les adhérents du MoDem ne manquent pas, mais qui ne semblent pas envahir les alliés en question.

C'est pourquoi il est juste que les adhérents du MoDem exigent des scrutins pour la désignation des candidats aux élections municipales.

Seulement voilà : on s'aperçoit que dans un certain nombre d'endroits, ce qui manque pour imposer cette méthode, ce n'est plus la volonté politique, mais les candidats. Vaille que vaille, il faut cependant qu'il s'en montre dans les jours qui viennent.

Mais les élections municipales ne sont qu'un instant du nouveau mouvement. Plus profondément, si les modémistes veulent organiser une vraie nouvelle démocratie à travers leur parti politique, il faudra qu'ils y utilisent les instruments démocratiques que les statuts mettront à leur disposition. Et là encore, il faudra des candidats.

À Paris, par exemple, d'après le projet actuel de statuts, si l'on doit établir une liste de candidatures pour la future Conférence nationale du MoDem, étant donné qu'il y a 6500 adhérents du MoDem parisien, divisés par lots de 50, une liste devra compter 130 adhérents, augmentés d'un quota de 10% de suppléants, soit au moins 143 candidats. Il y aura aussi des listes pour le bureau national et pour les instances départementales. Sur 60000 ou 70000 adhérents du MoDem, si l'on applique un principe de non cumul des mandats internes, il n'y aura pas moins de 7000 ou 8000 adhérents qui auront une responsabilité élective interne, soit nettement plus de 10%. 

Il ne faut pas en conclure que le MoDem soit appelé à devenir une armée de colonels, mais que la démocratie y sera très représentative, ce qui aura un sens si toutes ces instances disposent d'un réel pouvoir.

Cela étant, je trouve les instances du MoDem particulièrement pléthoriques et la seule que l'on voie à l'heure actuelle destinée à exercer un authentique pouvoir interne, le comité exécutif, est, lui, certes resserré, mais entièrement coopté, ce qui semble trop concentré.

il y a donc bien un combat de longue haleine pour que la démocratie s'exprime partout. C'est dit : je serai candidat à quelque chose dans le MoDem. 

11 novembre : la mort des nations.

Avant les nations, il y avait les républiques maritimes : Venise, les Pays-Bas. Bien sûr, il y avait aussi la France et ses hordes de chevaliers, mais la richesse et la puissance de l'argent se trouvaient dans le camp des marins.
 
Venise put financer une croisade et utiliser la puissance franque. Les Pays-Bas régnèrent sur les mers durant presque deux siècles, du début du XVIe jusqu'à la fin du XVIIe. Au temps de Colbert, les Pays-Bas contrôlaient encore 80% de la flotte européenne au long-cours.
 
Le temps des nations, qui naquit avec son contrepoint parfait, le siècle des Lumières, effaça la surpuissance de ces petits États pour la rendre aux grandes entités humaines, forts territoires, populations nombreuses. La nation française fut la première à se cristalliser, un peu plus à l'étroit que son histoire, puisqu'elle abandonna le Piémont au sud-est (qui n'a jamais fait partie de la France mais où toute culture est longtemps restée française) et plusieurs pays au nord : Brabant, Hainaut, Liège et Hesbaie. La question de la nation allemande fut posée à partir de 1806 lorsque Napoléon commit l'erreur de détruire la vieille Allemagne, celle de Charlemagne, celle des Othon, celle des Habsbourg, pour la remplacer par une vaste interrogation qui aboutit à Bismarck. D'autres nations se formèrent, une par une. Cependant, l'idéal de nation était mort le 11 novembre 1918.
 
La fin de la guerre de 14-18 fut en effet la chute du masque : la nation n'était que l'alibi de l'intérêt de quelques-uns et non la sublimation de l'intérêt de tous. La guerre de 14-18, sans autre idéologie que la nation, aboutit, par l'intensité de l'horreur qu'elle imposa aux peuples, à tuer le fantasme national. La France, pionnière nation de l'ère moderne, se trouvait aux avant-postes de cette découverte des limites de sa propre invention : il n'y a pas de générosité dans le principe national, il n'y a que de l'égoïsme.
 
D'autres se laissèrent encore prendre au jeu, notamment les retardataires de la construction nationale, mais l'idéologie, nouvelle maladie des peuples, nouvel alibi de l'intérêt de quelques-uns déguisé en intérêt de tous, s'y était mêlée. L'horreur fut plus grande encore, au sommet de l'abomination, à travers les extravagants massacres des Japonais en Chine dans les années 1930, les effroyables purges staliniennes, et bien sûr l'immense tragédie de la Shoah. De ces atrocités, la nation ne ressuscita pas.
 
On parlait alors, après la guerre de 39-45 (Georges Bidault) des frontières comme des "cicatrices de l'Europe". L'Europe n'était plus dupe, elle ne se laisserait plus avoir au jeu des guerres intestines. Elle s'organisait et pénétrait dans un corridor métanational qui devait aboutir, espérait-on, à une sage et pacifique fédération, il est vrai soudée par l'ennemi commun, le communisme, ou plutôt le despotisme soviétique.
 
Elle appliquait en quelque sorte la devise de la Belgique : "L'union fait la force".
 
De fait, si l'on ne fait plus la guerre, si les nations ne rivalisent plus sur les champs de bataille, si les guerres ne font plus rage ailleurs que sur les marchés économiques, l'outil de l'État-nation perd sa pertinence.
 
Et alors ? Que se passe-t-il ?
 
Eh bien, dans ce monde dans lequel nous vivons, dans ce monde globalisé, interconnecté, fluide comme l'électricité, grésillant en permanence du murmure de l'Internet, on voit renaître ce qui a précédé les nations.
 
C'est ainsi que les Pays-Bas se découvrent de nouveaux orgueils. C'est ainsi que la Belgique souffre. C'est ainsi que peut-être, demain, elle mourra.
 
Car les Flamands ont soif de puissance et rejettent la faiblesse des Wallons. Ils traitent ceux-ci de parasites.
 
Grave erreur, devraient-ils savoir, car en vérité, si les Wallons sont faibles, c'est parce qu'eux Flamands sont forts. Qu'ils se séparent de leurs faibles, qu'ils perdent leur faire-valoir, et ils deviendront le faible d'un plus fort.
 
En revanche, pour les Wallons, ce pourrait être l'occasion d'un nouveau départ.
 
Je devrais donc me réjouir, moi dont la grand-mère était liégeoise, de cette chance donnée à la "communauté française de Belgique" par l'égoïsme balourd des électeurs flamands. Mais non, je ne m'en réjouis pas.
 
La Belgique est un pays attachant, Flamands et Wallons se ressemblent bien plus qu'on ne le croit. Il n'y a peut-être pas de nation belge, c'est possible. Après tout, leur État est né d'une scission des Pays-Bas en 1831 et, sans le veto de l'Angleterre, tous seraient devenus français. Dans une certaine mesure, leur pays est un accident de l'Histoire, une erreur, une coquille de typographe, une rature, une anomalie absurde, et cependant, puisque les nations ne sont plus l'alpha et l'oméga de l'organisation humaine, puisque nous n'en sommes plus dupes, la Belgique peut bien vivre aussi, claudicant sur sa double culture.
 
Mais non, les Flamands (les Néerlandophones, comme on dit parfois pour prendre un ton plus compétent) sont tentés par la solitude, par l'orgueilleuse puissance des petits États laborieux et ingénieux que permet la chute de l'idée nationale. Puisque les nations ne servent plus à rien, ils veulent se replier sur la leur. Oh, elle n'est pas bien grande, elle ne faisait pas le poids dans la guerre de tranchée, dans la bataille de la fonte et du fer, mais dans la paix, dans un monde de marchands, elle vit comme un poisson dans l'eau.
 
C'est ce qu'ils croient.
 
Et pourtant, "l'union fait la force". 

04:20 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : belgique, 14-18, histoire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook