19.09.2008

"Parlez-moi de la pluie", chronique de l'anti-bling-bling.

"Parlez-moi de la pluie" est le début d'une chanson de Georges Brassens, une chanson sur l'adultère. Curieusement, c'est la mélodie d'une autre chanson de Brassens (d'ailleurs écrite pour une fois par un autre) qui rythme lentement le nouveau film d'Agnès Jaoui coécrit avec Jean-Pierre Bacri : celle des "Passantes", une chanson sur les occasions manquées, ou plutôt sur les actes manqués.

Le trio Djamel-Jaoui-Bacri, dans une situation humaine très complexe, très riche et troublante, y fait preuve d'une grande humanité. Agnès Jaoui, écrivaine féministe qui entre en politique, y trouve des accents dignes de Quitterie Delmas sur la crise de représentativité de notre démocratie. Jean-Pierre Bacri, rêveur, bordélique, un peu minable, drôle pour le spectateur dans un genre doux-amer. Djamel Debbouze, un vrai tournant dans sa carrière, délaisse la provoc pour la complexité d'un rôle qu'il assume dans la vie : marié à une jolie jeune femme, mais confronté à l'amour qu'une autre a pour lui.

Tous sont d'une justesse millimétrée.

C'est filmé inégalement, mais tant pis, c'est du bon cinéma qui cherche la vérité sans effet.

Il faut savoir aimer et ne pas laisser passer sa chance.

17.09.2008

"Coup de foudre à Rhode Island", c'est l'automne.

On a vu tout récemment Steve Carell dans "Max la Menace", un film bien moins drôle et irrévérencieux que la série tv dont il est tiré, mais où Carell promène sa gouaille sérieuse, sa mâchoire carrée, son regard droit, son nez cyranesque et son ironie égarée. Le voici dans une solide comédie sentimentale.

Il est un chroniqueur d'une feuille locale, spécialisé dans la vie quotidienne. Sa chronique s'intitule "Dan in real life", qui est le titre du film en anglais. Quadragénaire, il est veuf et père de trois filles blondes. Le coup de foudre le terrasse lorsqu'il rencontre Marie (Juliette Binoche), une Française qui craque instantanément. Hélas, elle est avec un autre...

11.09.2008

Bientôt sur mon culturezine.

Comme je l'ai annoncé, je continue à travailler sur mon culturezine. En attendant d'être tout à fait satisfait de la maquette et du contenu, j'ai commencé à alimenter le blog.

Aujourd'hui, une note sur le dernier film du cinéaste Barbet Schroeder "Inju". Il se trouve que j'ai célébré le mariage civil d'une fille de Schroeder.

Également, un teaser d'un reportage que j'ai effectué dans les ruines du château de Penhoat, près Morlaix, en Bretagne.

 


Le lien ne fonctionne toujours pas sur ce blog-ci ; j'ai écrit à l'administration de hautetfort, qui ne semble guère s'agiter. Quoi qu'il en soit, voici l'adresse du culturezine :

http://www.laperenne-zine.com

29.06.2008

A revoir.

Pour ceux qui se demandent comment argumenter à la fois sur l'amélioration de la gouvernance et sur celle de la construction européenne, je vous recommande tout particulièrement ce célèbre extrait du film le plus incisif d'Henri Verneuil qui en a fait d'autres (I comme Icare sur l'affaire JFK par exemple).
 
Il faut vraiment l'écouter de bout en bout.
 
 

14.06.2008

"Sagan".

Sagan est à peu près la jumelle de Bardot. Celle-ci est née fin 1934, celle-là avait vu le jour en 1935. Elles sont apparues à peu près en même temps, le milieu des années 1950, guidées par la même personne, Hélène Lazareff, fondatrice du magazine Elle et épouse de Pierre Lazareff, tout-puissant patron du quotidien alors souverain, "France-Soir". Bardot et Sagan sont filles d'industriels. L'une comme l'autre ont des attitudes d'enfants gâtées, et pourtant leur enfance est synonyme de guerre et d'Occupation. Toutes deux sont réputées avoir bousculé les conformismes de la vie bourgeoise par leur mode de vie, mais ont produit des oeuvres conformistes. Leur principale différence est que Bardot était belle et sensuelle, tandis que Sagan... euh...
 
Si l'on voulait aller plus loin dans cette comparaison, il faudrait énoncer l'impression que l'on a, que j'ai, qu'il y a, chez l'une comme chez l'autre, une profonde sévérité à l'encontre du genre humain. La défense des animaux chez Bardot est plus contre l'humain que pour l'animal. L'humain, coupable, forcément.
 
C'est un peu dans ce registre que se place Diane Kurys pour son portrait réussi de Françoise Sagan. L'écrivaine ne l'intéresse pas : ce qui touche Kurys chez Sagan, c'est son mode de vie, et en particulier son goût affiché pour les femmes, que la génération de Kurys (les baby-boomers) trouve avoir été révolutionnaire, avoir ouvert des portes jusque-là closes. En somme, tant pis si l'oeuvre est mineure et si elle plaît au public sans épater les professionnels : la vie vaut mieux que ça.
 
Mais si l'on admet ce point de vue, il faut dire aussi que, de la même façon que contre Bardot, on est très gêné par la mentalité de Sagan, que Kurys décrit comme incapable de la moindre considération pour autrui, même pour son propre fils. Pas un instant, elle ne s'émeut de la douleur de quelqu'un d'autre qu'elle-même, pas un instant, elle ne témoigne d'amitié, de tendresse. Sèche, froide, glaciale même, lucide, elle se sent seule, profondément, et décide de subir sa solitude en ne consacrant pas plus d'intérêt aux autres qu'elle n'accuse ceux-ci de lui en porter, même s'ils sont faibles. Il n'y a pas un mot sur la souffrance des gens.
 
En revanche, elle vit dans une opulence distraite, parfois dangereuse puisqu'elle dépense plus que ses ressources ne le lui permettraient en réalité.
 
Et finalement, il faut le dire, chez Bardot comme chez Sagan, ce qui semble prévaloir, ce sont les préjugés de leur milieu, la bourgeoisie aisée, immobile, parisienne. De là la superficialité revendiquée, la cérébralité de Sagan, la futilité de Bardot ; de là le cynisme de Sagan, le culte de l'animal chez Bardot. Toujours l'oeil froid sur l'être humain.
 
Et c'est donc sans doute ce qui a vraiment manqué à Sagan pour faire une oeuvre, puisqu'elle avait du talent : savoir s'émanciper tout à fait de l'esprit de son milieu, et cela d'une seule façon possible : par la compassion, par l'altruisme.
 
Ainsi Sagan, ne s'étant intéressée à personne, finit-elle finie, oubliée, seule vraiment, et transformée en objet sale, en animal encombrant.
 
Le film de Diane Kurys (qui parlait déjà de ses copines de classe il y a plus de trente ans dans le film "Diabolo Menthe" et qui, depuis, a produit quelques oeuvres très regardables) a d'abord été conçu pour la télévision et on nous dit que c'est Luc Besson qui a eu l'idée de le sortir au cinéma, il a bien fait.
 
Car même si l'on est un peu gêné au début par le côté légèrement précieux et figé de l'excès de reconstitution visuelle des années 1950, on redécouvre qu'une bonne biographie, avant d'être une étude des faits et gestes, est un portrait.
 
La composition de Sylvie Testud n'est pas dans le registre de l'inspiration, mais paraît impeccable, parfaite comme toujours chez cette actrice qui, par ailleurs, est devenue à son tour écrivaine.
 
Enfin, il vaut mieux se documenter un peu avant d'aller voir le film, surtout si l'on a moins de trente ans, pour pouvoir déchiffrer les personnages, tous oubliés aujourd'hui : Bernard Frank, Jacques Chazot (Pierre Palmade en douceur), Guy Schoeller, et quelques autres. La vie artistique parisienne des années 1960 reposait sur une élite mondaine qui n'a guère laissé de traces. 

02.06.2008

"Jackpot" (mais je ferme quand même, sans doute).

C'est incroyable ce que le cinéma américain moyen peut être prévisible, en ce moment. Voici une comédie sentimentale, pour le mariage celle-ci, contrairement à plusieurs autres sorties cette saison.
 
Quelques situations drôles.
 
Le moment le plus émouvant est celui où ils dansent ensemble pour la première fois.
 
L'intrigue est simple : une femme est mal assortie, elle quitte son mal assorti, en trouve un autre, l'épouse, se dispute beaucoup avec lui avant et pendant le mariage, mais finalement, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. 

23.05.2008

Tintin par Spielberg, numéro zéro.

Comme beaucoup d'observateurs l'ont noté, le nouveau film de Steven Spielberg, sans doute le testament d'Indiana Jones, est très marqué par la préparation du cycle que Spielberg consacrera bientôt à Tintin, le "jeune reporter" d'Hergé.
 
Indiana Jones, en un seul film, traverse toute l'aventure de Tintin : il se bat contre les Soviets, il va chercher une boule de cristal en forme de crâne, dans un temple du soleil, il finit par rencontrer des extra-terrestres qui communiquent par transmission de pensée comme dans "Vol 714 pour Sydney". La prochaine fois, il s'en ira chercher de l'or noir au Congo sur un navire chargé d'esclaves en stock et tripotera nerveusement les bijoux d'une cantatrice.
 
Quoiqu'il en soit, j'avoue que je n'ai guère été enthousiasmé par ce film, pas plus que ses fans cannois, paraît-il. Il faut attendre la vingtième minute pour la première trouvaille de mise en scène et Spielberg, maître incontesté du cinéma d'action, développe une intrigue très "guerre froide", avec des semelles de plomb, certes pas manichéenne : l'ennemi est non seulement soviétique (après tout, c'est désormais une étape de l'Histoire des États-Unis), mais aussi l'hystérie paranoïaque que la guerre froide a imposée aux États-Unis et qui, selon Spielberg qui s'exprime toujours en vrai humaniste, est une forme de défaite intellectuelle et morale, comme si le plan de Staline avait été justement de saper la société américaine en y répandant cet esprit paranoïaque. Bien entendu, la métaphore avec le terrorisme et l'erreur du tout-sécuritaire s'impose aussitôt.
 
Indiana Jones a vieilli, c'est le propos du film, c'est aussi son constat : il ne roule plus des yeux effarés, il n'y croit plus comme avant. La magie d'enfance a disparu du cycle. D'ailleurs, le chapelet de références aux films précédents, indispensables pour un personnage-culte, scelle l'innocence perdue et la nostalgie de cette enfance évanouie. Karen Allen, éclatante et furieusement belle voici trente ans, a forcément trente ans de plus. Le vieux Charles Brody, qui traversait encore le temple de la "dernière croisade" voici vingt ans, est mort, dans la vie comme dans le film, où il est statufié, il y a comme un parfum de fleur fânée dans tout ça, de mélancolie.
 
Les deux derniers films de Spielberg que je suis allé voir avant cet Indy fripé étaient la Liste de Schindler et Munich, deux films redoutables. Au moment de la Liste, on reprochait encore à Spielberg de ne pas savoir s'extraire de l'enfance. Cette fois, on se demande s'il est encore capable d'y revenir.
 
Mais si l'on ne trouve plus le même plaisir de l'action, la même gouaille, le même humour espiègle et impertinent que dans les Indiana Jones des années 1980, reste la leçon d'humanisme, la conviction d'un "croyant" qu'est Spielberg, non pas d'un religieux, d'un "croyant", pour qui la cupidité sera toujours une perte et la seule vraie valeur : le savoir.

21.05.2008

Vingt millions chez les Ch'tis.

Le film "Bienvenue chez les Ch'tis" a franchi la barre des vingt millions d'entrées. Encore 750 000 pour couler Titanic.

18.05.2008

"Bataille à Seattle".

Les années 1980 furent pour le monde une grande période de récession, de chômage, de difficultés et de souffrances. Pour relancer l'activité mondiale, il fut décidé de transformer le vieux système du GATT, issu de la Seconde Guerre Mondiale, pour le remplacer par une nouvelle entité : l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Hélas, la redynamisation de l'économie mondiale, qui résulta de cette innovation, eut des effets pervers (les "effets pervers du capitalisme" mentionnés par Quitterie Delmas sur Canal Plus vendredi) : dégâts environnementaux considérables, dégâts humains aussi, ô combien, et enfin mainmise croissante des grands consortiums mondiaux (faut-il encore mentionner Monsanto ?) sur les rouages du commerce international.
 
Il m'est revenu que, lorsque j'étais lycéen, ces groupes, qui n'ont de compte à rendre à personne et dont l'unique logique est le profit à tout prix, étaient dénommés "Firmes multinationales", une locution déjà sulfureuse.
 
Toujours est-il que des milliers d'individus issus de diverses Organisations non gouvernementales décidèrent d'intervenir dans le cycle de négociation de l'OMC pour peser en faveur des pays pauvres et des populations déshéritées qui étaient les grands oubliés du système.
 
Il se trouva que l'assemblée de l'OMC devait avoir lieu à Seattle en 1999, à l'invitation du maire de la ville et, surtout, du président américain Bill Clinton.
 
Le film adopte le point de vue des militants non violents qui, par une fabuleuse astuce tactique, sont parvenus à gripper l'énorme machine diplomatique. Ils s'en réjouissent. Au passage, ils révèlent que les pionniers d'Internet ont joué u rôle crucial dans la réussite du projet. Et, étant donné le traitement infligé par les autorités américaines aux manifestants non violents, traitement infligé sous la houlette de Clinton, on comprend que dans l'actuelle course des primaires démocrates, ce n'est pas seulement pour Obama, c'est aussi contre Billary Cinton, que les internautes américains ont pu se mobiliser.
 
Quoiqu'il en soit, le film est très fort, bien construit, très explicite, passionnant, et il fait très exactement comprendre pourquoi les non violents se sont battus. Pour dire la vérité, leur combat est aussi le nôtre à bien des égards.
 
C'est devenu rare, les vrais films militants. Celui-là est le meilleur que j'aie vu depuis des années. Bravo à Stuart Townsend, à tous ses comédiens, aux décorateurs ... et aux militants de Seattle. 

13.05.2008

GAL, le film.

Le film GAL, de Miguel Courtois, est une coproduction franco-espagnole et même s'il est entièrement joué en espagnol, on n'est pas étonné d'y retrouver deux acteurs français, José Garcia (il est vrai un peu le régional de l'étape) et Bernard Le Coq qui incarne d'une façon étonnante l'ancien premier ministre espagnol, Felipe Gonzalez. Mais ni l'un ni l'autre ne prêtent leur voix à leur personnage : ils sont doublés dans la version originale et il faut donc aller voir la version française si l'on veut leur voix.
 
L'essentiel n'est pas là.
 
Au début des années 1980, le gouvernement socialiste espagnol, confronté au terrorisme basque de l'ETA, décide de mettre sur pied un service (on hésite à parler d'unité) chargé de recruter des mercenaires de diverses nationalités pour mener une sale guerre secrète contre les terroristes.
 
L'opération repose sur un mégalomane assez ridicule, qui ressemble furieusement à Aznar, le successeur de Gonzalez, et qui, de surcroît, est initialement fasciste, admirateur du régime autoritaire du général Franco. Ce personnage très mal choisi (et bien choisir ses agents est une qualité en politique, surtout pour un ministre de l'Intérieur) va à son tour recruter des pieds-nickelés, tout en n'oubliant pas de prélever une commission très généreuse sur les masses d'argent liquide qui lui sont confiées, et il va même perdre de cet argent au casino, ce qui causera sa perte.
 
Les premiers mercenaires qu'il recrute paraissent toucher au comble de la nullité : on les charge d'enlever un responsable de l'ETA, ils kidnappent quelqu'un qui n'a rien à voir avec l'ETA, ni avec le terrorisme, un passant. Et c'est de là que vient tout le mal car, ce faisant, par cette erreur qui conduit le pouvoir à falsifier et maquiller, et mentir, et à les couvrir, ils vont créer la situation qui va faire qu'une opération de basse police deviendra une affaire d'État. Et plusieurs fois, quand ces GAL, recrutés à droite par un pouvoir de gauche, vont accomplir une mission, il y aura boucherie d'innocents.
 
On sort donc assez effaré par cette histoire où on se demande sans cesse qui a manipulé qui. Comme disait Churchill qui s'y connaissait, "pour dîner avec le diable, il faut une très longue cuiller".