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06/05/2008
Robespierre aurait 250 ans.
Il n'est pas indifférent de se dire que le quart d'un millénaire nous sépare désormais de la naissance de la plupart des principaux protagonistes de la Révolution française. Il y aura bientôt vingt ans que nous célébrions en (trop ?) grandes pompes le bicentenaire de la Révolution, l'année même où, avec la chute du Mur, s'éteignait une certaine idée de la révolution.
Que reste-t-il de la révolution ? Quel sens porte encore ce mot au moment même où le Parti Socialiste français vient de l'effacer de son corpus doctrinal ?
Désormais, il ne frémit plus du souffle de la tribune passionnée des orateurs de 1792, il n'y a plus de Danton pour crier qu'on n'enseigne pas la liberté à la pointe des baïonnettes, ni qu'on n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers, ni de Mirabeau pour clamer un peu plus tôt qu'on est ici par la volonté du peuple et qu'on n'en sortira que par la force des baïonnettes.
La Révolution française est d'abord une immense fresque épique, des milliers de personnages, des centaines de noms chargés de flammes, d'effroi, de sang, d'espoir, des libellistes enragés, des provocateurs hargneux, le souvenir des tricoteuses, des atrocités, mais l'épopée d'une toute première fois, d'un peuple qui, seul dans l'ère moderne, à tâton, cherche à allumer la flamme de la liberté.
Des noms qu'on connaît par coeur : Siéyès, Desmoulins, Saint-Just, Marat, Danton, Mirabeau, Le Chapelier, Barrère, Couthon, Babeuf, et ceux des vaincus ou des victimes, Louis XVI, Chénier, Lavoisier, et au-dessus de tous parce qu'il incarne quelque chose de plus, comme le tout à lui seul : Robespierre.
Signalons qu'au XIXe siècle, le s ne se prononçait pas, on disait Robépierre, ce qui permit à Victor Hugo cette trouvaille magnifique : cet homme qui portait dans son nom son métier (la robe de l'avocat) et son coeur (la pierre).
Pour Hugo, la compassion, la clémence, sont l'une une vertu, l'autre un sentiment, deux indispensables traces du coeur humain qui ne doit pas se dessécher dans l'action, même révolutionnaire, même tragique.
Et c'est bien là le glas qui sonne pour la révolution, ce qui, inexorablement, enfonce la Révolution française dans le mélange des impressions contrastées au lieu de la maintenir dans l'éclat de la lumière : l'ombre de la guillotine, le bain de sang, es gens qui sont coupables par nature. Il y a là quelque chose que notre époque ne tolère plus comme fait de civilisation, heureusement.
Et à tout cela, Robespierre est associé. C'est lui, l'homme de la machine révolutionnaire implacable qui condamne sans entendre, qui soupçonne tout, épie tout, juge tout, condamne tout, jusqu'à soi-même finalement. Robespierre, c'est lui le coupable, presque le bouc émissaire. Son simple nom est synonyme de tout ce qu'il ne faut pas faire.
Mais alors, quelle révolution ?
Le mot s'est adouci. Les dernières révolutions qui ont réussi portent de jolis noms : révolution des oeillets au Portugal, révolution de velours dans l'ex-Tchécoslovaquie, révolution orange (orange !) en Ukraine. Pour un peu, on en ferait des rideaux qu'on pendrait aux fenêtres, avec des fronces et des pompons.
Révolution ?
Il y a quarante ans, des gamins qui voulaient dormir dans le dortoir des filles se sont raconté une nouvelle forme de révolution. Pour rien ? Peut-être.
Mais alors...
Révolution ?
Eh bien, ce serait quoi, une révolution, en France, en occident, aujourd'hui ?
Un temps, on a cru que la droite allait nous la jouer révolution nationale, à la mode pétainiste, mais même ça, ça s'effiloche.
Révolution ?
Pour quelle liberté ?
Contre quelle oppression ?
Commençons donc par une nuit du 4 août (mais avant le 4 août, si possible). Après, on verra.
21:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, hsitoire, révolution, robespierre |
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Pourquoi le MoDem doit être le parti des adhérents.
Les deux grands partis qui se partagent le pouvoir comptent bien plus d'élus que nous, les Démocrates. Le mécanisme malthusien de verrouillage qui en découle est admirablement décrit par le socialiste libre Marc Vasseur aujourd'hui. Pour rappel, le nombre réel des adhérents de l'UMP avant la présidentielle. Je rappelle que voici quelques semaines, NKM, décidément très en verve, évoquait sur Canal+ le malaise des adhérents de l'UMP. On a été à peine surpris d'entendre ensuite que les municipales meurtrières avaient purement et simplement effacé certaines fédérations départementales de l'UMP : sans élus, pas d'adhérents, dans ce système féodalisé.
Le MoDem doit donc être plus que jamais un parti de militants, ou pour mieux dire, le parti des militants. Ce n'est pas pour rien qu'autour de Quitterie Delmas, nous avons porté le slogan "Les adhérents sont notre force".
Reste qu'une réalité nous a rattrapés : Bayrou voulait des "automoteurs" et Quitterie Delmas, en septembre dernier, estimait que le MoDem devait se construire par la base. Hélas, cette double formule n'est qu'imparfaitement réalisée : beaucoup ont attendu et attendent que la structure assume des fonctions motrices.
J'ai pourtant énoncé le principe dans mon bréviaire des militants : surtout, ne rien attendre de la structure. Mais il n'y a qu'une grosse minorité des adhérents qui s'est prise en charge jusqu'ici, le reste demandant des légitimités de hiérarchies.
Il y a donc un double effort à accomplir : fournir des structures à ceux qui en souhaitent, donner des idées aux automoteurs s'ils en manquent. C'est déjà un programme.
10:00 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : politique, modem, ps, ump, adhérents, quitterie delmas |
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Il y a cinquante ans : mai 1958.
En organisant le vote ultime de la loi sur les OGM le 13 mai, le gouvernement a choisi de toute évidence un texte suffisamment polémique et visible pour jeter un rideau de fumée sur la question qui n'aurait pas manqué de se poser ce jour-là, pour le cinquantième anniversaire de mai 1958 : 1958 fut-il un coup d'état ?
Dans le petit bureau que je partageais avec lui dans la mairie du XVIe arrondissement, le vieux préfet Bolotte en parlait parfois. Il avait été secrétaire général de la préfecture d'Alger pendant cette période, pendant la bataille d'Alger et les événements de mai 1958. C'est lui-même, disait-il, qui avait adressé au directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque la liste des personnalités qu'il fallait faire arrêter pour déjouer le complot que, d'Alger, on avait dévoilé.
Le directeur de cabinet en question se nommait Michel Poniatowski, il fut lui-même plus tard ministre de l'Intérieur (que l'on surnommait, d'après Goasguen, le "flingueur" à ce poste, mais ceci est une autre histoire, comme on dit).
Bref, Poniatowski, dans la nuit de mai 1958, dérangea le préfet de police en personne et dans son lit. Il lui remit la liste en mains propres. On ne pouvait faire plus confidentiel. Un bon préfet de police sait alors (surtout à cette époque de guerre où l'on plaçait facilement les gens "à la sûreté", pour un oui ou pour un non) faire soustraire ce genre de personnages sans bruit et sans fuite.
On attendit cependant le matin pour les cueillir.
Et bien entendu, au matin, les oiseaux s'étaient tous envolés.
Bolotte, agacé encore quarante ans plus tard (il y a dix ans de ça), grommelait que ce n'était pas la faute de Poniatowski. Il désignait le préfet. Or ce préfet sans lequel, selon lui, toute l'affaire de mai 1958 n'aurait pu réussir puisqu'il avait permis aux comploteurs de se sauver, c'était ... Maurice Papon.
Hum.
Laurent Joffrin a fait une très bonne émission pour France 5 voici deux ou trois ans, pour tenter d'éclaircir l'affaire du 13 mai 1958. Il concluait au complot, qu'on ne peut désigner autrement que par le nom d'un coup d'état (qui n'était pas encore "permanent" selon l'expression ultérieure de Mitterrand), mais son analyse sur le rôle joué par de Gaulle lui-même était pleine de nuances et d'intelligence, puisqu'il est apparu clairement que de Gaulle n'avait ni dirigé ni même commandité les événements qui avaient abouti à son retour au pouvoir et qui sont en quelque sorte le péché originel de la Ve république.
Il m'a paru utile de faire escale dans cet autre mois de mai en 8. Pourquoi ? Parce que, de mon point de vue, 1958 constitue une césure bien plus profonde dans notre histoire contemporaine que 1968. La séquence 1957-1960 constitue le point d'orgue, l'aboutissement, d'un mouvement qui a mis fin à huit mille ans de notre histoire. C'est la dernière grande vague d'exode rural, le moment à partir duquel la sève qui monte dans l'arbre France n'est plus paysanne. Les paysans vivent encore, leur société demeure, en apparence intacte, mais en fait déjà morte, puisqu'elle ne se reproduit plus chez elle, qu'elle n'aura pas de successeurs. Et se met en place le spectacle d'une paysannerie de vieux que j'ai connue encore active dans les années 1970-80, et qui, à son tour, s'éteint en ce moment.
Dans cette période aussi, les combattants de la Grande Guerre, qui s'était achevée quarante ans plus tôt, commencèrent à partir à la retraite, ils cessèrent de former les gros bataillons de la population active salariée.
Et puis en 1957, Sacha Guitry, qui avait connu tous les grands artistes de Paris quand Paris était ... Paris, Guitry donc s'éteignit aussi, comme un symbole, un vestige. Et toujours dans ce même esprit d'un temps révolu, comme 1900 mourait, comme 1914 partait à la retraite, c'était tout le XIXe siècle qui se trouvait terminé d'un coup par l'extinction (symbolique elle aussi) de la question des nationalités dans le traité de Rome instituant la communauté européenne.
Et puis 1958, ou 1957-60, c'est le moment où tous les chenapans de 1968 entraient au lycée. Leur culture, patiemment, montait un à un les degrès vers l'âge adulte et vers cette prise de pouvoir tonitruante qu'ils ont faite en se décrétant maoïstes.
Maoïstes ?
Maintenant, du fond de leurs fauteuils ils signent des pétitions pour la liberté du Tibet...
Il ne leur reste donc rien de leur maoïsme ?
Mais si : la bicyclette, le Vélib' !
00:49 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, histoire, de gaulle, ogm, 1958 |
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